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Péricardite fongique

La péricardite fongique est une atteinte inflammatoire du péricarde associée à une mycose. Dans la forme véritablement infectieuse, le champignon atteint le liquide ou le tissu péricardique et peut provoquer exsudation, suppuration, nécrose et adhérences. Il existe toutefois une distinction fondamentale : certaines manifestations péricardiques, surtout dans l’histoplasmose, dépendent principalement de la réponse immunitaire à une infection thoracique, sans démonstration d’invasion du sac. La présence d’un champignon dans l’organisme ne suffit donc pas à définir le mécanisme de la péricardite.

Il s’agit d’une affection rare, dont la littérature spécifique comprend surtout des observations et des séries sélectionnées. La revue systématique publiée en 2025 a regroupé 101 cas avec documentation microbiologique ou tissulaire : ce nombre décrit les cas publiés, et non l’incidence dans la population. Le poids de l’immunodépression, des procédures et des infections disséminées impose une évaluation conjointe cardiologique, infectiologique et, lorsque cela est nécessaire, cardiochirurgicale. La reconnaissance de l’agent et le contrôle de la collection sont aussi déterminants que le traitement de l’atteinte hémodynamique.

Le phénotype peut se superposer à la péricardite purulente, mais toutes les infections fongiques ne produisent pas de pus et toutes les collections fibrineuses ne sont pas infectées. Cette monographie considère séparément l’invasion, la réponse inflammatoire et les lésions résiduelles, car un traitement adapté à l’un de ces processus peut être insuffisant ou nocif dans les autres.

Agents étiologiques, facteurs prédisposants et voies d’infection

Les espèces de Candida figurent parmi les agents les plus fréquemment représentés dans les signalements d’infection péricardique. Elles peuvent atteindre le sac au cours d’une candidémie, après chirurgie cardiothoracique ou par des communications pathologiques avec des structures adjacentes. Nutrition parentérale, abords vasculaires, antibiotiques à large spectre et altération des barrières muqueuses contribuent au risque de candidose invasive, sans constituer individuellement une preuve étiologique. La colonisation de la peau, de la bouche ou des voies respiratoires doit être distinguée d’un isolement à partir d’un site normalement stérile.

L’aspergillose invasive concerne surtout les patients présentant neutropénie prolongée, hémopathies malignes, transplantation ou immunosuppression importante. Une localisation pulmonaire ou médiastinale peut s’étendre par contiguïté ; la dissémination hématogène peut atteindre simultanément myocarde, endocarde et autres organes. L’absence de candidémie ou d’hémocultures positives ne réduit pas de façon équivalente la probabilité de toutes les mycoses : les moisissures invasives sont souvent mal documentées par les cultures sanguines usuelles, et le diagnostic peut nécessiter du matériel tissulaire.

Les Mucorales constituent une autre possibilité, particulièrement en présence de diabète décompensé, d’acidocétose, de neutropénie ou de traitements immunosuppresseurs. L’invasion vasculaire favorise lésions ischémiques et nécrose, rendant essentielles la rapidité diagnostique et l’évaluation chirurgicale. Il n’est pas correct d’assimiler ces infections à l’aspergillose sur le plan thérapeutique : certains médicaments actifs contre Aspergillus ne couvrent pas les Mucorales. La définition générique de moisissure, lorsqu’elle provient d’un premier examen histologique, doit donc être précisée davantage sans retarder une couverture cliniquement appropriée.

Cryptococcus peut atteindre le péricarde dans le cadre d’une maladie disséminée, surtout chez les personnes présentant une altération de l’immunité cellulaire. L’évaluation ne peut s’arrêter au thorax, car une éventuelle localisation neurologique modifie le schéma et la durée du traitement. Les mycoses endémiques imposent en revanche une histoire géographique précise, comprenant résidences anciennes, voyages et expositions environnementales. La latence entre acquisition et manifestation peut être longue ; l’absence d’un voyage récent n’exclut pas une exposition antérieure pertinente.

Dans l’histoplasmose, l’atteinte péricardique classique est souvent une complication inflammatoire de la maladie thoracique. Le lien avec les adénopathies médiastinales et l’inflammation locale explique qu’une péricardite puisse survenir sans culture péricardique positive. Cette forme doit être distinguée de l’invasion fongique au cours d’une dissémination, où le problème est le contrôle d’une infection d’organe. Le contexte immunitaire, la distribution des lésions et les preuves microbiologiques orientent la distinction, en évitant d’appliquer automatiquement le même traitement à des tableaux pathogéniquement différents.

