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Cardiomyopathie liée à l’hémochromatose

La cardiomyopathie liée à l'hémochromatose est la manifestation cardiaque d'une surcharge martiale suffisante pour permettre l'entrée de fer réactif dans les cardiomyocytes. Le terme ne doit pas être limité à la seule hémochromatose HFE : une sidérose myocardique peut résulter de formes héréditaires non HFE, de transfusions chroniques, d'une érythropoïèse inefficace ou, plus rarement, d'autres affections perturbant la régulation du fer. Ce qui définit la maladie cardiaque est la convergence entre une cause de surcharge, la démonstration de fer tissulaire et un phénotype mécanique ou électrique plausiblement corrélé.

La distinction est essentielle car une ferritine élevée, un génotype HFE et une cardiomyopathie peuvent coexister sans relation causale. La stéatose métabolique, l'alcool, l'inflammation, les néoplasies et les lésions hépatiques augmentent la ferritine ; l'hypertension, l'ischémie et les valvulopathies expliquent bien plus souvent l'insuffisance cardiaque dans la population générale. Attribuer l'atteinte cardiaque au fer sans la documenter expose à un diagnostic erroné, tandis qu'ignorer une sidérose encore réversible fait perdre l'une des rares possibilités de récupération étiologique. La preuve de causalité résulte donc de l'ensemble de la démarche et non d'une valeur sanguine isolée.

Le cœur peut passer par une phase silencieuse, une dysfonction diastolique avec des cavités encore normales, des arythmies ou des troubles de conduction, puis une cardiomyopathie dilatée avec insuffisance systolique. L'ancien stéréotype d'une forme exclusivement restrictive est donc incomplet. L'intensité, la vitesse et la distribution de l'accumulation varient selon l'anomalie biologique, l'âge, les transfusions et les traitements antérieurs ; dans les formes juvéniles, la cardiopathie peut précéder une cirrhose manifeste et devenir la manifestation dominante. L'histoire naturelle dynamique explique pourquoi le dépistage doit précéder les symptômes.

Homéostasie du fer et mécanisme des lésions

L'organisme ne possède pas de voie régulée permettant d'éliminer de grandes quantités de fer. L'équilibre dépend surtout de l'absorption duodénale et du recyclage macrophagique, contrôlés par l'hepcidine hépatique. L'hepcidine se lie à la ferroportine et entraîne son internalisation, réduisant le passage du fer dans le plasma. Dans les hémochromatoses héréditaires, la production d'hepcidine est inappropriée et trop faible au regard des réserves, ou la réponse du système ferroportine-hepcidine est altérée ; il en résulte un afflux persistant qui sature progressivement la transferrine. Le déficit de régulation précède de plusieurs années les lésions d'organe.

Lorsque la capacité de liaison de la transferrine est dépassée apparaissent du fer non lié à la transferrine et une fraction plasmatique labile, redox-active. Ces espèces pénètrent dans les cardiomyocytes, notamment par des canaux non conçus comme transporteurs sélectifs du fer, s'accumulent dans le cytosol, les lysosomes et les mitochondries et alimentent des réactions génératrices de radicaux. La peroxydation lipidique, les lésions protéiques, la dysfonction de la chaîne respiratoire et les anomalies de l'homéostasie calcique réduisent l'énergie, la relaxation et la contractilité. La toxicité redox est donc plus importante que la simple présence histologique de pigment.

Les canaux ioniques, les jonctions et le système de conduction subissent le même environnement oxydatif. Il en résulte une hétérogénéité de la repolarisation, un ralentissement de la conduction, une automaticité anormale et des substrats favorisant la fibrillation atriale ou les tachycardies ventriculaires. Avec le temps, la mort cellulaire et la fibrose rendent une partie des lésions indépendante du fer encore mobilisable. La fenêtre de réversibilité se situe avant que la cicatrice ne remplace une proportion importante du myocarde, raison pour laquelle une fraction d'éjection normale ne justifie pas d'attendre lorsque le T2* est pathologique.

