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Cardiomyopathie hypertrophique en phase dilatée

La cardiomyopathie hypertrophique peut évoluer, chez une minorité de patients, vers une diminution de la fonction systolique ventriculaire gauche. Le seuil conventionnel est une fraction d’éjection inférieure à 50%, valeur qui, dans d’autres situations, pourrait paraître seulement légèrement réduite, mais qui, dans la HCM, signale une perte substantielle par rapport à une physiologie habituellement hyperdynamique. La dénomination la plus précise est HCM avec dysfonction systolique, car la cavité n’est pas nécessairement dilatée et l’expression « phase terminale » suggère à tort une évolution uniforme et irréversible.

Le phénotype ne correspond pas à l’apparition d’une nouvelle cardiomyopathie dilatée, mais à la transformation d’un myocarde auparavant hypertrophié. Les anciens échocardiogrammes, la distribution de l’hypertrophie résiduelle, le profil de fibrose et les antécédents familiaux conservent la mémoire de la maladie initiale. Cette continuité phénotypique est cliniquement déterminante, car le risque rythmique, la génétique et les problématiques de l’assistance mécanique ne coïncident pas avec ceux d’une DCM sporadique habituelle.

La transition peut comporter un amincissement des parois, une augmentation des volumes, la disparition d’une obstruction antérieure et l’apparition d’une insuffisance mitrale fonctionnelle, mais aucun de ces éléments n’est obligatoire. Certains patients conservent une cavité relativement petite avec débit réduit, pressions de remplissage élevées et physiologie restrictive ; d’autres développent une géométrie franchement dilatée. Parler de spectre de remodelage évite de forcer des présentations différentes dans une séquence anatomique unique.

La diminution de la fraction d’éjection n’épuise pas l’évaluation. La fibrose, la fonction longitudinale, le débit, le ventricule droit, la pression pulmonaire, les arythmies et la capacité fonctionnelle peuvent se détériorer avant ou indépendamment de la valeur globale. Une HCM avec fraction apparemment préservée mais en diminution progressive nécessite donc une attention particulière, surtout lorsque surviennent congestion, intolérance à l’effort ou augmentation de l’étendue du late gadolinium enhancement.

La prise en charge relève simultanément de la médecine des cardiomyopathies, de l’insuffisance cardiaque avancée et des arythmies. L’objectif n’est pas seulement de normaliser une valeur échocardiographique, mais d’identifier les composantes réversibles, de réduire le risque de mort subite, de préserver les organes et de déterminer à temps si une resynchronisation, une assistance ventriculaire ou une transplantation sont nécessaires. Le moment de l’orientation vers un centre expert conditionne souvent davantage le pronostic que le choix d’un médicament isolé.

Mécanismes et trajectoire du remodelage

Le substrat de la progression comprend la désorganisation des cardiomyocytes, les altérations énergétiques, l’ischémie microvasculaire, la mort cellulaire et le remplacement fibreux. Lorsque la perte de myocarde fonctionnel dépasse la capacité compensatoire de l’hypertrophie, la contractilité globale diminue et la contrainte pariétale augmente. La fibrose de remplacement n’est pas un simple marqueur : elle interrompt la transmission de la force, rigidifie le ventricule et crée une hétérogénéité électrique favorable aux arythmies.

L’ischémie ne nécessite pas de sténose coronaire épicardique. Le remodelage des artères intramurales, la réduction de la densité capillaire, la compression systolique et les besoins élevés du myocarde hypertrophié compromettent la réserve de flux. Des épisodes répétés d’ischémie microvasculaire peuvent produire une nécrose microscopique et une cicatrice, surtout dans les segments les plus hypertrophiés ou soumis à une pression intraventriculaire élevée.

La génétique modifie la probabilité et l’âge de la transition. Dans les registres, les variants sarcomériques pathogènes et la présence de plusieurs variants causaux sont associés à une évolution plus sévère, mais ne permettent pas une prédiction déterministe chez un individu. Le génotype sarcomérique doit être interprété avec l’âge de début, la trajectoire fonctionnelle et le phénotype familial, en évitant d’attribuer à un variant de signification incertaine une valeur pronostique qu’il ne possède pas.