La porte d’entrée doit être reconstituée parallèlement à l’identification du champignon. Une fistule œsophagienne, une médiastinite, une plaie chirurgicale ou un dispositif infecté peuvent maintenir la contamination malgré un traitement actif in vitro. Chez d’autres patients, la dissémination reflète surtout l’incapacité de l’hôte à contenir l’infection. La fréquence relative des différents agents dépend donc fortement de la population observée : une série de patients transplantés ne peut être transposée sans réserve à une péricardite acquise en communauté.

Pathogenèse, lésions tissulaires et conséquences hémodynamiques

L’invasion péricardique active la réponse inflammatoire et altère la perméabilité de la microcirculation. Le liquide qui s’accumule contient protéines, cellules et quantités variables de fibrine ; dans les formes suppuratives s’y ajoutent débris et matériel nécrotique. L’expression histologique dépend à la fois du pathogène et des défenses de l’hôte. Un patient neutropénique peut présenter une infection étendue sans réponse neutrophilique marquée : l’absence de pus macroscopiquement évident n’équivaut donc pas à l’absence de maladie invasive.

La fibrine peut s’organiser en cloisons et compartiments empêchant la libre circulation du liquide. Cette anatomie rend moins prévisible l’efficacité d’un seul cathéter et peut provoquer une compression régionale. Le volume drainé décrit seulement le compartiment atteint ; il ne mesure pas nécessairement la charge infectieuse globale. La concordance entre évolution clinique, imagerie et fonctionnement du drainage est plus informative que la seule quantité recueillie, surtout après chirurgie, lorsque des adhérences préexistantes modifient encore davantage la distribution.

La tamponnade survient lorsque la pression externe limite le remplissage cardiaque. La vitesse d’accumulation et la distensibilité péricardique comptent davantage qu’une mesure isolée de l’épaisseur de la lame liquidienne. Une collection rapidement progressive peut provoquer un choc, tandis qu’un épanchement développé lentement peut atteindre des dimensions plus importantes avant de compromettre le débit. Tachycardie et vasoconstriction constituent des mécanismes compensateurs initiaux ; une pression artérielle préservée n’exclut pas une situation évolutive et n’autorise pas à différer une évaluation urgente.

À la compression peut s’associer un choc septique, avec vasodilatation, anomalies microcirculatoires et dysfonction d’organe. La décompression supprime la composante obstructive mais ne corrige pas automatiquement la composante distributive. En cas de coexistence d’une invasion myocardique ou d’une dépression cardiaque liée au sepsis, une composante d’insuffisance de pompe peut persister. Il est donc nécessaire de réévaluer l’hémodynamique après drainage, en distinguant collection résiduelle, vasoplégie et atteinte ventriculaire ; une amélioration incomplète ne démontre pas à elle seule l’échec de la procédure.

L’angio-invasion des moisissures peut entraîner thrombose des petits vaisseaux, nécrose et mauvaise perfusion du tissu infecté. Ce mécanisme contribue à la difficulté d’éradication et à la possible nécessité de retirer du matériel dévitalisé. L’atteinte n’est pas toujours limitée au péricarde : lésions myocardiques, valvulaires ou vasculaires nécessitent une stratégie différente de celle d’un épanchement isolé. L’imagerie et l’évaluation chirurgicale doivent donc définir les rapports anatomiques, et pas seulement confirmer la présence de liquide.

Au cours de la réparation, le dépôt de collagène peut remplacer l’exsudat et produire des adhérences persistantes. Il peut en résulter une péricardite constrictive, ou une composante constrictive déjà manifeste après évacuation de l’épanchement. Une partie de la rigidité peut dépendre d’une inflammation encore réversible, tandis qu’une coque fibreuse établie répond différemment. Dans les formes immunomédiées associées à l’histoplasmose, la lésion résulte au contraire surtout de la réaction de l’hôte : reconnaître cette différence évite d’interpréter toute inflammation persistante comme une réplication fongique active.

Présentation clinique, anamnèse et examen physique

La présentation clinique est souvent moins typique que celle de la péricardite aiguë non compliquée. Fièvre, dyspnée, asthénie et altération de l’état général peuvent prédominer sur la douleur pleurétique ou positionnelle. Chez les patients déjà hospitalisés, le premier signe peut être une fièvre persistante inexpliquée, une aggravation hémodynamique ou un nouvel épanchement pendant le traitement d’une mycose sur un autre site. La rareté de la localisation ne doit pas conduire à l’ignorer lorsque exposition, état de l’hôte et évolution clinique construisent une suspicion cohérente.