La distribution entre foie et cœur n'est pas parallèle. Un patient peut présenter une importante surcharge hépatique avec un myocarde épargné, ou une accumulation cardiaque non prévisible à partir de la ferritine du moment ; chez les patients transfusés interviennent le type d'anémie, la durée, le chélateur et l'observance. Le foie reçoit et stocke le fer plus tôt, tandis que la cinétique d'entrée et de sortie du cœur diffère. La discordance entre organes rend inapproprié l'usage de la ferritine ou de la concentration hépatique comme substitut individuel du fer myocardique.

Causes héréditaires et surcharge secondaire

L'hémochromatose HFE associée à l'homozygotie p.Cys282Tyr est la forme héréditaire la plus fréquente dans les populations d'ascendance nord-européenne. Sa pénétrance est incomplète : le génotype augmente le risque mais n'équivaut pas à une maladie clinique, et de nombreux porteurs ne développent pas de lésion d'organe. Le sexe, les pertes sanguines, l'alcool, l'hépatopathie et les facteurs métaboliques modulent l'expression. Les variants p.His63Asp ou p.Ser65Cys, surtout lorsqu'ils sont isolés, ne doivent pas être utilisés pour expliquer automatiquement une surcharge sévère. La génétique contextualisée distingue une prédisposition fréquente d'un phénotype démontré.

Les formes non HFE comprennent les anomalies de HJV et HAMP, souvent responsables d'hémochromatose juvénile, les variants de TFR2 et les anomalies de SLC40A1. Un début précoce, un hypogonadisme et une cardiopathie disproportionnée doivent faire envisager en particulier une anomalie sévère de l'axe de l'hepcidine. La maladie de la ferroportine n'est pas uniforme : certains variants provoquent une rétention macrophagique avec une saturation peu élevée, d'autres une résistance à l'hepcidine et un phénotype proche de l'hémochromatose. Un panel moléculaire ciblé est indiqué après confirmation de la surcharge et description de l'âge, du mode de transmission et du profil biochimique.

Dans la surcharge transfusionnelle, chaque unité de concentrés érythrocytaires apporte du fer qui ne peut pas être éliminé physiologiquement. Les thalassémies transfusion-dépendantes, la drépanocytose, les syndromes myélodysplasiques et les insuffisances médullaires diffèrent cependant par l'absorption intestinale, l'inflammation, la distribution et la survie, de sorte qu'un même nombre de transfusions n'entraîne pas le même risque cardiaque. L'érythropoïèse inefficace supprime également l'hepcidine et augmente l'absorption. Le bilan martial cumulatif intègre transfusions, pertes, chélation et biologie de la maladie hématologique.

Les autres causes comprennent certaines anémies hémolytiques ou sidéroblastiques, l'administration excessive de fer parentéral et de rares affections hépatiques ou métaboliques. L'hyperferritinémie dite dysmétabolique s'accompagne généralement d'une saturation normale ou seulement modérément élevée et ne justifie pas à elle seule une cardiomyopathie sidérotique. L'acéruloplasminémie présente elle aussi une distribution tissulaire différente et des manifestations neurologiques ou diabétiques. La classification étiologique n'est pas un exercice nominal : elle détermine s'il faut soustraire du sang, chélater, traiter l'érythropoïèse ou rechercher une maladie génétique spécifique.

Phénotype cardiaque et manifestations systémiques

La phase initiale peut se caractériser par une diminution de la tolérance à l'effort, une tachycardie inappropriée ou des anomalies non spécifiques de la relaxation. L'accumulation intracellulaire ne produit pas nécessairement des parois très épaisses ; un remodelage concentrique modéré et une dysfonction diastolique sont possibles, suivis d'une augmentation des volumes et d'une diminution de la fraction d'éjection. L'atteinte droite peut refléter aussi bien une atteinte directe qu'une hypertension pulmonaire ou une maladie hépatique. Le phénotype évolutif doit être interprété dans le temps, car une image tardive isolée ne décrit pas les phases antérieures.