Le remodelage ne commence pas le jour où la fraction d’éjection descend à 49%. Une diminution sériée par rapport à la valeur propre du patient, l’aggravation du strain longitudinal global, l’augmentation du volume télésystolique et la perte de l’hypercontractilité antérieure peuvent précéder le franchissement du seuil. Cette phase préclinique justifie la comparaison avec les examens précédents et rend inadéquate une lecture isolée classée seulement comme normale ou anormale.

Une obstruction antérieure peut s’atténuer lorsque le ventricule perd de la force ou se dilate, mais sa disparition n’équivaut pas à une amélioration. Le patient peut rapporter moins de symptômes liés au gradient tandis que les pressions de remplissage et l’insuffisance de pompe augmentent. La perte du gradient doit donc être interprétée dans le contexte de la fonction systolique et ne pas être automatiquement considérée comme une réponse thérapeutique favorable.

Une fibrillation atriale persistante, une fréquence non contrôlée, une stimulation ventriculaire droite fréquente et un bloc de branche peuvent ajouter une composante réversible ou partiellement réversible. Une ischémie épicardique, une valvulopathie, une hypertension non contrôlée et des médicaments inotropes négatifs peuvent également contribuer. La recherche des cofacteurs modifiables évite d’attribuer toute détérioration à la progression génétique et peut permettre une récupération cliniquement significative.

Le ventricule droit entre dans l’histoire naturelle par l’interdépendance ventriculaire, l’hypertension pulmonaire, la régurgitation tricuspide et une maladie myocardique biventriculaire. Une dysfonction droite débutante peut rester masquée par une congestion traitée, mais devient déterminante lors de la sélection pour assistance mécanique. La réserve droite doit donc être évaluée avant qu’une insuffisance rénale ou hépatique rende le risque procédural prohibitif.

La trajectoire clinique est hétérogène. Certains patients restent stabilisés pendant des années sous traitement de l’insuffisance cardiaque, d’autres présentent des arythmies avant la congestion, et d’autres encore progressent rapidement vers un bas débit. Le concept de remodelage longitudinal impose des mesures répétées et des décisions actualisées, et non un pronostic définitif formulé à la première baisse de la fraction d’éjection.

Diagnostic, imagerie et diagnostic différentiel

Le diagnostic requiert la preuve convaincante d’une HCM antérieure ou persistante et une documentation fiable de la dysfonction systolique. L’échocardiographie mesure volumes, fraction d’éjection, strain, régurgitations, fonction droite et pression pulmonaire, en recherchant un gradient résiduel au repos ou sous provocation lorsque cela est approprié. La comparaison sériée doit utiliser des méthodes cohérentes, car des différences de qualité ou d’algorithme peuvent simuler de petites variations.

La résonance magnétique définit plus précisément la géométrie et la fonction lorsque les fenêtres échographiques sont limitées. Le late gadolinium enhancement montre la cicatrice focale, tandis que le mapping T1 et le volume extracellulaire décrivent des altérations diffuses que le LGE relatif peut sous-estimer dans un myocarde diffusément malade. La caractérisation tissulaire contribue au pronostic et au diagnostic différentiel, mais ne remplace pas l’histoire phénotypique.

Une DCM génétique peut présenter des parois apparemment épaisses en raison d’un œdème, d’une trabéculation ou d’un remodelage initial, tandis que l’hypertension et la sténose aortique peuvent précéder une dysfonction de surcharge. L’amylose, la maladie de Fabry, la maladie de Danon, PRKAG2 et les maladies mitochondriales produisent des phénotypes hypertrophiques avec une évolution spécifique. La réévaluation étiologique est nécessaire lorsque l’évolution, les manifestations extracardiaques ou l’imagerie ne correspondent pas à la HCM sarcomérique attendue.

La coronaropathie doit être exclue de façon proportionnée à l’âge, aux symptômes et au risque, car un infarctus peut réduire la fonction et modifier le profil cicatriciel. L’angio-TDM ou la coronarographie sont choisies selon la probabilité prétest et les besoins cliniques. La présence d’une sténose ne démontre toutefois pas qu’elle explique l’ensemble du phénotype ; une double pathologie est possible et impose une attribution segmentaire des lésions.

