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Cardiomyopathie dans la maladie de Fabry

La maladie de Fabry est une affection lysosomale liée à l’X causée par des variants pathogènes de GLA, le gène de l’alpha-galactosidase A. La diminution de l’activité enzymatique entrave la dégradation des glycosphingolipides, surtout le globotriaosylcéramide et la globotriaosylsphingosine, qui s’accumulent dans les cardiomyocytes, les cellules endothéliales, le rein et le système nerveux. Dans le cœur, cela ne provoque pas seulement un dépôt : cela active l’hypertrophie, l’inflammation, la microvasculopathie et, finalement, la fibrose. La cardiomyopathie de Fabry est donc un processus biologique progressif, et non simplement une paroi épaissie.

Le phénotype classique débute souvent pendant l’enfance ou l’adolescence par des douleurs neuropathiques, une hypohidrose, une intolérance à la chaleur et à l’effort, des angiokératomes et des troubles gastro-intestinaux ; les atteintes rénale, cérébrovasculaire et cardiaque apparaissent avec le temps. Les variants à début tardif peuvent toucher principalement le cœur ou le rein et se présenter chez l’adulte comme une hypertrophie inexpliquée. Chez les femmes, la mosaïque liée à l’inactivation de l’X génère un continuum allant de l’absence de signes à une maladie sévère. La variabilité liée à l’X rend inacceptable de les considérer comme de simples porteuses.

Reconnaître la maladie de Fabry modifie la prise en charge parce qu’il existe des traitements spécifiques et parce que chaque diagnostic ouvre le dépistage à toute une famille. Dans le même temps, l’utilisation croissante des panels a fait émerger des variants de signification incertaine et des allèles à pénétrance variable qui ne doivent pas être médicalisés sans preuves. L’objectif n’est pas d’attribuer toute hypertrophie à un résultat génétique, mais de démontrer une cohérence génotype-phénotype étayée par le sexe, la biochimie, les organes atteints, l’imagerie et la ségrégation.

Du lysosome à la fibrose myocardique

Le Gb3 et la lyso-Gb3 commencent à s’accumuler bien avant les symptômes. Le volume du dépôt contribue à l’augmentation de la masse, mais ne suffit pas à expliquer l’importance de l’hypertrophie : des signaux trophiques, le stress oxydatif, les anomalies énergétiques et l’inflammation amplifient la réponse des cardiomyocytes. L’endothélium et le muscle lisse vasculaire sont également atteints, avec dysfonction microcirculatoire. La phase d’accumulation peut s’accompagner d’anomalies de l’ECG ou du mapping alors que les épaisseurs et la fonction globale paraissent encore normales.

Avec la progression, les lésions cellulaires et l’inflammation locale précèdent la fibrose de remplacement, souvent dans la paroi inférolatérale basale. La cicatrice devient un substrat arythmogène et limite la réponse aux traitements de réduction du substrat. Chez les femmes, une fibrose peut apparaître même avec une hypertrophie modeste, probablement en raison d’une mosaïque de cardiomyocytes atteints et épargnés ; chez les hommes présentant la forme classique, l’hypertrophie et la charge systémique tendent à être plus précoces. La transition fibrotique est le point au-delà duquel la réversibilité cardiaque diminue.

La microcirculation peut être dysfonctionnelle en l’absence de sténoses coronaires épicardiques, provoquant angor, diminution de la réserve de flux et élévation chronique de la troponine. L’atteinte du système de conduction évolue : aux premiers stades, la conduction atrioventriculaire peut s’accélérer et raccourcir l’intervalle PR ; ensuite, les dépôts et la fibrose entraînent dysfonction sinusale et bloc. La maladie pancardiaque associe myocarde, microvaisseaux, oreillettes et système de conduction.

Phénotype clinique et signaux d’alerte

La morphologie la plus fréquente est une hypertrophie ventriculaire gauche concentrique avec fonction systolique préservée aux premiers stades. Une asymétrie septale, une atteinte du ventricule droit et, rarement, une obstruction dynamique sont possibles ; les muscles papillaires peuvent être proéminents. Dyspnée, diminution de la capacité d’effort, palpitations, angor et syncope ne sont pas spécifiques, mais leur association à une néphropathie ou à des signes neurologiques augmente la probabilité. Le phénotype hypertrophique doit être interprété comme une porte d’entrée, et non comme le diagnostic final.