Palpitations, fibrillation ou flutter atrial, extrasystoles et tachycardie ventriculaire peuvent apparaître avant ou en même temps que l'insuffisance cardiaque. Une dysfonction sinusale et des blocs atrioventriculaires sont décrits, en particulier dans les formes avancées ou juvéniles, mais aucun profil ECG n'est spécifique. La syncope impose de distinguer bradyarythmie, tachyarythmie, hypotension et bas débit. Le risque électrique dépend du fer actif, de la fibrose, de la fonction ventriculaire et du substrat clinique et ne se résume pas à un seuil biochimique.

Une hépatomégalie, des anomalies des enzymes hépatiques, une fibrose, un diabète, un hypogonadisme, une hypothyroïdie, une pigmentation cutanée et une arthropathie des articulations métacarpophalangiennes renforcent la suspicion d'hémochromatose systémique. Dans les anémies chroniques, la dyspnée et la cardiomégalie peuvent aussi résulter d'un débit élevé, d'une hypoxie, de shunts, d'une hypertension pulmonaire ou d'infections. Une lecture multiviscérale évite d'attribuer toute anomalie cardiaque aux dépôts et permet en même temps de reconnaître une forme juvénile avant que l'atteinte hépatique ne devienne dominante.

La cardiopathie ischémique n'est pas une conséquence spécifique et inévitable de l'hémochromatose. Le diabète, le tabagisme, la dyslipidémie et l'âge conservent leur poids et une douleur thoracique impose un raisonnement coronarien habituel. L'alcool et la cirrhose peuvent également provoquer une cardiomyopathie indépendante. Un diagnostic différentiel parallèle reste nécessaire même lorsque le fer est présent, car deux mécanismes peuvent coexister et nécessiter des traitements distincts.

De la suspicion biochimique au diagnostic étiologique

Le premier niveau mesure la saturation de la transferrine et la ferritine, idéalement en confirmant la persistance d'une anomalie et en tenant compte du contexte. La saturation reflète le rapport entre la sidérémie et la capacité de liaison et augmente précocement dans les formes par déficit d'hepcidine ; la ferritine estime les réserves mais est une protéine de phase aiguë. NFS, transaminases, marqueurs inflammatoires, fonction rénale, glycémie et histoire transfusionnelle complètent l'interprétation. Le profil martial combiné est plus informatif qu'une valeur isolée.

Selon les recommandations de l'EASL, chez l'homozygote C282Y, une augmentation concordante de la saturation et de la ferritine peut étayer le diagnostic d'hémochromatose ; pour les autres génotypes, il est nécessaire de démontrer une surcharge hépatique par IRM ou, dans certains cas, par biopsie, après exclusion des causes secondaires. Les seuils indicatifs ne sont pas interchangeables avec la preuve d'une cardiopathie et ne doivent pas être appliqués sans tenir compte du sexe, de la ménopause, de l'inflammation et du laboratoire. Le diagnostic d'hémochromatose précède mais ne remplace pas celui de l'atteinte cardiaque.

Le test HFE est demandé lorsque le profil est compatible et que l'ascendance rend plausible la forme commune. Un résultat négatif ne justifie pas automatiquement un panel étendu : il faut d'abord vérifier le fer hépatique, les transfusions, l'anémie, l'alcool et la maladie métabolique. Un très jeune âge, une histoire familiale récessive ou dominante, une surcharge importante avec un HFE non diagnostique et des manifestations cardioendocriniennes orientent vers une génétique non HFE. La séquence diagnostique réduit le nombre de variants de signification incertaine et empêche que le laboratoire moléculaire ne se substitue au phénotype.

L'IRM hépatique quantifie la concentration de fer et aide à distinguer les distributions parenchymateuses et réticuloendothéliales ; l'évaluation de la fibrose détermine le risque hépatique et la surveillance. La biopsie hépatique n'est plus systématique mais conserve un rôle lorsque l'étiologie, la fibrose ou les maladies concomitantes restent incertaines. La biopsie endomyocardique est rarement nécessaire, car le T2* mesure le fer de manière non invasive et l'échantillonnage peut ne pas refléter l'ensemble de l'organe. La preuve tissulaire appropriée est celle qui répond à la question clinique avec le moindre risque.