L’anamnèse infectiologique comprend cultures antérieures, antifongiques reçus, éventuelle prophylaxie, procédures, abords vasculaires et infections thoraciques. Une mycose survenant sous prophylaxie peut refléter une exposition médicamenteuse insuffisante, une résistance ou un agent non couvert ; il ne suffit pas d’augmenter empiriquement le même médicament sans réévaluer ces possibilités. Il faut également consigner corticostéroïdes, chimiothérapie, médicaments antirejet et autres immunomodulateurs, car ils modifient le risque, la réponse inflammatoire et les interactions avec le traitement proposé.

L’histoire environnementale peut orienter vers des mycoses endémiques lorsqu’elle comprend des séjours dans des zones à risque, des activités avec exposition au sol ou à des matières organiques et des contacts avec des environnements contaminés par des déjections d’oiseaux ou de chauves-souris. La valeur de ces éléments dépend de la plausibilité géographique et temporelle. Ils ne constituent pas des critères diagnostiques autonomes et ne justifient pas des panels indiscriminés chez chaque patient ; ils deviennent utiles lorsqu’ils sont reliés à des anomalies pulmonaires, des adénopathies ou des signes de dissémination.

À l’examen physique, un frottement péricardique et une douleur modifiée par la position soutiennent l’inflammation, mais peuvent être absents. Turgescence jugulaire, tachycardie, pouls paradoxal, hypotension et hypoperfusion suggèrent une atteinte du remplissage. L’association classique d’hypotension, de bruits assourdis et de congestion veineuse n’est pas toujours complète, surtout dans les tableaux loculés ou le choc mixte. Œdèmes et ascite peuvent au contraire signaler une congestion plus prolongée et imposent de distinguer compression résiduelle, constriction et maladie myocardique.

La recherche de localisations associées comprend signes respiratoires, plaies infectées, manifestations cutanées, déficits neurologiques et symptômes oculaires lorsqu’ils sont pertinents. Tous les signes ne sont pas spécifiques : une éruption peut être infectieuse ou médicamenteuse, tandis que confusion et insuffisance rénale peuvent résulter du sepsis. La suspicion d’atteinte du système nerveux central, en particulier dans la cryptococcose, impose une démarche dédiée. L’évaluation de la gravité doit comprendre état mental, oxygénation, diurèse et perfusion, sans se limiter aux constatations cardiaques.

Chez le patient immunodéprimé, fièvre et marqueurs inflammatoires peuvent être atténués, et la coexistence d’une néoplasie, d’une insuffisance rénale ou d’une toxicité médicamenteuse multiplie les explications possibles de l’épanchement. Le raisonnement clinique doit maintenir ouvertes ces alternatives jusqu’à une documentation adéquate. À l’inverse, un tableau septique avec collection péricardique et facteurs de risque impose une évaluation hospitalière rapide : la démarche ne peut être assimilée à la prise en charge ambulatoire d’une péricardite idiopathique à faible risque.

Examens et démonstration de la cause fongique

L’échocardiographie est l’examen initial pour la taille et la distribution de l’épanchement, les signes de compression, la fonction ventriculaire et l’évaluation Doppler. Un matériel échogène ou des cloisons suggèrent un contenu complexe sans en démontrer la nature fongique. La TDM complète l’étude lorsqu’il faut préciser des loculations postérieures, les rapports avec le poumon et le médiastin ou d’éventuelles fistules. L’IRM peut caractériser l’inflammation péricardique et l’atteinte myocardique chez le patient stable, sans remplacer la décompression lorsque l’hémodynamique est compromise.

Les examens sanguins comprennent numération formule sanguine, marqueurs inflammatoires, fonctions rénale et hépatique et électrolytes ; le lactate et l’évaluation de la coagulation revêtent une importance particulière dans le sepsis. ECG et troponine contribuent à identifier l’atteinte cardiaque, mais n’identifient pas le champignon. Les hémocultures doivent être obtenues lorsqu’elles sont indiquées avant le traitement, à condition que cela ne retarde pas des soins urgents. Une culture positive pour Candida est cliniquement significative, tandis que la négativité du sang n’exclut ni une infection péricardique localisée ni une moisissure invasive.

