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Cardiomyopathie arythmogène

La cardiomyopathie arythmogène, abrégée ACM, est une maladie du myocarde caractérisée par une cicatrice non ischémique et une vulnérabilité aux arythmies ventriculaires, avec atteinte prédominante du ventricule droit, du ventricule gauche ou des deux. Le terme ne désigne ni une morphologie unique ni un seul gène : il décrit un continuum arythmogène dans lequel les lésions cellulaires, la réparation fibreuse et l’instabilité électrique prennent des proportions différentes selon les individus.

L’ancienne cardiomyopathie arythmogène du ventricule droit, ARVC, représente la forme la mieux caractérisée, mais n’épuise pas le spectre. L’imagerie tissulaire et la génétique ont mis en évidence des phénotypes gauches et biventriculaires dans lesquels la cicatrice peut précéder la dilatation et la diminution de la fraction d’éjection. Cette extension nosologique corrige une limite diagnostique sans autoriser à qualifier d’arythmogène toute cardiomyopathie associée à des arythmies.

La maladie est fréquemment héréditaire et souvent autosomique dominante, avec une pénétrance incomplète et une expression dépendante de l’âge. Des porteurs du même variant peuvent rester asymptomatiques, ne manifester qu’une extrasystolie ou développer des tachycardies, une insuffisance cardiaque et une mort subite ; l’exercice intense et d’autres modificateurs contribuent à ces différences. Le génotype causal établit une vulnérabilité, et non un destin clinique individuel.

Les anomalies électriques peuvent précéder les altérations structurelles reconnaissables. Une personne dont la fonction globale est préservée peut déjà présenter des corridors de conduction lente dans la cicatrice et une tachycardie ventriculaire soutenue, tandis qu’une autre présentant une dilatation importante reste longtemps sans arythmie majeure. La dissociation électromécanique explique pourquoi la fraction d’éjection isolée est insuffisante pour le diagnostic et la prévention de la mort subite.

Il n’existe pas de gold standard universel. Le diagnostic, la distribution phénotypique et le risque résultent de l’association de l’anamnèse, de la généalogie, de l’ECG, du monitorage, de l’échocardiographie, de l’IRM, de la génétique et parfois de la biopsie. Une probabilité intégrée protège de deux erreurs opposées : méconnaître une forme précoce parce que le cœur n’est pas dilaté ou surdiagnostiquer une maladie héréditaire sur la base d’éléments non spécifiques.

Définition, nomenclature et épidémiologie

Le mot dysplasie reflétait l’hypothèse initiale d’un développement anormal du ventricule droit, mais les études pathologiques et génétiques ont démontré un processus acquis au cours de la vie sur une base principalement héréditaire. Le remplacement par le terme cardiomyopathie reconnaît une dystrophie myocardique progressive, dans laquelle la perte cellulaire et la cicatrisation se poursuivent après la formation du cœur.

L’acception restreinte de l’ARVC exige un phénotype droit conforme aux critères internationaux. L’acception large de l’ACM comprend des formes à prédominance gauche et biventriculaire liées à un substrat génétique et fibreux, mais certains documents américains y ont également inclus des maladies systémiques ou inflammatoires capables de provoquer des arythmies. La précision terminologique impose de préciser la définition utilisée, surtout dans la littérature et le conseil familial.

La prévalence de la forme droite classique est souvent estimée entre environ 1:2.000 et 1:5.000, mais elle varie selon la géographie, l’accès aux centres experts et les variants fondateurs. La maladie de Naxos et le variant TMEM43 p.Ser358Leu présentent des concentrations régionales bien plus élevées. La prévalence observée reflète donc la biologie de la population et l’intensité du dépistage, et non une valeur uniforme transposable à chaque territoire.

Les phénotypes gauches sont vraisemblablement sous-estimés car les critères de 2010 ont été conçus pour le ventricule droit et la fibrose gauche peut coexister avec des volumes normaux. Un diagnostic antérieur de myocardite récidivante, de DCM arythmique ou de cicatrice idiopathique peut masquer DSP, FLNC ou PLN. Le biais d’ascertainment rend prématurées des estimations épidémiologiques précises pour l’ensemble du spectre ACM.

La présentation clinique est rare avant la puberté dans les formes dominantes classiques, augmente à partir de l’adolescence et s’exprime souvent à l’âge adulte. Cela ne signifie ni que l’enfant porteur est exempt de risque ni que la personne âgée dont les examens sont normaux développera nécessairement la maladie. La pénétrance dépendante de l’âge détermine le calendrier du dépistage, mais doit être modulée par le gène et l’histoire propre à la famille.

La mort subite chez les jeunes et les athlètes a fait de la cardiomyopathie arythmogène une maladie paradigmatique, mais les cohortes de référence surreprésentent les cas rythmiques sévères. Le dépistage génétique et familial identifie des personnes dont l’évolution est plus légère, tandis que les patients présentant une insuffisance cardiaque avancée constituent une autre fraction sélectionnée. Le pronostic de cohorte ne doit pas être transposé sans ajustement à un porteur asymptomatique.

Desmosome, génétique et mécanismes de la maladie

Le desmosome relie les filaments intermédiaires de cellules adjacentes et permet au tissu cardiaque de tolérer des millions de cycles mécaniques. La plakophiline-2, la desmoplakine, la desmogléine-2, la desmocolline-2 et la plakoglobine participent à ce complexe, qui communique avec la fascia adherens, les jonctions communicantes et les canaux sodiques. Le disque intercalaire intégré explique pourquoi un variant structurel peut produire des anomalies de conduction avant une perte myocardique macroscopique.