Les acroparesthésies et les crises douloureuses déclenchées par la fièvre, la chaleur ou l’exercice, l’hypohidrose, les angiokératomes et la cornée verticillée sont des signaux d’alerte classiques. Protéinurie, diminution du débit de filtration, hypoacousie, vertiges et événements cérébrovasculaires complètent le spectre. Aucun signe n’est obligatoire dans les variants tardifs ; un homme de plus de quarante ans présentant une hypertrophie, une atteinte rénale ou des troubles de conduction inexpliqués mérite néanmoins une évaluation. La constellation multisystémique a plus de valeur que la recherche d’un signe pathognomonique unique.

Le diagnostic différentiel comprend l’hypertension, la sténose aortique, la cardiomyopathie sarcomérique, l’amylose, PRKAG2, la maladie de Danon et les maladies mitochondriales. Une hypertension artérielle et une maladie de Fabry peuvent coexister ; une cause fréquente n’exclut pas la cause rare lorsque l’épaisseur, l’âge et les signes extracardiaques restent disproportionnés. La double pathologie est particulièrement importante chez l’adulte âgé, chez qui l’ATTR et les gammapathies peuvent brouiller l’interprétation de l’imagerie et des biomarqueurs.

ECG, rythme et risque arythmique

L’ECG peut montrer un PR court, des QRS de haut voltage, des anomalies de repolarisation et des critères d’hypertrophie avant que le patient ne rapporte des symptômes. Le PR court résulte souvent d’une conduction atrioventriculaire accélérée et non d’une voie accessoire ; ainsi, un diagnostic automatique de Wolff-Parkinson-White peut conduire à des procédures inutiles. Avec l’âge, les intervalles PR et QRS s’allongent et des blocs apparaissent. La séquence électrocardiographique reflète la progression des dépôts et de la fibrose.

Fibrillation atriale, flutter, tachycardies supraventriculaires, bradycardie et blocs sont fréquents aux stades avancés. La tachycardie ventriculaire non soutenue et la mort subite sont associées à l’hypertrophie, à la fibrose et à la dysfonction, mais il n’existe pas de calculateur de risque validé dans la maladie de Fabry au même niveau que dans d’autres cardiomyopathies. Un Holter périodique et une surveillance plus prolongée sont choisis en fonction des symptômes, du LGE et des constatations antérieures. Le risque individuel ne peut pas être déduit de la seule épaisseur maximale.

La fibrillation atriale augmente le risque embolique dans un contexte déjà prédisposé aux maladies cérébrovasculaires. Le seuil d’anticoagulation est généralement bas et les scores usuels peuvent sous-estimer certains aspects spécifiques ; la fonction rénale et les microhémorragies cérébrales conditionnent le choix. Pacemaker et DAI suivent des indications cliniques intégrées, tenant compte du bloc, de la syncope, des tachycardies, de la fibrose et du pronostic. La prévention embolique et arythmique reste nécessaire même sous traitement spécifique.

Échocardiographie et résonance magnétique cardiaque

L’échocardiographie quantifie la masse, les épaisseurs, les oreillettes, la fonction diastolique, le ventricule droit, les valves et le strain. Une diminution du strain longitudinal régional, en particulier inférolatéral, peut précéder la baisse de la fraction d’éjection ; il n’existe toutefois pas de profil suffisamment spécifique pour confirmer la maladie de Fabry. L’augmentation de la masse et la dysfonction diastolique sont suivies en série pour mesurer la progression ou la réponse. Le phénotypage échocardiographique prend toute sa valeur lorsque la même méthode est utilisée dans le temps.

La CMR est particulièrement informative. L’accumulation lipidique abaisse souvent le T1 natif global avant la formation d’une cicatrice ; aux stades inflammatoires et fibrotiques, le T1 de la paroi inférolatérale peut se pseudonormaliser ou augmenter. Le résultat doit être comparé aux valeurs normales du scanner et aux autres causes de T1 bas, surtout la surcharge en fer. Un T1 normal n’exclut pas la maladie de Fabry, notamment chez les femmes ou à un stade précoce. Le T1 contextualisé est un biomarqueur tissulaire, et non un test diagnostique autonome.