Le monitorage électrocardiographique recherche fibrillation atriale, tachycardie ventriculaire non soutenue, pauses, blocs et charge de stimulation. Chez les porteurs de dispositifs, les électrogrammes permettent de reconstruire la relation temporelle entre l’arythmie et la diminution fonctionnelle. La charge arythmique, plus que la simple présence d’un épisode, aide à déterminer si l’arythmie est une cause, une conséquence ou un amplificateur de la détérioration.

L’épreuve cardiopulmonaire quantifie la consommation d’oxygène, la pente ventilatoire, la réponse tensionnelle et la limitation chronotrope. Un patient peut minimiser ses symptômes en réduisant inconsciemment son activité, alors qu’une mesure objective révèle une réserve très altérée. La capacité cardiopulmonaire renseigne sur le pronostic et le moment de la transplantation, à condition d’être interprétée en fonction de l’âge, du traitement bêtabloquant, de l’anémie et du déconditionnement.

Les peptides natriurétiques et la troponine ultrasensible décrivent le stress et la lésion mais ne sont pas spécifiques. La fonction rénale, le sodium, le fer, le foie, la thyroïde et la numération sanguine identifient des conséquences ou des facteurs aggravants traitables. Le profil biologique sert également à documenter la réserve d’organes avant des procédures avancées, en évitant qu’une stabilité apparente masque une congestion systémique chronique.

Le cathétérisme droit n’est pas nécessaire chez tous les patients, mais devient essentiel lorsque symptômes et imagerie sont discordants, lorsqu’un bas débit est suspecté ou lors de l’évaluation pour transplantation ou assistance. Les pressions, l’index cardiaque, les résistances pulmonaires et la réponse à la décongestion clarifient la physiologie. La mesure hémodynamique doit être réalisée dans des conditions cliniques connues, car le volume et les médicaments peuvent en modifier profondément la signification.

Traitement de l’insuffisance cardiaque et correction des facteurs réversibles

Lorsque la fraction d’éjection descend sous 50%, la stratégie pharmacologique s’oriente vers l’insuffisance cardiaque systolique, en adaptant les doses et la séquence à la pression, à la fonction rénale et à la congestion. L’inhibition du système rénine-angiotensine ou un ARNI, un bêtabloquant fondé sur les preuves, un antagoniste des minéralocorticoïdes et un inhibiteur de SGLT2 constituent les piliers lorsqu’ils sont tolérés. Le traitement fondamental doit être instauré sans attendre une dilatation marquée.

Les preuves randomisées spécifiques à la HCM avec dysfonction systolique sont limitées ; de nombreuses recommandations dérivent donc de la biologie de l’insuffisance cardiaque à fraction réduite et du consensus. Cette extrapolation est raisonnable mais exige de la prudence dans les petits ventricules, en cas de pression basse et d’éventuelle obstruction résiduelle. La titration individualisée vaut davantage que l’application automatique de doses cibles non tolérées.

Les diurétiques de l’anse contrôlent la congestion et les pressions de remplissage sans modifier à eux seuls le substrat. Une soustraction volémique excessive peut réduire le débit, aggraver la fonction rénale ou réactiver un gradient dynamique résiduel. Le poids euvolémique est donc une plage clinique à rechercher à l’aide des symptômes, de l’examen et des analyses, et non un nombre rigide.

Le vérapamil, le diltiazem, le disopyramide et les inhibiteurs de la myosine sont utilisés dans d’autres contextes de HCM pour réduire la contractilité ou l’obstruction. En présence d’une dysfonction systolique, leur indication doit être réexaminée et les inhibiteurs de la myosine interrompus conformément au résumé des caractéristiques du produit et au monitorage. La déprescription des agents inotropes négatifs peut être aussi importante que l’ajout du traitement de l’insuffisance cardiaque.

La fibrillation atriale impose un contrôle rapide de la fréquence et une évaluation d’une stratégie de rythme, car la perte de la systole atriale est particulièrement mal tolérée dans un ventricule rigide. Cardioversion, antiarythmiques ou ablation sont choisis en fonction de la durée, des oreillettes, des comorbidités et de la probabilité de maintien du rythme. Le contrôle du rythme peut récupérer une partie de la fonction lorsque la tachycardie a contribué au remodelage.