La péricardiocentèse, lorsqu’elle est indiquée pour tamponnade ou suspicion infectieuse, permet d’associer traitement et diagnostic. Le matériel doit être envoyé pour examen direct, cultures fongiques et bactériennes, cytologie et autres examens sélectionnés. Le laboratoire doit connaître la suspicion, les traitements antérieurs et les agents plausibles. Un échantillon obtenu en conditions stériles à partir de la collection a une valeur différente d’un matériel prélevé tardivement sur un circuit de drainage, où contamination et colonisation peuvent compliquer l’interprétation.

La biopsie péricardique est utile dans certains cas, surtout si le drainage ne clarifie pas le diagnostic ou si une procédure chirurgicale est déjà nécessaire. Histologie et colorations spécifiques peuvent documenter levures, hyphes et invasion tissulaire. La morphologie oriente, mais ne discrimine pas toujours des espèces ayant une sensibilité pharmacologique différente ; culture et techniques moléculaires peuvent compléter l’identification. Le matériel destiné à la microbiologie doit être séparé de celui fixé pour l’histologie, car une conservation inappropriée peut empêcher des examens décisifs.

Les biomarqueurs fongiques sont des outils d’appoint. Galactomannane et bêta-D-glucane ont des performances dépendantes du contexte et ne localisent pas l’infection au péricarde ; le second n’est pas spécifique d’Aspergillus et ne constitue pas un test universel pour tous les champignons. Les traitements déjà commencés, la charge microbienne et les conditions préanalytiques influencent les résultats. Antigène cryptococcique, antigènes ou sérologie pour les mycoses endémiques doivent être choisis selon la suspicion. Il ne faut pas transposer au liquide péricardique des seuils validés uniquement pour le sang ou d’autres échantillons.

Le diagnostic étiologique exige une synthèse : démonstration dans un site stérile ou dans le tissu, compatibilité clinico-anatomique et évaluation des alternatives. Un test sérologique d’exposition ne prouve pas l’invasion, tout comme un champignon isolé dans les sécrétions respiratoires peut représenter une colonisation. Il faut envisager tuberculose, infections bactériennes, néoplasies et causes immunomédiées ; chez les sujets fragiles plusieurs processus peuvent coexister. La réponse à un antifongique peut soutenir un diagnostic probable, mais ne remplace pas la documentation lorsqu’elle peut être obtenue en sécurité.

Définition de l’étendue et planification du traitement

Après la reconnaissance initiale, il faut déterminer s’il existe une maladie disséminée ou une localisation principalement péricardique. L’étendue du bilan dépend du champignon, des symptômes et des défenses de l’hôte. Une anomalie pulmonaire peut être la source ou une autre manifestation de la même dissémination ; une lésion neurologique peut conditionner le choix du médicament en raison de la nécessité d’une pénétration dans le système nerveux. L’objectif n’est pas de réaliser indistinctement tous les examens, mais d’identifier les sites qui modifient pronostic, durée et modalités du traitement.

Une possible endocardite concomitante doit être évaluée en présence de fongémie persistante, de prothèses, d’embolies ou de constatations suspectes. Dans ce contexte, l’échocardiographie transœsophagienne peut apporter des informations supplémentaires par rapport à l’examen transthoracique. Une localisation valvulaire modifie les indications chirurgicales et peut nécessiter des traitements beaucoup plus prolongés. Il n’est pas correct de transposer automatiquement à une péricardite isolée les recommandations élaborées pour l’endocardite fongique, ni de négliger une valve infectée en attribuant toute l’instabilité à l’épanchement.

L’étude de la source anatomique comprend d’éventuelles plaies, collections médiastinales, dispositifs et communications avec l’œsophage ou d’autres structures. Le contrôle pharmacologique ne ferme pas une fistule et ne retire pas un corps étranger infecté. La décision doit intégrer l’imagerie, la microbiologie et la faisabilité chirurgicale, en considérant que le drainage péricardique peut n’être qu’une composante du traitement. S’il existe plusieurs collections, le plan de contrôle de la source doit préciser quels compartiments sont accessibles et lesquels restent à traiter.

L’identification de l’espèce et l’étude de sensibilité sont particulièrement importantes en cas d’exposition antérieure aux azolés ou aux échinocandines, ou lorsque la réponse est insuffisante. Un résultat in vitro doit être interprété avec le site, l’exposition médicamenteuse et la quantité de tissu nécrotique. L’échec peut dépendre d’une résistance, mais aussi d’une absorption insuffisante, d’interactions, d’un drainage incomplet ou d’une immunodépression persistante. Changer de médicament sans distinguer ces possibilités risque de laisser intact le principal déterminant de l’absence de réponse.