Le LGE mésocardique inférolatéral est caractéristique du stade évolué et s’associe au risque et à une moindre réversibilité. Un T2 élevé dans la même région et une troponine persistante étayent une activité inflammatoire chronique, mais il n’existe pas encore de traitement anti-inflammatoire standard spécifiquement dédié. Le volume extracellulaire peut paraître normal ou globalement diminué avant la cicatrice, car l’accumulation est intracellulaire. La cartographie multiparamétrique distingue accumulation, inflammation et remplacement fibrotique.

Confirmation biochimique et génétique

Chez les hommes, une activité de l’alpha-galactosidase A très diminuée dans les leucocytes ou un autre prélèvement validé est un argument fort, à confirmer par l’analyse de GLA. Chez les femmes, l’activité peut se situer dans l’intervalle normal du fait de la mosaïque et ne peut pas servir à exclure la maladie : le test génétique est nécessaire. Les tests sur goutte de sang sont efficaces pour le dépistage, mais un résultat anormal doit être confirmé. La stratégie spécifique au sexe est un principe diagnostique fondamental.

La lyso-Gb3 est souvent très élevée chez les hommes présentant le phénotype classique et aide à distinguer les variants sévères, alors qu’elle peut être peu augmentée chez les femmes ou dans les formes tardives. Elle ne remplace pas la classification du variant et il n’existe pas de seuil universel définissant à lui seul la maladie ou la réponse au traitement. L’analyse des délétions, duplications et variants non détectés par le séquençage standard est ajoutée lorsque la suspicion reste forte. La convergence moléculaire exige une cohérence entre gène, enzyme, biomarqueur et atteintes d’organes.

Un variant de signification incertaine ne prouve pas une maladie de Fabry et ne doit pas être utilisé pour des tests prédictifs en cascade ni pour décider d’un traitement. Sa fréquence dans la population, les données fonctionnelles, les bases de données spécialisées, le phénotype, la lyso-Gb3 et la ségrégation sont réévalués. Certains variants auparavant considérés comme pathogènes ont été reclassés, tandis que d’autres présentent une pénétrance spécifique d’organe. La réévaluation périodique du compte rendu fait partie des soins dans une maladie dont les connaissances évoluent.

Traitement spécifique et choix du moment

L’enzymothérapie substitutive utilise l’agalsidase alfa ou l’agalsidase bêta selon les indications et la disponibilité nationale. L’enzyme est internalisée par les récepteurs du mannose-6-phosphate et réduit le substrat, avec des effets plus convaincants lorsqu’elle est commencée avant une hypertrophie et une fibrose avancées. Les perfusions régulières, les réactions et les anticorps neutralisants, surtout chez les hommes présentant la forme classique sans activité résiduelle, doivent être surveillés. Le traitement précoce vise à prévenir les lésions, et non à attendre une manifestation irréversible.

Le migalastat est un chaperon pharmacologique oral qui stabilise certaines formes mutées de l’enzyme et facilite leur trafic lysosomal. Il ne peut être prescrit que si le variant est classé comme sensible dans un test validé et si la fonction rénale et les indications réglementaires sont compatibles. La commodité de la voie orale ne rend pas le médicament approprié pour tous les variants ; l’observance et la réponse d’organe doivent être vérifiées. L’amenability moléculaire est une exigence thérapeutique, et non une préférence.

Le choix entre enzyme et chaperon tient compte du variant, du phénotype, du rein, des preuves disponibles, de la tolérance, des préférences et de l’accès. La pegunigalsidase alfa et d’autres plateformes peuvent être disponibles dans des contextes réglementaires spécifiques ; la réduction du substrat et la thérapie génique sont des domaines de recherche, et non des équivalents de standards établis pour chaque patient. Le succès ne se mesure pas uniquement par la lyso-Gb3 : masse, fonction, LGE, rein, douleur et événements nécessitent une évaluation multiviscérale de la réponse.