PKP2 est le gène le plus fréquent dans l’ARVC autosomique dominante et tend à produire un phénotype principalement droit, bien que la variabilité soit importante. DSP est plus fréquemment associé à une atteinte gauche, à une cicatrice sous-épicardique et à des phases inflammatoires ; DSG2 et DSC2 peuvent provoquer une maladie droite ou biventriculaire. Les corrélations génotype-phénotype sont probabilistes et ne remplacent pas l’imagerie complète des deux ventricules.

JUP est impliqué dans la maladie de Naxos, tandis qu’un DSP biallélique peut provoquer le syndrome de Carvajal, tous deux accompagnés de signes cutanés reflétant le rôle des desmosomes dans les tissus soumis au stress. La kératodermie palmoplantaire et les cheveux laineux sont donc des signes diagnostiques, et non des détails dermatologiques distincts. Les formes cardiocutanées montrent comment l’examen extracardiaque peut préciser le mode de transmission et l’urgence du dépistage.

La réévaluation ClinGen attribue à TMEM43 un niveau de preuve définitif pour l’ARVC, tandis que PLN et DES atteignent un niveau de preuve modéré ; d’autres causes de cardiomyopathie arythmique, telles que FLNC ou LMNA, peuvent se chevaucher sur le plan nosologique sans appartenir à l’ARVC classique. Le même processus de validation a réfuté ou revu à la baisse des associations historiques, notamment RYR2 comme gène de l’ARVC. Un panel génétiquement valide réduit le nombre de variants incertains et les fausses attributions étiologiques.

Les variants pathogènes diminuent la quantité ou la fonction des protéines desmosomales par haplo-insuffisance, protéines tronquées ou altérations spécifiques. Il en résulte une fragilité mécanique, une redistribution de la plakoglobine, une modification des voies Wnt et Hippo, une inflammation et une altération de l’homéostasie électrique. La pathogenèse multiniveau n’est pas une simple transformation du myocyte en adipocyte, mais un réseau de perte cellulaire et de réparation anormale.

Le remplacement fibroadipocytaire est plus évident dans le ventricule droit classique, souvent de l’épicarde vers l’endocarde, tandis que dans le ventricule gauche peut prédominer une fibrose sous-épicardique ou médio-pariétale avec une graisse moins apparente. Des corridors de myocarde survivant au sein de la cicatrice conduisent lentement et entretiennent des réentrées. Le substrat tridimensionnel détermine la morphologie des tachycardies et la nécessité d’une cartographie épicardique.

L’inflammation et les lésions myocardiques interagissent de façon particulièrement évidente dans la cardiomyopathie liée à DSP. Une douleur thoracique, une troponine élevée, un œdème et de nouvelles zones de LGE peuvent être interprétés comme une myocardite isolée si les antécédents familiaux et la distribution de la cicatrice ne sont pas pris en compte. La présentation myocarditique ne prouve pas la persistance d’un virus et peut représenter une phase d’une maladie génétique.

L’exercice d’endurance augmente la précharge droite, la tension pariétale et la stimulation catécholaminergique. Chez les porteurs de variants desmosomaux, des expositions plus intenses et prolongées ont été associées à un début plus précoce, une pénétrance accrue, des arythmies et une insuffisance cardiaque ; la réduction après le diagnostic paraît favorable mais n’annule pas le substrat. Le modificateur exercice est l’une des interactions gène-environnement les plus solidement démontrées dans les cardiomyopathies.

Le sexe biologique, les hormones, les variants multiples et des facteurs encore inconnus contribuent à l’expressivité. Dans certaines cohortes, les hommes ont présenté un phénotype plus sévère, mais les différences d’activité et de dépistage peuvent confondre l’association ; DSP présente en outre des caractéristiques qui ne suivent pas nécessairement le schéma de l’ARVC liée à PKP2. Les modificateurs individuels rendent inapproprié de déduire le risque du sexe ou du gène sans données cliniques.

Phénotypes et histoire naturelle

La phase la plus précoce peut être uniquement génétique, avec ECG, imagerie et monitorage normaux. Chez certains sujets, elle est suivie d’une phase électrique au cours de laquelle des extrasystoles, une tachycardie non soutenue ou des modifications de la repolarisation apparaissent avant les critères morphologiques majeurs. La maladie préstructurelle ne peut être diagnostiquée à partir du seul variant, mais sa possibilité justifie une surveillance et des recommandations préventives adaptées.

Dans le phénotype droit, les anomalies régionales touchent souvent la chambre de chasse, la paroi inférieure et l’apex, historiquement décrits comme le triangle de la dysplasie. La maladie ne respecte toutefois pas des limites fixes et la notion d’anévrisme localisé doit être interprétée avec prudence à l’ère de l’imagerie à haute résolution. La progression droite comprend une dysfonction régionale, une augmentation des volumes puis une insuffisance globale.

Le phénotype gauche présente une cicatrice sous-épicardique inférolatérale ou circonférentielle, des arythmies provenant du ventricule gauche et parfois une légère diminution de la fonction sans dilatation importante. La fibrose peut paraître disproportionnée par rapport à la géométrie, se distinguant de nombreuses DCM avancées. La prédominance cicatricielle rend l’IRM essentielle et explique des événements rythmiques malgré une fraction d’éjection apparemment rassurante.