L’évaluation des défenses immunitaires comprend neutropénie, infection par le VIH si pertinente et intensité des traitements immunosuppresseurs. Leur réduction peut favoriser le contrôle de la mycose, mais doit être coordonnée avec l’équipe suivant la transplantation ou la maladie sous-jacente. Une interruption indiscriminée peut provoquer rejet ou réactivation de la maladie initiale. De même, la récupération immunitaire peut modifier l’expression inflammatoire : une aggravation des images ne doit pas être interprétée automatiquement comme une croissance fongique sans réévaluer les données cliniques et microbiologiques.

Avant et pendant le traitement, on définit un plan de suivi pharmacologique. Fonction rénale, potassium et magnésium sont importants avec l’amphotéricine B ; fonction hépatique, ECG et interactions prennent de l’importance avec plusieurs azolés. Pour les médicaments et situations qui le nécessitent, le dosage des concentrations plasmatiques aide à reconnaître sous-exposition et toxicité. La liste des médicaments doit inclure immunosuppresseurs et traitements cardiologiques : un traitement efficace contre le champignon peut devenir dangereux s’il modifie significativement l’exposition aux traitements concomitants.

Traitement antifongique, drainage et contrôle de l’inflammation

Le traitement causal doit être précoce dans les formes invasives graves et adapté dès que l’identification et la sensibilité sont disponibles. Il n’existe pas de schéma unique validé pour toutes les péricardites fongiques : une grande partie des choix dérive des recommandations sur les mycoses invasives, intégrées aux séries péricardiques. Chez le patient instable, on procède simultanément aux prélèvements, à l’antifongique, à l’évaluation du drainage et au support d’organe. Le bénéfice du traitement pharmacologique ne justifie pas l’attente lorsque la collection provoque une tamponnade ou demeure une source infectée non contrôlée.

Dans la candidose invasive, une échinocandine est fréquemment utilisée comme traitement initial, tandis que les formulations lipidiques d’amphotéricine B ou les azolés sont indiqués selon sensibilité, gravité et sites associés. Le relais par fluconazole nécessite une stabilité et un isolat sensible, ainsi que le contrôle de la source. La péricardite est une localisation profonde : la règle des deux semaines après clairance, prévue pour la candidémie sans complications métastatiques, ne définit pas la durée de cette infection. Le traitement doit être prolongé selon la réponse clinique, anatomique et microbiologique.

Pour Aspergillus, le voriconazole ou une formulation lipidique d’amphotéricine B sont des options importantes, avec sélection spécialisée et prise en compte de la sensibilité. Les échinocandines ne représentent pas la monothérapie initiale habituelle de l’aspergillose invasive. Dans la mucormycose, l’amphotéricine B liposomale est centrale, associée si possible à l’exérèse du tissu nécrotique ; l’isavuconazole ou le posaconazole peuvent avoir des rôles sélectionnés. Le voriconazole ne couvre pas les Mucorales. Ces différences rendent dangereux de considérer tous les antifongiques comme interchangeables lorsque l’espèce n’est pas encore définie.

Dans la cryptococcose disséminée ou avec localisations profondes, l’induction puis la consolidation doivent suivre le tableau global, y compris la recherche d’une maladie neurologique. L’amphotéricine B et la flucytosine, lorsqu’elles sont indiquées et disponibles, font partie de cette stratégie, suivies d’azolés appropriés. Pour l’histoplasmose grave ou disséminée, le consensus IDSA actualisé en 2026 privilégie l’amphotéricine B initiale, de préférence liposomale. Le cas de la péricardite réactionnelle associée à une histoplasmose thoracique est différent : l’inflammation peut nécessiter surtout un traitement anti-inflammatoire et une évaluation individuelle de la nécessité d’un antifongique.

Le drainage doit être choisi en fonction de l’hémodynamique, de la viscosité, des loculations et du besoin de tissu. Un cathéter peut décomprimer et fournir du matériel diagnostique ; une fenêtre ou une intervention plus large peuvent être nécessaires lorsque la collection n’est pas contrôlée, qu’il existe des cloisons ou du tissu dévitalisé. La péricardiectomie n’est pas automatique pour chaque isolement fongique. Les instillations intrapéricardiques d’antifongiques ne constituent pas une stratégie courante soutenue par des preuves comparatives et ne remplacent pas un traitement systémique adéquat.