Dans la HCM, une fibrillation atriale clinique implique généralement une anticoagulation indépendamment du score CHA2DS2-VASc, sauf contre-indication. Une thrombose intracavitaire ou un anévrisme apical introduisent d’autres considérations, mais ne justifient pas un traitement indiscriminé sans documentation du risque. La prévention thromboembolique doit être coordonnée avec la fonction rénale, les interactions et les procédures.

Un pourcentage élevé de stimulation ventriculaire droite ou un bloc de branche avec dyssynchronie peuvent aggraver la fonction. La révision du dispositif, la resynchronisation biventriculaire ou la stimulation physiologique sont évaluées selon le QRS, la fraction d’éjection, les symptômes et l’anatomie. La correction de la dyssynchronie peut améliorer l’efficacité sans supprimer le substrat fibreux, et la réponse reste variable.

L’anémie et la carence martiale, l’apnée du sommeil, l’obésité, le diabète, les maladies thyroïdiennes et l’insuffisance rénale augmentent les symptômes et la vulnérabilité. Leur traitement ne remplace pas le traitement cardiaque, mais augmente la réserve fonctionnelle et réduit les facteurs déclenchants. La prise en charge des comorbidités doit éviter les suppléments ou interventions non démontrés, en distinguant la correction d’une carence documentée d’un traitement empirique généralisé.

L’activité physique est prescrite individuellement après stabilisation, en privilégiant un exercice aérobie modéré et progressif. Une congestion, des arythmies non contrôlées, une syncope ou un bas débit imposent une réévaluation avant l’entraînement. La réadaptation cardiaque peut améliorer la capacité et la confiance, mais ne doit pas être confondue avec la preuve que le risque rythmique a disparu.

Arythmies, dispositifs et insuffisance cardiaque avancée

Une fraction d’éjection inférieure à 50% est un facteur de risque important dans la HCM et soutient la discussion d’un défibrillateur en prévention primaire. La décision intègre l’âge, le LGE, la tachycardie ventriculaire, la syncope, l’anévrisme, les antécédents familiaux et les risques concurrents. L’ICD préventif protège contre la mort rythmique, mais n’empêche pas la progression hémodynamique et expose à des infections, des chocs inappropriés et des révisions au fil du temps.

Le monitorage doit identifier les arythmies lentes en plus des rapides. La fibrose et les variants génétiques peuvent provoquer une maladie de conduction, tandis que les médicaments et les procédures aggravent la bradycardie. Le choix d’un système de stimulation tient compte du besoin prévu de pacing, d’une éventuelle resynchronisation et de la perspective d’une transplantation, et pas seulement du problème immédiat.

Les tachycardies ventriculaires monomorphes peuvent refléter des circuits dans la cicatrice et récidiver malgré l’ICD. Les antiarythmiques et l’ablation réduisent la charge et les chocs, mais l’accès au substrat peut être complexe en raison de son épaisseur ou de sa localisation intramurale ou épicardique. Le contrôle des récidives exige un centre expérimenté à la fois dans la HCM et dans l’ablation des cardiomyopathies structurelles.

L’insuffisance cardiaque avancée n’est pas définie par la seule fraction d’éjection. Des hospitalisations répétées, l’hypotension, le besoin croissant de diurétiques, l’hyponatrémie, l’aggravation rénale, l’intolérance aux médicaments et une faible consommation d’oxygène sont des signaux d’alarme. Le profil avancé doit déclencher l’évaluation avant que le patient ne devienne dépendant des inotropes ou ne développe une hypertension pulmonaire irréversible.

La transplantation cardiaque apporte une solution au substrat myocardique lorsque les traitements et les dispositifs ne contrôlent pas l’insuffisance de pompe ou les arythmies. La candidature inclut l’état nutritionnel, l’observance, le soutien social, la fonction extracardiaque et les résistances pulmonaires. L’évaluation en vue de transplantation n’équivaut pas à une inscription immédiate sur liste, mais crée le temps nécessaire pour corriger les obstacles modifiables.