L’atteinte biventriculaire peut être simultanée ou apparaître au cours du temps, avec une prédominance variable. Elle ne doit pas être définie par la seule présence d’une anomalie minime dans l’autre cavité, car les éléments non spécifiques sont fréquents ; une association convaincante de critères est nécessaire. Le phénotype biventriculaire s’accompagne d’une charge plus importante d’insuffisance cardiaque et peut modifier le risque, le traitement et l’éligibilité aux assistances mécaniques.

Les phases ne se succèdent pas nécessairement de manière linéaire. Un arrêt cardiaque peut survenir avant la dilatation, un épisode inflammatoire peut laisser une nouvelle cicatrice, ou la fonction peut rester stable pendant des années malgré des arythmies traitées. La trajectoire individuelle est reconstruite à partir de données sériées, car le stade observé lors de la première consultation ne résume ni la durée ni la vitesse d’évolution de la maladie.

L’insuffisance cardiaque droite entraîne une turgescence jugulaire, des œdèmes, une ascite, une congestion hépatique et une diminution du débit par remplissage gauche insuffisant. L’atteinte gauche ajoute une congestion pulmonaire et une insuffisance mitrale fonctionnelle, tandis que les arythmies et la stimulation cardiaque peuvent aggraver les deux ventricules. La physiologie biventriculaire est nécessaire pour ajuster les diurétiques et interpréter des symptômes qui ne suivent pas la seule fraction gauche.

La progression peut conduire à une transplantation pour insuffisance cardiaque avancée, arythmies incessantes ou les deux. Certains patients conservent au contraire une longue vie avec des symptômes minimes après réduction de l’exercice et contrôle du risque. La variabilité pronostique exige une communication qui distingue le danger réel de l’inéluctabilité, en évitant aussi bien une réassurance absolue qu’une représentation catastrophique du diagnostic.

Présentation clinique et électrocardiographie

Les palpitations peuvent correspondre à des extrasystoles, une tachycardie non soutenue, une tachycardie soutenue ou une arythmie atriale, mais leur perception ne quantifie pas le risque. Une tachycardie ventriculaire relativement lente peut être tolérée et durer plusieurs heures, tandis qu’une fibrillation ou une tachycardie rapide provoque une syncope ou un arrêt cardiaque. La documentation du rythme pendant le symptôme est plus informative que son intensité subjective.

La syncope nécessite de reconstituer la posture, l’effort, les prodromes, la durée et la récupération. Une syncope brutale sans prodromes, surtout pendant une activité ou en présence d’une cardiomyopathie, soulève une suspicion rythmique ; les formes vasovagales restent toutefois fréquentes chez les jeunes. La syncope cardiaque n’est un facteur pronostique qu’après une classification clinique rigoureuse, et non par la seule présence du terme dans l’anamnèse.

Une douleur thoracique avec troponine élevée, des anomalies ST-T et un œdème myocardique peuvent simuler une myocardite aiguë ou un syndrome coronarien. Dans les formes liées à DSP, des épisodes répétés renforcent la suspicion d’une phase inflammatoire génétique, surtout en présence d’une cicatrice annulaire ou d’antécédents familiaux. La lésion myocardique épisodique exige néanmoins l’exclusion des causes aiguës traitables et n’est pas attribuée rétrospectivement au gène sans évaluation.

La dyspnée, la fatigabilité, les œdèmes et la satiété précoce signalent une dysfonction avancée, mais peuvent aussi résulter d’arythmies, d’un déconditionnement ou du traitement. L’examen évalue la pression artérielle, la perfusion, les jugulaires, le foie, l’ascite, un troisième bruit et les signes valvulaires. Le profil hémodynamique distingue la congestion du bas débit et guide un traitement qui peut être dangereux s’il repose uniquement sur le poids.

Dans l’ARVC, les inversions des ondes T de V1 à V3 ou au-delà, après la puberté et en l’absence de bloc de branche droit complet, constituent un critère de repolarisation dont le poids dépend de l’étendue. Des anomalies inférieures peuvent accompagner une maladie plus diffuse. La topographie des ondes T est interprétée en tenant compte de l’âge, du sexe, de l’origine ethnique, de l’entraînement et du positionnement correct des électrodes.

Le retard terminal d’activation et l’onde epsilon reflètent une conduction ralentie dans le ventricule droit, mais l’onde epsilon a une sensibilité limitée et une concordance interobservateur imparfaite. Les filtres, l’amplification et un mauvais positionnement peuvent la créer ou la masquer. Le critère de dépolarisation ne doit pas devenir décisif lorsque le reste du tableau est incohérent.

En cas d’atteinte gauche, de faibles voltages dans les dérivations périphériques, des inversions inférolatérales et une fragmentation du QRS peuvent apparaître sans qu’aucun signe soit pathognomonique. Le contraste entre des voltages réduits et des épaisseurs non diminuées peut suggérer une perte myocardique diffuse. Le phénotype ECG gauche prend du poids avec le LGE, les arythmies d’origine gauche et un génotype causal.

Les extrasystoles provenant du ventricule droit présentent typiquement une morphologie de bloc de branche gauche ; un axe supérieur suggère une origine inférieure et possède une spécificité plus élevée que le profil fréquent de la chambre de chasse à axe inférieur. Des arythmies de morphologies multiples indiquent un substrat plus étendu. La localisation électrocardiographique distingue les indices de cicatrice d’une ectopie idiopathique sans remplacer l’imagerie et les critères.

Un Holter de 24 ou 48 heures quantifie la charge d’extrasystoles et les tachycardies non soutenues, mais la variabilité quotidienne limite la pertinence d’un seuil rigide. Des monitorages répétés ou prolongés sont appropriés lorsque la question concerne des symptômes rares ou une modification du risque. La charge sériée est une information pronostique dynamique qui doit être comparée à l’activité, aux médicaments et à la qualité de l’enregistrement.