Les corticostéroïdes ne sont pas le traitement habituel d’une infection fongique invasive, car ils peuvent compromettre davantage les défenses. Leur utilisation pour une réponse immunomédiée bien définie, comme certaines péricardites associées à l’histoplasmose, impose une exclusion raisonnée d’une invasion et une prise en charge infectiologique du risque de dissémination. Les AINS et la colchicine peuvent soulager une composante inflammatoire sélectionnée, mais ne stérilisent pas la collection. Les azolés peuvent en outre augmenter la toxicité de la colchicine par des interactions métaboliques : la prescription doit être vérifiée, surtout en présence d’insuffisance rénale ou hépatique.

Pronostic, suivi et complications

Le pronostic dépend du pathogène, de l’immunité, de l’étendue de la maladie, de la rapidité du traitement et de la possibilité de contrôler la source. Les pourcentages issus des cas publiés sont influencés par la sélection de présentations sévères, de diagnostics tardifs et de patients complexes ; ils ne doivent pas devenir des estimations individuelles automatiques. Même une association observée entre chirurgie et survie peut être influencée par la sélection des candidats. La décision doit reposer sur l’indication anatomique et clinique, en gardant transparentes les limites des preuves spécifiques à une maladie aussi rare.

Le contrôle précoce évalue fièvre, perfusion, diurèse, fonction d’organe et symptômes, ainsi que l’échocardiographie et la microbiologie lorsqu’elle est pertinente. L’arrêt de l’écoulement du drain peut signifier une résolution, mais aussi une obstruction par fibrine ou l’isolement d’une poche résiduelle. Une collection qui augmente ou un sepsis persistant imposent une réévaluation de la source, du médicament et de l’exposition. Il ne suffit pas d’attendre la normalisation d’un seul biomarqueur alors que l’anatomie ou l’état général s’aggravent.

Parmi les complications aiguës, la tamponnade récidivante peut résulter d’un liquide résiduel ou nouvellement produit. Le sepsis peut évoluer vers une défaillance multiviscérale, tandis qu’une atteinte myocardique peut provoquer dysfonction ventriculaire et arythmies. Des embolies ou événements neurologiques imposent de rechercher une localisation endocardique ou disséminée. La prise en charge de la phase aiguë doit donc rester multidisciplinaire même après un drainage apparemment efficace, car la suppression de la compression n’épuise pas les risques de l’infection invasive.

La constriction post-infectieuse doit être suspectée en cas de persistance d’une congestion veineuse, d’œdèmes, d’ascite ou d’une limitation fonctionnelle non expliqués par d’autres causes. Doppler, TDM et IRM aident à distinguer contrainte péricardique, inflammation encore active et maladie myocardique. La persistance d’un épaississement ne démontre pas à elle seule une constriction, tout comme la stérilisation des cultures ne garantit pas la récupération mécanique. Chez les patients symptomatiques stabilisés présentant une contrainte non réversible, une péricardiectomie peut être nécessaire dans un centre expérimenté.

Les toxicités thérapeutiques peuvent compliquer une prise en charge prolongée : néphrotoxicité et troubles électrolytiques, atteinte hépatique, interactions et problèmes d’absorption imposent des contrôles programmés. Chez le patient transplanté, les variations des concentrations des médicaments antirejet peuvent avoir des conséquences indépendantes de l’infection. L’apparition de nouveaux symptômes pendant le traitement ne doit pas être automatiquement attribuée au champignon ; les effets médicamenteux doivent également être envisagés. Une bonne prise en charge cherche à maintenir une exposition efficace sans accepter une toxicité évitable comme coût inévitable du traitement.

Le suivi prolongé comprend symptômes, fonction cardiaque, collections résiduelles et récupération immunitaire. Sa durée et son intensité sont personnalisées selon l’organisme, les sites associés et la réponse, sans échéance unique valable pour tous. Avant une nouvelle immunosuppression, il faut discuter du risque de réactivation et de l’éventuelle nécessité d’une stratégie préventive spécifique. La guérison doit être décrite par le contrôle de l’infection et le résultat fonctionnel : une cicatrice stable, un épanchement résiduel et une mycose encore active représentent des situations différentes et nécessitent des décisions distinctes.

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