L’assistance ventriculaire gauche peut être techniquement plus difficile que dans la DCM, car une petite cavité, l’hypertrophie résiduelle et l’atteinte droite favorisent l’obstruction de l’inflow et l’insuffisance droite. Chez les patients dont le remodelage est franchement dilaté, le support peut constituer un pont efficace vers la transplantation. La sélection pour LVAD nécessite une imagerie anatomique et une évaluation hémodynamique spécifiques, sans transposer automatiquement des critères développés pour de grands ventricules.

Les inotropes intraveineux peuvent soutenir temporairement le débit en cas de choc ou comme pont, mais augmentent la consommation d’oxygène et le potentiel arythmogène. Leur instauration chronique signale une phase pronostique sévère et doit être reliée à un objectif défini. Un pont thérapeutique sans destination expose au contraire à des complications sans modifier la trajectoire.

Les soins palliatifs complètent les thérapies avancées ; ils ne constituent pas une alternative tardive réservée aux derniers jours. Le contrôle de la dyspnée, de l’anxiété et de la douleur, la planification anticipée et la discussion de la désactivation des chocs améliorent la qualité et la cohérence des soins. La planification partagée reste appropriée même pendant l’évaluation pour transplantation, car le pronostic et la disponibilité des organes demeurent incertains.

Suivi, pronostic et prise en charge familiale

Le suivi est plus rapproché que dans une HCM stable et modulé selon la vitesse du changement, les symptômes et le traitement. Échocardiogramme, ECG, monitorage rythmique, examens biologiques et évaluation clinique doivent répondre à des questions définies, tandis que la résonance et l’épreuve cardiopulmonaire sont répétées lorsqu’elles peuvent modifier les décisions. La surveillance intégrée évite à la fois des intervalles excessifs et des examens sériés sans conséquence opérationnelle.

Le pronostic est moins favorable que dans la HCM à fonction préservée, mais n’est pas uniformément terminal. Les registres montrent une charge élevée de décès, transplantation, assistance et insuffisance cardiaque, avec une grande variabilité individuelle. La communication pronostique doit utiliser des scénarios et des indicateurs actualisables, en évitant de présenter des pourcentages agrégés comme un destin individuel.

La récupération partielle de la fraction d’éjection n’autorise pas l’arrêt automatique du traitement. La cicatrice et le génotype persistent, tandis que les arythmies, les infections ou l’interruption des médicaments peuvent provoquer une nouvelle dysfonction. La rémission fonctionnelle est donc distincte de la guérison et maintient l’indication à une surveillance et, en règle générale, à la poursuite des traitements tolérés.

La grossesse et le puerperium augmentent le volume, la fréquence et la demande circulatoire. Une femme présentant une dysfonction systolique nécessite un conseil préconceptionnel multidisciplinaire, une révision des médicaments tératogènes et un plan pour l’accouchement et le postpartum. Le risque maternel dépend de la fonction, des symptômes, des arythmies et de la pression pulmonaire ; une fraction sévèrement réduite peut rendre la grossesse à haut risque ou déconseillée.

Chez les enfants et les adolescents, la dysfonction systolique peut apparaître précocement et comporte un risque cumulatif important. La croissance, la posologie des médicaments, le sport, l’école et la transition vers les soins adultes exigent des compétences pédiatriques dédiées. L’évolution pédiatrique ne peut être modélisée uniquement à partir des données de l’adulte, même si les principes d’imagerie, de génétique et d’orientation précoce restent communs.

L’apparition de la phase systolique chez le cas index ne signifie pas que tous les membres de la famille suivront la même trajectoire. Le dépistage clinique et le test génétique en cascade, lorsqu’un variant pathogène familial est connu, identifient les personnes nécessitant une surveillance. Le risque familial doit être communiqué en distinguant la transmission du variant, la pénétrance du phénotype et la probabilité, beaucoup moins bien définie, de progression.

Chez les apparentés porteurs sans hypertrophie, l’ECG et l’imagerie sont programmés selon l’âge, le gène et l’histoire familiale. De nouveaux symptômes, une grossesse ou une activité sportive intense peuvent avancer la réévaluation. La surveillance des porteurs ne doit ni transformer une prédisposition en maladie clinique ni ignorer des signes électriques ou structurels précoces.