Traitement cardiologique et protection rénale

Les facteurs de risque cardiovasculaire courants sont traités rigoureusement. Les inhibiteurs de l’ECA ou les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine sont importants en cas de protéinurie s’ils sont tolérés ; les stratégies néphroprotectrices modernes sont évaluées avec le néphrologue selon le débit de filtration et les données disponibles. Dans l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite, le traitement recommandé par les lignes directrices est appliqué en l’adaptant à la bradycardie, au bloc et au rein. Les diurétiques contrôlent la congestion sans réduction excessive de la précharge. La protection cardiorénale est indissociable du traitement de réduction du substrat.

L’angor sans sténose est pris en charge après exclusion d’une coronaropathie et en tenant compte de la microvasculopathie ; les bêtabloquants ou d’autres médicaments peuvent être limités par les troubles de conduction. Une obstruction dynamique significative est rare et nécessite une prise en charge dans un centre expert, en évitant d’attribuer tout gradient à la maladie de Fabry. Les valvulopathies sont généralement légères, mais l’âge et la calcification maintiennent les indications usuelles. Le traitement phénotypique doit résoudre le problème présent sans présumer que l’enzyme le corrigera rapidement.

Un pacemaker est indiqué en cas de bradycardie ou de bloc selon les critères standards ; le DAI est clairement indiqué en prévention secondaire, tandis que la prévention primaire requiert un jugement intégrant le LGE, l’hypertrophie, la dysfonction, la tachycardie et la syncope. Une proportion élevée de stimulation dans un ventricule altéré peut orienter vers une stimulation physiologique ou une resynchronisation. La planification du dispositif anticipe la progression des troubles de conduction et réduit les procédures répétées.

Stadification clinique et progression

Une phase préhypertrophique peut se manifester par un ECG anormal, un strain diminué, un T1 bas ou des biomarqueurs altérés sans augmentation de la masse. Viennent ensuite une phase d’accumulation et d’hypertrophie, puis une période inflammatoire et fibrotique où le LGE et la troponine deviennent évidents ; enfin, cicatrice, dilatation atriale, arythmies et dysfonction dominent. Ces phases se chevauchent et ne constituent pas une échelle formellement universelle. La stadification biologique aide à comprendre pourquoi deux patients ayant la même épaisseur peuvent avoir une réponse et un risque différents.

Les peptides natriurétiques reflètent les pressions et les oreillettes, tandis qu’une troponine persistante est associée aux lésions, mais la fonction rénale et le rythme confondent l’interprétation des deux. La lyso-Gb3 décrit surtout la charge systémique et la réponse biochimique, elle ne remplace pas le LGE et ne prédit pas à elle seule un événement. Masse, T1, T2, ECV et strain fournissent des domaines complémentaires. Le profil multiparamétrique est plus robuste qu’une classification fondée sur le biomarqueur le plus spectaculaire.

La biopsie endomyocardique montre des vacuoles avec des inclusions lamellaires, mais des aspects similaires peuvent apparaître avec des médicaments cationiques amphiphiles comme l’amiodarone ou l’hydroxychloroquine. La microscopie électronique ne démontre pas à elle seule un variant de GLA et l’absence de corps zébrés dans un prélèvement limité n’exclut pas tous les stades. Le diagnostic ultrastructural exige l’anamnèse médicamenteuse, l’étude enzymatique et la génétique afin de ne pas confondre une phospholipidose acquise avec la maladie de Fabry.

Rein, cerveau et risque vasculaire

L’albuminurie peut précéder la baisse du débit de filtration et signale des lésions podocytaires, endothéliales et tubulaires. L’estimation de la fonction rénale conditionne la dose ou le choix de certains traitements, l’utilisation du gadolinium et l’anticoagulation. La biopsie rénale est utile dans certains cas, notamment lorsque le diabète, l’hypertension ou un variant incertain rendent l’étiologie ambiguë. La néphropathie précoce renforce le diagnostic et offre une cible de protection avant l’insuffisance irréversible.

Les événements cérébrovasculaires dépendent de l’artériopathie des petits et grands vaisseaux, de l’hypertension, du rein et de la cardioembolie. Les lésions de la substance blanche sont fréquentes mais non spécifiques ; une dolichoectasie vertébrobasilaire peut étayer la suspicion. La prévention traite la pression artérielle, le tabagisme, les lipides, le diabète et la fibrillation sans supposer que l’enzymothérapie annule tout risque. La prévention cérébrocardiaque relie neurologie et rythme, surtout lorsqu’un AVC précède le diagnostic de fibrillation.