L’épreuve d’effort peut mettre en évidence une ectopie latente, la réponse tensionnelle et la capacité fonctionnelle, mais elle n’est pas utilisée pour provoquer des arythmies dangereuses ni pour autoriser un sport intense. Chez les porteurs asymptomatiques, elle peut révéler un substrat électrique non apparent au repos. L’épreuve fonctionnelle répond à une question clinique précise et est réalisée dans un environnement adapté au profil de risque.

Imagerie, histologie et critères diagnostiques

L’échocardiographie évalue les dimensions et la cinétique régionale du ventricule droit, la chambre de chasse, la fractional area change, le TAPSE, l’onde S’ et le strain, ainsi que la fonction et la structure gauches. Les mesures linéaires peuvent être trompeuses dans la géométrie complexe du ventricule droit et dépendent du plan de coupe. L’évaluation multiplan distingue une véritable akinésie ou dyskinésie d’un artefact de coupe.

Le remodelage de l’athlète produit une dilatation droite proportionnée à celle du ventricule gauche, une fonction globale aux limites et une augmentation de la chambre de chasse, mais généralement sans anévrismes régionaux ni cicatrice pathologique. Une communication interauriculaire, un retour veineux pulmonaire anormal et une insuffisance tricuspide provoquent une surcharge volumique. La proportionnalité du remodelage est essentielle pour ne pas confondre adaptation ou hémodynamique avec ARVC.

L’IRM quantifie les volumes et les fractions d’éjection biventriculaires sans hypothèse géométrique et visualise les anomalies régionales en ciné. Le ventricule droit nécessite des acquisitions fines, des plans dédiés et de l’expérience, car les bandes modératrices, les zones d’insertion et le mouvement diaphragmatique peuvent simuler une trabéculation ou une dyskinésie. La qualité technique précède toute application de seuils diagnostiques.

Le late gadolinium enhancement met en évidence une expansion extracellulaire focale et rend visible la cicatrice gauche, souvent sous-épicardique inférolatérale ou circonférentielle. Dans le ventricule droit, la finesse de la paroi limite la résolution et la graisse adjacente peut être source de confusion, mais les séquences modernes améliorent la lecture. La distribution du LGE contribue au diagnostic et au pronostic sans identifier à elle seule l’étiologie.

Les cartographies T1 et T2 et le volume extracellulaire peuvent détecter des anomalies diffuses ou un œdème, surtout au cours des phases inflammatoires, mais dépendent du scanner, de la séquence et des valeurs locales. Ils ne remplacent pas les critères validés et ne rendent pas une cicatrice spécifique. Le mapping quantitatif est une information complémentaire à confronter à la phase clinique, à la troponine et aux images antérieures.

Les Task Force Criteria révisés de 2010 organisent les critères majeurs et mineurs en six domaines : anomalies morphofonctionnelles du ventricule droit, caractérisation histologique, repolarisation, dépolarisation ou conduction, arythmies, antécédents familiaux ou génétique. Le diagnostic est défini avec deux critères majeurs, avec un majeur et deux mineurs ou avec quatre mineurs appartenant à des catégories différentes. Il est borderline lorsqu’un critère majeur et un mineur ou trois critères mineurs de catégories différentes sont présents, tandis qu’il est possible avec un majeur ou deux mineurs de catégories différentes. Le score interdomaines ne permet pas d’additionner des éléments redondants d’une même catégorie comme s’il s’agissait de preuves indépendantes.

Dans le domaine morphofonctionnel, l’échocardiographie exige une akinésie, une dyskinésie ou un anévrisme régional du ventricule droit associés à un seuil quantitatif. Sont des critères majeurs un diamètre télédiastolique de la chambre de chasse droite en grand axe parasternal d’au moins 32 mm, ou d’au moins 19 mm/m² après indexation, un diamètre en petit axe d’au moins 36 mm, ou d’au moins 21 mm/m², ou encore une fractional area change ne dépassant pas 33 %. Ont un poids mineur, toujours associés à une anomalie régionale, les valeurs en grand axe de 29 à moins de 32 mm ou de 16 à moins de 19 mm/m², en petit axe de 32 à moins de 36 mm ou de 18 à moins de 21 mm/m², ainsi qu’une fractional area change supérieure à 33 % mais ne dépassant pas 40 %. La quantification échocardiographique doit être effectuée dans le plan prescrit et ne doit pas être remplacée par une description qualitative.

En CMR, le critère morphofonctionnel majeur associe une akinésie, une dyskinésie ou une contraction régionale dyssynchrone à un volume télédiastolique droit indexé d’au moins 110 mL/m² chez l’homme ou 100 mL/m² chez la femme, ou à une fraction d’éjection droite ne dépassant pas 40 %. Sont mineurs les volumes de 100 à moins de 110 mL/m² chez l’homme et de 90 à moins de 100 mL/m² chez la femme, ou une fraction supérieure à 40 % mais ne dépassant pas 45 %, toujours avec une anomalie régionale. L’angiographie attribue un poids majeur à une akinésie, une dyskinésie ou un anévrisme régional. Les critères de 2010 n’incluent pas le LGE parmi les critères diagnostiques : l’IRM y quantifie la forme et la fonction droites, mais la cicatrice détectée par le gadolinium n’entre pas dans le score.