Un réseau efficace relie le centre de cardiomyopathies, la consultation d’insuffisance cardiaque, l’électrophysiologie, la génétique, la réadaptation et la transplantation. Le médecin de proximité assure la continuité pour la pression, le poids, l’observance, les vaccinations et les comorbidités, tandis que le centre prend en charge les décisions complexes. La prise en charge partagée réduit le risque que le patient soit suivi dans des parcours parallèles incapables de reconnaître sa trajectoire globale.

Nœuds décisionnels et scénarios cliniques complexes

Une fraction d’éjection encore comprise entre cinquante et soixante pour cent ne définit pas formellement la phase systolique, mais peut représenter un déclin important chez un patient parti de valeurs hyperdynamiques. La comparaison avec les examens précédents, le strain et l’augmentation des volumes identifient une trajectoire avant le franchissement du seuil. La fonction relativement réduite dans la HCM ne doit pas être interprétée avec les mêmes références que dans un cœur normal.

L’obstruction peut s’atténuer lorsque le ventricule perd de la force et que la cavité s’agrandit, mais elle ne disparaît pas chez tous les patients. Si un gradient persiste, réduire indistinctement la précharge ou la postcharge peut aggraver les symptômes, tandis que maintenir des médicaments fortement inotropes négatifs peut aggraver la dysfonction. Le phénotype hémodynamique mixte exige des mesures au repos et sous provocation ainsi que des ajustements rapprochés.

La fibrillation atriale peut précipiter la congestion par perte de la contraction atriale, réponse ventriculaire rapide et insuffisance mitrale, mais peut aussi être la conséquence de pressions chroniquement élevées. La restauration du rythme a davantage de chances de réussir si elle est entreprise avant une dilatation atriale extrême. Le rôle causal de l’arythmie est estimé à partir de la temporalité et de la réponse, en évitant d’attribuer tout le déclin au substrat myopathique.

Chez le patient jeune, une détérioration apparemment modeste peut compromettre des décennies de pronostic et justifie une évaluation précoce dans un centre HCM et d’insuffisance cardiaque avancée. Chez les patients âgés, l’amylose, l’hypertension, la coronaropathie et les valvulopathies peuvent au contraire imiter ou amplifier la transition. L’interprétation dépendante de l’âge modifie le diagnostic différentiel et le seuil des investigations supplémentaires.

La grossesse et la période postpartum augmentent le volume et la demande cardiaque et peuvent révéler une réserve réduite. La planification tient compte de la fonction, des arythmies, de l’obstruction résiduelle, des médicaments tératogènes et du risque materno-fœtal, avec un conseil génétique distinct du risque hémodynamique. L’évaluation préconceptionnelle permet des modifications thérapeutiques contrôlées et un plan pour l’accouchement et le puerperium.

La capacité fonctionnelle peut diminuer avant que les symptômes rapportés ne paraissent sévères, car le patient réduit inconsciemment son activité. Une épreuve cardiopulmonaire sériée objective la consommation d’oxygène, la réponse tensionnelle et l’inefficacité ventilatoire et aide à fixer le moment de l’orientation vers les thérapies avancées. La discordance clinico-fonctionnelle est particulièrement importante lorsque la fraction d’éjection paraît stable isolément.

Le choix entre assistance mécanique et transplantation est influencé par une petite cavité, l’hypertrophie résiduelle, la dysfonction droite et les arythmies, qui peuvent rendre l’implantation d’un LVAD plus complexe que dans la DCM. Une évaluation tardive peut ne laisser comme seule option qu’un support techniquement difficile chez un patient déjà atteint de dysfonction multiviscérale. La planification de l’assistance doit précéder la dépendance aux inotropes ou le collapsus hémodynamique.

La phase dilatée ne représente pas une nouvelle maladie indépendante, mais la transformation d’un substrat qui conserve ses implications génétiques et rythmiques propres. Documenter l’ensemble de la trajectoire permet de distinguer progression, seconde cardiomyopathie et facteurs réversibles, et de choisir protection, traitement et orientation vers les thérapies avancées. L’histoire phénotypique complète est donc un outil diagnostique et thérapeutique, et non une simple archive d’images.

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