La douleur neuropathique et la dysautonomie peuvent limiter l’activité et la tolérance aux médicaments cardiovasculaires. L’hypohidrose augmente le risque pendant la chaleur et l’exercice ; les troubles gastro-intestinaux modifient l’hydratation et l’absorption. Une pression artérielle basse peut refléter la constitution, une neuropathie autonome, un excès de traitement ou un faible débit et ne doit pas être automatiquement interprétée comme un bon contrôle. La physiologie systémique explique pourquoi une dose standard produit des effets différents dans la maladie de Fabry.

Réponse au traitement et anticorps

L’enzymothérapie substitutive élimine le substrat surtout dans les compartiments accessibles et la réponse varie entre endothélium, rein et cardiomyocyte. Une réduction de la masse peut survenir, mais un LGE déjà constitué tend à persister et la progression peut se poursuivre aux stades avancés. L’évaluation utilise la pente d’évolution dans le temps plutôt que d’attendre une normalisation. La stabilisation clinique peut être un résultat pertinent dans une maladie qui, sans traitement, aurait continué à accumuler des lésions.

Les hommes présentant le phénotype classique et dépourvus d’enzyme endogène peuvent développer des anticorps neutralisants dirigés contre le médicament, avec un effet sur la lyso-Gb3 et le substrat. Les titres, la capacité neutralisante, la dose et la réponse d’organe doivent être interprétés par des centres experts ; un test positif n’impose pas automatiquement l’arrêt ou le changement du traitement. Chez les femmes et dans les formes tardives, l’immunogénicité est généralement différente. La lecture immunopharmacologique distingue la présence de l’anticorps de son impact clinique démontré.

Le passage d’un produit à un autre ou au migalastat nécessite une nouvelle évaluation de référence et un motif explicite, comme la tolérance, la logistique ou l’adéquation du variant. Les fluctuations de lyso-Gb3 immédiatement après le changement ne doivent pas être confondues avec un événement cardiaque, et l’observance du traitement oral doit être vérifiée. La masse et la fonction changent lentement. L’évaluation du changement définit à l’avance la fenêtre, les mesures et les critères afin d’éviter des conclusions fondées sur des délais biologiquement impossibles.

Situations particulières et qualité des soins

Pendant la grossesse, la maladie rénale, l’hypertrophie, les arythmies et des antécédents d’AVC nécessitent un conseil préconceptionnel et une équipe cardio-obstétricale. Les données sur la poursuite des traitements spécifiques sont limitées et la décision dépend du produit, de la gravité et du contexte réglementaire. Pression artérielle, protéinurie, volume et rythme sont surveillés plus étroitement. La planification maternelle distingue le risque génétique lié à l’X du risque clinique de la femme enceinte.

L’anesthésie tient compte de l’hypertrophie, de la conduction, du rein, de la dysautonomie et des voies aériennes, sans contre-indication générale. Un ECG récent et la disponibilité d’une stimulation sont importants en cas de blocs avancés ; le jeûne et les apports hydriques sont adaptés au rein et au cœur. Produits de contraste, médicaments néphrotoxiques et adaptations posologiques rénales doivent être vérifiés. La sécurité procédurale repose sur une fiche synthétique partagée, et non sur l’étiquette d’une maladie rare laissée sans instructions opérationnelles.

La transplantation rénale est possible et corrige l’insuffisance rénale, mais pas la maladie des autres organes ; l’enzyme produite par le rein transplanté ne constitue pas une enzymothérapie systémique suffisante. La transplantation cardiaque peut être envisagée dans des cas terminaux sélectionnés, après évaluation du rein et du cerveau. La sélection de l’organe doit déterminer quelle composante limite la survie et laquelle continuera à progresser après le remplacement.

La prise en charge inclut la douleur, le sommeil, l’activité, la fertilité, le travail et la santé mentale. Des perfusions toutes les deux semaines ou un traitement oral influencent la vie pendant des décennies et l’observance dépend de l’organisation et de la compréhension, pas seulement de la volonté. Un coordinateur réduit les doublons entre spécialistes. La qualité thérapeutique se mesure aussi à la capacité de maintenir des soins complexes sans transformer chaque journée en consultation.