La caractérisation tissulaire de 2010 est histologique. Un critère majeur exige, dans au moins un prélèvement de la paroi libre droite, moins de 60 % de myocytes résiduels à l’analyse morphométrique, ou moins de 50 % à l’estimation, avec remplacement fibreux et avec ou sans tissu adipeux ; le critère mineur comprend un résidu myocytaire de 60 % à 75 %, ou de 50 % à 65 % s’il est estimé, avec fibrose. Ces seuils n’éliminent pas le problème de l’échantillonnage focal et ne justifient pas une biopsie systématique de la paroi libre. La preuve histologique a une spécificité élevée lorsque l’échantillon est adéquat, mais une biopsie négative n’exclut pas la maladie.

Après l’âge de 14 ans et en l’absence de bloc de branche droit complet, l’inversion de l’onde T de V1 à V3 ou au-delà est un critère majeur de repolarisation ; une inversion limitée à V1-V2 ou présente en V4-V6 est mineure. En présence d’un bloc de branche droit complet, des ondes T négatives de V1 à V4 ont un poids mineur. L’onde epsilon entre la fin du QRS et le début de l’onde T en V1-V3 est un critère majeur de dépolarisation, tandis que les potentiels tardifs sur ECG à moyennage du signal ou une durée d’activation terminale d’au moins 55 ms en V1-V3, en l’absence de bloc de branche droit complet, sont des critères mineurs. Le contexte électrocardiographique comprend l’âge, la durée du QRS et la qualité technique, car aucun de ces signes n’est exempt de variabilité interprétative.

Une tachycardie ventriculaire soutenue ou non soutenue avec morphologie de bloc de branche gauche et axe supérieur est un critère majeur, car elle suggère une origine inférieure ou apicale droite ; la même morphologie avec axe inférieur, typique de la chambre de chasse, ou avec axe indéterminé est mineure. Plus de 500 extrasystoles ventriculaires en 24 heures constituent également un critère mineur, mais elles sont fréquentes dans des situations bénignes et doivent être caractérisées par leur morphologie et leur complexité. Le domaine familial attribue un poids à une maladie confirmée chez les apparentés et à un variant pathogène associé à l’ARVC ; une VUS ne satisfait pas le critère génétique. La spécificité rythmique et familiale résulte de la combinaison des éléments, et non du seul décompte des extrasystoles.

Les critères de Padoue de 2020 conservent six catégories majeures et mineures, mais construisent des ensembles distincts pour les ventricules droit et gauche et intègrent le LGE dans la caractérisation structurelle. Pour poser le diagnostic d’ACM, il faut au moins un critère morphofonctionnel ou structurel, majeur ou mineur, de la cavité atteinte ; l’association globale conserve les niveaux défini, borderline et possible. Des critères structurels ou morphofonctionnels uniquement droits orientent vers l’ARVC, l’atteinte démontrée des deux ventricules vers une forme biventriculaire, tandis qu’une lésion structurelle gauche en l’absence de critères droits ouvre la démarche diagnostique de l’ALVC. La séquence de Padoue établit d’abord la présence de la maladie puis sa distribution phénotypique.

Pour le ventricule droit, Padoue attribue un poids mineur à une akinésie, une dyskinésie ou un anévrisme régional isolés et un poids majeur lorsque l’anomalie régionale s’accompagne d’une dilatation ou d’une dysfonction globale, interprétées au moyen de nomogrammes selon l’âge, le sexe, la surface corporelle et, le cas échéant, le statut athlétique. Un LGE transmural en strie dans au moins une région droite, confirmé dans deux plans, devient un critère structurel majeur ; pour le ventricule gauche, est majeur un LGE non ischémique sous-épicardique ou médio-pariétal dans au moins un segment, toujours confirmé dans des plans orthogonaux et après exclusion du rehaussement jonctionnel. La caractérisation tissulaire de Padoue comble ainsi la principale lacune de l’IRM dans les critères de 2010, sans transformer toute zone de rehaussement en ACM.

Parmi les marqueurs électriques gauches, Padoue introduit comme critères mineurs l’inversion des ondes T de V4 à V6 en l’absence de bloc de branche gauche complet, les faibles voltages inférieurs à 0,5 mV dans les dérivations périphériques et les extrasystoles fréquentes ou les tachycardies de morphologie de bloc de branche droit, à l’exclusion du profil fasciculaire. Du côté droit, l’onde epsilon est rétrogradée de majeure à mineure en raison de sa reproductibilité limitée, tandis que les potentiels tardifs sur ECG à moyennage du signal ne sont pas maintenus. La révision des signes électriques privilégie les éléments cohérents avec la cavité d’origine et réduit le poids des indicateurs historiques peu spécifiques.

Pour l’ALVC isolée, Padoue exige spécifiquement l’association d’un critère structurel majeur gauche, c’est-à-dire un LGE non ischémique de distribution sous-épicardique ou médio-pariétale, et d’un variant pathogène ou probablement pathogène dans un gène causalement associé à l’ACM, en l’absence de critères morphofonctionnels ou structurels droits. Ce verrou génétique visait à protéger contre la spécificité limitée de la cicatrice gauche, mais il appartient au système de 2020 et ne doit pas être transformé en règle universelle. Le prérequis génétique de Padoue n’est satisfait ni par un panel négatif ni par un variant de signification incertaine.