ECG, échocardiogramme et biomarqueurs

L'ECG de base et la surveillance ambulatoire recherchent le rythme atrial, la conduction, l'ectopie et les tachycardies. Les voltages et la repolarisation peuvent être anormaux, mais il n'existe pas de signature équivalente au T2*. La durée de surveillance doit être adaptée aux palpitations, à la syncope et au degré de cardiopathie ; un enregistreur prolongé peut être plus utile que des Holter répétés lorsque les événements sont rares. La surveillance du rythme doit se poursuivre pendant l'élimination du fer, car l'amélioration mécanique et électrique n'est pas simultanée.

L'échocardiogramme mesure les dimensions, la fraction d'éjection, la fonction droite, les pressions et les valves. Le Doppler et le strain peuvent détecter des anomalies avant la dysfonction systolique, mais l'anémie, la précharge et la fréquence influencent leurs résultats. Un échocardiogramme normal n'exclut pas une sidérose ; inversement, une forme dilatée chez un patient transfusé ne prouve pas que le fer en soit la cause. La surveillance fonctionnelle documente l'effet sur le cœur, tandis que l'IRM précise le substrat martial.

La troponine et les peptides natriurétiques contribuent à définir l'atteinte et la congestion sans mesurer le fer. La fonction rénale, l'anémie, le sepsis et les arythmies peuvent les augmenter. Chez les patients sous chélation, NFS, créatinine, protéinurie, enzymes hépatiques et évaluations spécifiques du médicament sont également nécessaires ; lors des saignées, l'hémoglobine guide la sécurité et la fréquence. La matrice de surveillance associe efficacité sur la surcharge martiale, fonction d'organe et toxicité thérapeutique.

IRM cardiaque T2*

Le fer modifie la susceptibilité magnétique et accélère la décroissance du signal dans les séquences en écho de gradient. Le temps T2* mesuré dans le septum interventriculaire diminue lorsque la charge en fer augmente : à 1,5 tesla, avec une méthode validée, des valeurs supérieures à environ 20 ms sont généralement considérées comme non évocatrices d'une surcharge significative, entre 10 et 20 ms elles suggèrent une sidérose et en dessous de 10 ms elles identifient un risque élevé, particulièrement marqué en dessous de 6 ms. Ces seuils proviennent surtout de la thalassémie et nécessitent une technique standardisée, et non une transposition automatique entre scanners et champs différents.

L'étude de Kirk et collaborateurs a montré, dans la thalassémie, que le T2* cardiaque prédisait l'insuffisance cardiaque et les arythmies nettement mieux que la ferritine et le fer hépatique. Cette donnée a transformé la prise en charge de la surcharge transfusionnelle en permettant d'intensifier la chélation avant la baisse de la fraction d'éjection. Un seuil pronostique de cohorte ne remplace toutefois pas l'évaluation individuelle : tendance, fonction, symptômes, observance et exposition antérieure restent déterminants. Le risque préclinique constitue la véritable valeur de la mesure.

L'IRM complète comprend volumes, fonction, ciné, éventuel LGE et mapping. Le LGE identifie une cicatrice mais ne quantifie pas le fer ; le T1 natif peut diminuer en présence de fer, mais n'est pas encore le substitut universel du T2*. Une arythmie sévère, des dispositifs ou des artéfacts peuvent limiter la qualité. Le compte rendu doit préciser le champ, la séquence, la région et la méthode d'ajustement, et le suivi devrait être réalisé dans le même centre lorsque cela est possible. La comparabilité longitudinale est indispensable car quelques millisecondes peuvent modifier la catégorie de risque.

La fréquence des contrôles dépend de la valeur : un T2* normal et une charge stable autorisent des intervalles plus longs ; des valeurs basses, une modification de la chélation ou une dysfonction nécessitent des contrôles plus rapprochés selon les protocoles spécialisés. Il n'est pas utile de répéter trop tôt une mesure si le temps biologique d'élimination ne permet pas un changement interprétable, sauf détérioration clinique. La fréquence personnalisée évite à la fois une fausse réassurance et des examens sans capacité décisionnelle.