Les registres ont amélioré les connaissances, mais comportent une sélection, des traitements différents et des définitions variables. Les comparaisons indirectes entre produits ne remplacent pas les essais ou les études bien contrôlées. Les événements rares et la progression lente nécessitent des critères de jugement standardisés et un suivi prolongé. La prudence comparative est indispensable lorsqu’une réduction d’un biomarqueur est présentée comme une supériorité clinique sans preuve sur les événements ou la fonction.

Suivi, famille et pronostic

La surveillance comprend les symptômes, la pression artérielle, l’ECG, l’échocardiogramme, le Holter, la fonction rénale, l’albuminurie, la lyso-Gb3 et la CMR à des intervalles adaptés. Neurologie, audiologie, ophtalmologie et évaluation de la douleur complètent le bilan. Chez les patients traités, on recherche la stabilité et la trajectoire, et non une normalisation immédiate de chaque paramètre ; un LGE déjà constitué peut progresser malgré la réduction du substrat. Le suivi longitudinal distingue une variation analytique d’un événement biologique.

Lorsqu’un variant pathogène est identifié, le dépistage en cascade suit la transmission liée à l’X. Toutes les filles d’un homme atteint héritent du variant et aucun fils ne le reçoit de lui ; une femme hétérozygote a, à chaque grossesse, une probabilité de 50% de le transmettre, quel que soit le sexe. Ces règles ne prédisent pas la gravité chez les filles. Le conseil familial intègre le risque génétique, la possibilité d’un diagnostic précoce et les options reproductives.

Le pronostic est déterminé par le rein, le cœur et le cerveau. Fibrose, hypertrophie, arythmies, diminution du débit de filtration et protéinurie définissent un risque plus élevé ; commencer le traitement avant que les lésions ne soient établies améliore les chances de protection. La maladie ne disparaît pas après une seule perfusion et ne devient pas inévitablement terminale après le diagnostic. Un pronostic par stade permet de communiquer un bénéfice réaliste, le risque résiduel et l’importance de la continuité thérapeutique.

Une suspicion issue d’un dépistage ne doit pas être présentée comme un diagnostic définitif avant confirmation. Cela est particulièrement important pour les allèles à pénétrance variable découverts dans des programmes d’hypertrophie ou d’AVC : la personne peut porter un variant sans que celui-ci explique avec certitude le tableau. La communication du résultat distingue pathogénicité, pénétrance et causalité d’organe, trois questions différentes qui sont souvent fusionnées à tort.

Le traitement de la douleur comprend des médicaments contre la douleur neuropathique, des stratégies comportementales et la prévention des facteurs déclenchants, avec adaptation à la fonction rénale. Les anti-inflammatoires et les opioïdes au long cours ne corrigent pas le mécanisme et peuvent altérer le rein ou la fonction. Le contrôle de la douleur améliore le sommeil et l’activité, influençant aussi la capacité cardiaque perçue. Le traitement symptomatique n’est pas en concurrence avec l’enzyme, mais complète son objectif fonctionnel.

Chez la personne âgée, l’ATTR, la sténose aortique, l’hypertension et la maladie coronaire peuvent coexister avec la maladie de Fabry. Une nouvelle progression après des années de stabilité n’est pas automatiquement attribuée au lysosome ; médecine nucléaire, recherche de composant monoclonal ou exploration coronaire sont demandées selon la probabilité. La réévaluation étiologique évite qu’un diagnostic rare déjà connu rende invisible une seconde maladie fréquente et traitable.

Un plan écrit devrait préciser le traitement spécifique, le variant, la sensibilité au migalastat, l’état rénal, les arythmies, le dispositif et les contacts. En situation d’urgence, il évite l’arrêt erroné d’un traitement ou l’utilisation de produits de contraste sans évaluation. La continuité de l’information est essentielle lorsqu’un patient multisystémique rencontre des spécialistes qui voient rarement la maladie de Fabry et doivent prendre des décisions rapides.

La révision annuelle du parcours vérifie que l’indication, la dose, le poids, les intervalles, la fonction rénale et la surveillance sont cohérents et qu’aucun organe n’a été perdu de vue entre les spécialistes. Un audit clinique simple peut identifier des perfusions manquées, un Holter dépassé ou une protéinurie croissante avant qu’ils ne deviennent des événements irréversibles.

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