Les critères de l’European Task Force sont désignés dans la littérature comme ETF 2023 parce qu’ils ont été publiés en ligne le 14 octobre 2023, bien qu’ils soient parus dans le volume 395 de janvier 2024. Ils affinent Padoue, maintiennent les six domaines et les associations de niveau de certitude, et exigent au moins un critère morphofonctionnel ou structurel de la cavité définissant le phénotype. Pour l’ALVC, en l’absence de critères morphofonctionnels ou structurels droits, le diagnostic peut donc être défini, borderline ou possible au moyen d’une combinaison clinique appropriée incluant un LGE gauche non ischémique. Les associations restent deux critères majeurs, ou un majeur et deux mineurs, ou quatre mineurs pour la forme définie ; un majeur et un mineur ou trois mineurs pour la forme borderline ; un majeur ou deux mineurs pour la forme possible, en utilisant des catégories différentes. Un LGE majeur isolé configure donc une ALVC possible, et non automatiquement définie. Le consensus ETF 2023-2024 est un cadre proposé et non un gold standard déjà validé dans toutes les populations.

Dans le ventricule gauche, le consensus ETF attribue une valeur majeure au LGE en strie sous-épicardique ou médio-pariétal touchant au moins trois segments du modèle bull’s-eye et confirmé dans deux plans orthogonaux ; les segments peuvent être contigus et former l’anneau typique, ou être discontinus. L’atteinte d’un ou deux segments a un poids mineur, tandis qu’un LGE en plages, focal ou limité aux jonctions septales ne satisfait pas le critère. Dans le ventricule droit, un LGE indiscutable dans au moins une région, confirmé dans deux plans et après exclusion de la zone de la valve tricuspide, est rétrogradé de majeur à mineur ; la fibrose histologique conserve en revanche un poids majeur. La seule hypokinésie ou akinésie régionale gauche est éliminée car trop peu spécifique. Le profil annulaire reste un hallmark diagnostique, et non un élément pathognomonique capable à lui seul d’exclure myocardite, sarcoïdose, dystrophie ou autre cardiomyopathie.

Sur le plan électrique, ETF conserve comme critères mineurs les ondes T négatives de V4 à V6 en l’absence de bloc de branche gauche et élève au rang de critère majeur les voltages inférieurs à 0,5 mV dans toutes les dérivations périphériques, après exclusion de l’obésité, de l’emphysème, de l’épanchement péricardique, de l’amylose et des causes techniques. Les extrasystoles fréquentes, spontanées ou induites par l’exercice, et les tachycardies à morphologie de bloc de branche droit restent des critères mineurs gauches, à l’exclusion des profils fasciculaires ; les morphologies multiples et l’arrêt cardiaque par fibrillation ou tachycardie d’origine non documentée sont également pris en compte. Dans le domaine génétique, un variant classé pathogène vaut comme critère majeur, un probablement pathogène comme mineur et une VUS n’attribue aucun point. La spécificité ETF dépend de définitions plus restrictives et de la convergence entre les domaines.

La différence la plus importante par rapport à Padoue concerne le rapport entre phénotype et étiologie. Dans le cadre ETF, une ALVC peut être reconnue sur la base de critères cliniques indépendamment du fait que la cause soit génétique, familiale sans variant causal identifié, idiopathique ou acquise ; la génétique et les antécédents familiaux peuvent néanmoins contribuer au degré de certitude dans le sixième domaine et sont ensuite interprétés dans l’attribution causale. Un test négatif n’annule pas un phénotype cliniquement cohérent et une VUS n’en certifie pas l’origine héréditaire. La séparation phénotype-cause évite à la fois de méconnaître les formes sans gène identifié et de prendre une phénocopie pour une cardiomyopathie monogénique.

Les recommandations ESC 2023 utilisent également la catégorie NDLVC pour un ventricule gauche non dilaté avec cicatrice ou remplacement adipeux non ischémique, ou avec hypokinésie globale isolée sans cicatrice. NDLVC et ALVC peuvent se chevaucher, mais ne sont pas synonymes : la première est une description morphofonctionnelle étiologiquement neutre, la seconde exige le profil arythmogène défini par les critères pertinents. Le diagnostic de forme gauche reste donc exposé à la surinterprétation et exige une cohérence multiparamétrique entre LGE, ECG, arythmies, antécédents, génétique et diagnostic différentiel.

La biopsie endomyocardique peut montrer une perte de myocytes, une fibrose et un remplacement adipeux, mais un prélèvement septal négatif n’exclut pas une maladie qui débute dans la région sous-épicardique de la paroi libre. La cartographie électroanatomique ou l’imagerie peuvent guider le prélèvement vers les zones pathologiques, tout en tenant compte du risque. Le rendement de la biopsie est plus élevé lorsqu’on recherche également une sarcoïdose, une myocardite spécifique ou un autre diagnostic traitable.

L’autopsie après une mort subite exige un examen systématique des deux ventricules, une histologie et une évaluation coronarienne, toxicologique et moléculaire. La graisse isolée dans le ventricule droit peut être physiologique et ne démontre pas une ACM en l’absence de perte myocytaire et de fibrose. Une expertise en pathologie cardiovasculaire évite qu’un diagnostic post mortem erroné n’oriente à tort l’ensemble de la famille.

Les principales alternatives comprennent la myocardite, la sarcoïdose, la DCM, la laminopathie, une cardiopathie congénitale, l’hypertension pulmonaire, le cœur d’athlète et les tachycardies idiopathiques. La TEP peut être utile en cas de suspicion de sarcoïdose, la TDM dans les anomalies vasculaires et la coronarographie lorsqu’une atteinte ischémique est plausible. La démarche différentielle sélectionne les examens selon la probabilité, en évitant un dépistage indiscriminé incapable de résoudre des résultats borderline.