Élimination du fer : saignées et chélation

La saignée thérapeutique est le traitement de première intention de l'hémochromatose héréditaire avec surcharge chez une personne non anémique. La phase d'induction retire généralement environ 400–500 mL par séance à une fréquence adaptée, en contrôlant l'hémoglobine et la tolérance, jusqu'à une ferritine cible d'environ 50 µg/L selon l'EASL ; l'entretien maintient approximativement 50–100 µg/L avec des intervalles individualisés. Ces objectifs n'autorisent pas une déplétion indiscriminée et doivent être modifiés en cas d'instabilité. La mobilisation progressive réduit les réserves pendant que le fer quitte lentement les organes.

Dans l'insuffisance cardiaque avancée, une saignée standard peut réduire la précharge et la pression d'une manière mal tolérée. Des volumes plus faibles, des intervalles plus longs, une surveillance étroite ou une phase de chélation peuvent être discutés dans des centres experts. La présence d'une cardiopathie rend l'élimination du fer plus urgente, et non plus sûre si elle est effectuée rapidement sans contrôle. La stabilité hémodynamique gouverne la vitesse et nécessite une coordination entre cardiologie, hématologie et hépatologie.

La chélation est centrale dans la surcharge transfusionnelle et chez les personnes anémiques ou ne pouvant pas être saignées. La déféroxamine parentérale, la défériprone orale et le déférasirox oral ont des pharmacologies, des niveaux de preuve et des toxicités différents ; en cas de surcharge cardiaque sévère, des stratégies intensives, parfois combinées, sont utilisées selon les protocoles de thalassémie et les caractéristiques individuelles. Neutropénie ou agranulocytose avec la défériprone, atteinte rénale ou hépatique avec le déférasirox et problèmes liés à la perfusion ou troubles sensoriels avec la déféroxamine imposent une surveillance. Le choix du chélateur met en balance accès au myocarde, urgence, organes et capacité réelle d'observance.

Le traitement n'est pas évalué sur la seule baisse de la ferritine. Il faut suivre l'exposition transfusionnelle, la concentration hépatique, le T2*, la fonction cardiaque et la toxicité ; une ferritine fluctuante en raison d'une infection ne justifie pas à elle seule une augmentation ou un arrêt du traitement. Lorsque les transfusions se poursuivent, l'objectif est un bilan négatif suffisant pour protéger les organes, et non simplement la normalisation d'une valeur. La réponse multidimensionnelle évite la surchélation et la persistance silencieuse du fer cardiaque.

Une alimentation équilibrée, l'évitement des compléments de fer et des doses élevées de vitamine C non prescrites, la limitation de l'alcool en cas d'hépatopathie et la prévention des infections par certaines bactéries sidérophiles font partie de la prise en charge. Des restrictions alimentaires extrêmes ont un effet modeste par rapport aux saignées et peuvent aggraver l'état nutritionnel. La consommation de coquillages crus est déconseillée en cas de surcharge clinique en raison du risque d'infections sévères à Vibrio. La prévention concrète accompagne le traitement causal sans se transformer en régimes punitifs.

Insuffisance cardiaque, arythmies et dispositifs

L'insuffisance cardiaque à fraction d'éjection réduite est traitée conformément aux recommandations par diurétiques et traitement neurohormonal, avec adaptation des doses à la pression, au rein et à l'anémie. Il n'existe pas de preuve robuste justifiant de retirer des traitements pronostiques uniquement parce que la cause est le fer, mais la réversibilité impose des réévaluations : la pression et la fonction peuvent évoluer pendant l'élimination du fer. À la phase aiguë, décongestion, traitement du facteur déclenchant et intensification rapide du traitement de la surcharge martiale en milieu expert sont menés conjointement. La double thérapeutique soutient le cœur tout en éliminant le toxique.

La fibrillation atriale nécessite un contrôle du rythme ou de la fréquence et une évaluation de l'anticoagulation selon le risque thromboembolique et hémorragique. Tachycardie ventriculaire, syncope et arrêt cardiaque relèvent des principes habituels de prévention secondaire ; pour la prévention primaire par DAI, la fraction d'éjection, la fibrose et le pronostic sont pris en compte, en gardant à l'esprit que la fonction peut récupérer. Un défibrillateur portable peut être discuté dans certaines situations au cours d'une phase réversible, mais ne remplace pas le traitement de la surcharge en fer. La stratégie électrique doit être réévaluée après récupération et ne peut être différée lorsqu'une indication établie existe.

Une bradycardie symptomatique et un bloc avancé nécessitent une stimulation ; en présence d'une dysfonction et d'une forte proportion de stimulation, on évalue une modalité évitant une dyssynchronie supplémentaire. L'ablation des arythmies atriales ou ventriculaires peut être appropriée malgré la présence d'un substrat métabolique évolutif. L'élimination du fer réduit le risque mais n'efface pas nécessairement les cicatrices et les circuits. Le substrat résiduel explique pourquoi la normalisation du T2* n'équivaut pas toujours à la disparition de l'indication rythmologique.

Famille, suivi et pronostic

Dans l'hémochromatose HFE confirmée, un dépistage est proposé aux apparentés adultes du premier degré, en intégrant génotype, saturation et ferritine. Tester sans distinction des mineurs pour une prédisposition fréquente à début adulte n'est pas équivalent à la prise en charge d'une forme juvénile : HJV ou HAMP peuvent nécessiter un diagnostic précoce et un conseil spécifique. Le dépistage familial en cascade identifie les personnes nécessitant une surveillance sans médicaliser celles qui ne portent qu'un allèle à faible impact.

Le suivi associe symptômes, examen clinique, ECG, échocardiogramme, rythme et IRM T2* lorsqu'elle est indiquée. La fréquence et le contenu sont adaptés à la cause, à la mesure initiale, à la charge transfusionnelle et à la réponse ; endocrinologie, hépatologie, hématologie et génétique suivent les autres organes. Dans une forme traitée précocement, les intervalles peuvent être espacés, tandis qu'un T2* très bas, des arythmies ou des modifications thérapeutiques nécessitent un suivi rapproché. La surveillance intégrée prévient à la fois la récidive de surcharge martiale et les complications non cardiaques.

Le pronostic de la sidérose cardiaque a été transformé par l'IRM et la chélation. Même une dysfonction sévère peut s'améliorer si le fer est éliminé avant l'apparition d'une fibrose irréversible, mais la récupération n'est pas immédiate et le risque rythmique persiste pendant la transition. Dans les formes héréditaires courantes, la prévention des lésions est généralement plus simple que leur régression ; dans les formes juvéniles et transfusionnelles, la rapidité de progression impose le recours à des centres experts. La réversibilité conditionnelle est le message central : réelle et cliniquement importante, mais dépendante du temps et de la qualité du traitement.

La communication doit distinguer trois niveaux : variant génétique, surcharge systémique et cardiomyopathie. Dire à un porteur HFE avec ferritine inflammatoire qu'il présente une maladie cardiaque crée une alarme injustifiée ; dire à un patient transfusé avec T2* bas et fraction d'éjection normale que son cœur est sain crée le risque inverse. Un diagnostic stratifié décrit ce qui est démontré, ce qui est probable et l'information manquante, transformant des examens complexes en décisions vérifiables.

La grossesse et la période péripartum nécessitent un plan spécifique. Chez les femmes porteuses d'une hémochromatose commune, le fer n'est pas automatiquement éliminé et une éventuelle saignée dépend de la surcharge documentée, de l'hémoglobine et du stade de la grossesse ; dans les anémies transfusion-dépendantes, l'arrêt ou la modification des chélateurs doit être convenu avant la conception. La fonction ventriculaire, les arythmies et les médicaments déterminent le risque obstétrical. La planification préconceptionnelle évite aussi bien une déplétion inutile que des mois d'exposition au fer sans solution alternative.

Même après normalisation des réserves, une cirrhose, un diabète, une arthropathie et une cicatrice myocardique peuvent persister et nécessiter un suivi propre. Le traitement d'entretien empêche une nouvelle accumulation mais n'efface pas automatiquement le risque hépatocellulaire en cas de fibrose avancée ni le risque rythmique en présence d'un LGE persistant. La mémoire d'organe distingue la correction du bilan martial de la guérison de ses conséquences et rend nécessaire la documentation des lésions initiales avant que le traitement n'en modifie les marqueurs.

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