Test génétique et évaluation de la famille

Le test génétique est proposé chez le cas index présentant un phénotype convaincant afin de préciser l’étiologie, d’affiner le profil et de permettre le dépistage en cascade. Le rendement est plus élevé dans l’ARVC typique et les familles avec agrégation de cas, mais un résultat négatif n’exclut pas la maladie car certains gènes, régions ou mécanismes peuvent ne pas être détectés. Le test du cas index doit précéder le test indiscriminé des apparentés lorsqu’aucun variant familial n’est connu.

Le conseil pré-test aborde les résultats possibles, les limites techniques, les implications familiales et la possibilité de découvertes inattendues. Un panel ciblé sur des gènes dont l’association est solide offre un meilleur rapport signal/bruit qu’une liste très étendue ; des analyses plus larges sont appropriées lorsque le phénotype suggère des syndromes ou des chevauchements. La stratégie génétique découle du tableau clinique et non de la disponibilité commerciale du panel le plus vaste.

Un variant pathogène ou probablement pathogène ne contribue au diagnostic que si le gène et le mécanisme sont cohérents. La classification suit des critères internationaux et intègre la fréquence dans la population, la prédiction, les données fonctionnelles, les cas publiés et la ségrégation ; elle peut évoluer avec de nouvelles preuves. La reclassification périodique est particulièrement importante dans les cardiomyopathies, où certaines associations historiques ont ensuite été revues à la baisse.

Un variant de signification incertaine ne confirme pas la cause, ne justifie pas un DAI et ne doit pas être recherché comme test prédictif chez des apparentés sains. La ségrégation familiale peut générer des preuves utiles, mais une VUS présente chez un apparenté atteint ne devient pas automatiquement pathogène. La discipline interprétative prévient une cascade de diagnostics, d’anxiété et de restrictions fondés sur une donnée non concluante.

Les apparentés du premier degré du cas index bénéficient d’une anamnèse, d’un examen, d’un ECG, d’un monitorage et d’une imagerie même lorsque le cas paraît isolé. S’il existe un variant causal, le test en cascade distingue porteurs et non-porteurs ; ces derniers peuvent généralement sortir de la surveillance spécifique, sauf phénotype propre ou autre cause familiale. Le dépistage en cascade concentre les ressources et réduit l’incertitude par rapport à des contrôles perpétuels de toute la parentèle.

Chez le porteur sans phénotype, les intervalles dépendent de l’âge, du gène, de l’activité et de la sévérité familiale. L’adolescence et le début de l’âge adulte sont des périodes d’attention particulière, mais certains variants se manifestent plus tard ; des symptômes ou une augmentation de l’exercice justifient un contrôle plus précoce. La surveillance préventive ne transforme pas la personne en patient symptomatique et doit préserver la proportionnalité dans la vie quotidienne.

Lorsque le cas index reste sans cause génétique identifiée, les apparentés ne peuvent pas être rassurés par un test négatif non informatif et poursuivent le dépistage clinique. Une généalogie apparemment négative peut s’expliquer par des familles de petite taille, des apparentés jeunes, une pénétrance incomplète ou des diagnostics erronés. Le risque familial résiduel est expliqué explicitement, en le distinguant d’une véritable négativité pour un variant causal déjà démontré.

Le conseil reproductif aborde la probabilité de transmission, la pénétrance incertaine, le diagnostic prénatal et préimplantatoire sans prescrire un choix. Dans les formes dominantes, le risque d’hériter du variant est souvent de 50 %, mais celui de développer une issue donnée est beaucoup moins prévisible. L’autonomie reproductive exige des informations sur le gène spécifique et non une traduction simpliste du pourcentage mendélien en pronostic.

Stratification du risque rythmique

La prévention secondaire est le contexte le plus clair : un arrêt cardiaque réanimé, une fibrillation ventriculaire ou une tachycardie soutenue mal tolérée identifient un risque de récidive qui justifie généralement un DAI lorsqu’il n’existe pas de cause totalement réversible. Même les tachycardies soutenues bien tolérées ont une forte probabilité de récidiver. L’événement majeur antérieur conserve un poids supérieur aux marqueurs isolés de prévention primaire.

En l’absence d’arythmies soutenues, le risque dépend de la syncope cardiaque, de la tachycardie non soutenue, du nombre et de la complexité des extrasystoles, de l’étendue des ondes T négatives, de la fonction ventriculaire, de la cicatrice et du génotype. L’âge et le sexe modifient certaines associations sans agir de façon uniforme. L’évaluation multidimensionnelle évite des seuils isolés qui négligent les interactions entre électricité et structure.

Le modèle ARVC corrigé et republié en 2022 estime la probabilité d’une première arythmie soutenue chez les patients atteints d’ARVC définie selon les critères 2010 et sans événement soutenu antérieur. Il utilise l’âge, le sexe, une syncope récente, la tachycardie non soutenue, la charge d’extrasystoles, les inversions des ondes T et la fraction d’éjection droite. Le calculateur validé ne comprend pas la fraction d’éjection gauche dans le modèle final et ne remplace pas la décision partagée.

La version initialement publiée en 2019 a été retirée et republiée en raison d’une erreur dans l’équation ; seule la version corrigée de 2022 doit donc être utilisée et citée. Même cette estimation peut évoluer lorsque les prédicteurs changent et doit être recalculée au cours du suivi. La validité du modèle comprend la version, la population et le moment d’application, et pas seulement la saisie des valeurs.

Le critère de jugement du calculateur inclut la tachycardie soutenue et un traitement approprié par le DAI, événements cliniquement importants mais non équivalents à la mort subite. Un seuil choisi pour éviter une tachycardie relativement lente peut conduire à davantage d’implantations qu’un seuil orienté uniquement vers les arythmies rapides. La nature du critère de jugement doit être discutée avec le patient avant de transformer une probabilité en procédure.

La transposabilité aux phénotypes gauches, à la cardiomyopathie liée à DSP et aux personnes ne satisfaisant pas les critères de 2010 est limitée. Dans DSP, la cicatrice gauche et les phases de lésion peuvent conférer un risque malgré une fonction relativement préservée et selon des variables différentes de celles du modèle ARVC. La validité externe impose de ne pas utiliser un calculateur familier en dehors de la population étudiée.

L’IRM apporte des informations supplémentaires sur l’atteinte gauche, l’étendue du LGE et le phénotype biventriculaire. Des études observationnelles associent certaines présentations à des issues différentes, mais les seuils quantitatifs ne sont pas uniformément validés pour chaque génotype. Le risque lié à la cicatrice complète la fonction et paraît particulièrement pertinent lorsque la fraction d’éjection n’est pas sévèrement diminuée.

L’étude électrophysiologique programmée peut induire une tachycardie et apporter une information dans des contextes sélectionnés, mais sa valeur pronostique n’est pas assez uniforme pour servir d’arbitre universel. Le résultat dépend du protocole, des médicaments et du stade et ne démontre pas l’absence de risque s’il est négatif. La stimulation programmée est utilisée lorsqu’elle apporte une information à une décision concrète ou accompagne une stratégie d’ablation.

Le risque n’est pas statique. Une nouvelle syncope, l’augmentation des extrasystoles, la progression de la dysfonction, une nouvelle cicatrice ou une réduction de l’activité modifient l’estimation et peuvent changer l’indication du dispositif. La restratification sériée est plus fidèle à une maladie progressive qu’une décision prise une seule fois au moment du diagnostic.

Exercice, défibrillateur et traitement des arythmies

Chez les patients présentant une ACM manifeste, l’activité de compétition et l’exercice d’endurance de haute intensité sont généralement déconseillés, surtout dans les formes desmosomales. Cette recommandation concerne à la fois le risque aigu pendant l’effort et l’accélération de la progression au cours du temps ; la preuve d’un effet dose-réponse provient surtout de cohortes observationnelles d’ARVC et de porteurs de variants desmosomaux et n’a pas la même force pour chaque génotype gauche. La réduction de l’exposition est considérée comme une intervention capable de modifier le risque, sans pouvoir éliminer la cicatrice déjà constituée.

La prescription distingue l’intensité, la durée, la fréquence et le type d’activité. Un exercice récréatif de faible ou moyenne intensité peut être compatible chez certaines personnes après évaluation, tandis que les activités comportant des poussées adrénergiques, des contacts ou une impossibilité de secours exigent davantage de prudence. La prescription partagée évite à la fois la compétition dangereuse et une sédentarité qui dégrade la santé métabolique et le bien-être.

Chez les porteurs génotype positifs sans phénotype, les recommandations sont plus individualisées, mais l’exercice d’endurance compétitif reste défavorable pour les formes associées à l’ARVC. Le risque varie selon le gène et n’est pas démontré avec la même force pour tous les variants gauches. La prévention chez le porteur tient compte des données familiales, des préférences et de l’incertitude, en expliquant qu’un examen normal ne rend pas neutre une exposition intense et prolongée.

Le DAI est la stratégie implantable capable de reconnaître et d’interrompre automatiquement une tachyarythmie potentiellement létale et constitue la pierre angulaire après un arrêt cardiaque ou une arythmie majeure en l’absence de cause réversible. En prévention primaire, le bénéfice attendu est mis en balance avec l’infection, l’hématome, la perforation, le dysfonctionnement, les chocs inappropriés, les remplacements et l’impact psychologique. Le choix du dispositif est particulièrement complexe chez un jeune adulte qui vivra de nombreuses décennies avec le système.

Un système transveineux offre une stimulation antitachycardique, utile pour interrompre des tachycardies monomorphes sans choc, et une stimulation antibradycardique si nécessaire. Un DAI sous-cutané évite les sondes intravasculaires mais ne délivre ni ATP ni stimulation chronique ; un système extravasculaire peut élargir les options dans des centres appropriés. La configuration du DAI dépend du type d’arythmie, de l’âge, de l’anatomie et du besoin de stimulation.

La programmation utilise des zones et des délais de détection capables de traiter les tachycardies cliniques tout en réduisant les interventions inutiles. Les arythmies de l’ARVC peuvent être plus lentes que les arythmies ischémiques ; des seuils trop élevés laissent donc persister des symptômes prolongés, tandis que des seuils bas augmentent les traitements de tachycardies non dangereuses. La programmation personnalisée est actualisée après chaque événement documenté.

Les bêtabloquants atténuent l’activation adrénergique et peuvent réduire les symptômes ou la charge rythmique chez certains patients, bien que les essais randomisés spécifiques soient limités. Le sotalol et l’amiodarone peuvent diminuer les récidives ou les chocs, mais l’allongement du QT, la bradycardie et la toxicité d’organe limitent leur utilisation. La pharmacothérapie antiarythmique complète le DAI et l’ablation, mais ne garantit pas la prévention de la mort subite.

Une tachycardie soutenue stable est traitée en aigu selon l’état hémodynamique, avec cardioversion immédiate en cas de mauvaise tolérance. La correction des troubles électrolytiques, de l’ischémie, de la fièvre et des médicaments proarythmiques réduit les facteurs déclenchants, tandis que les tracés 12 dérivations doivent être conservés afin de localiser le circuit. La prise en charge de l’événement associe sécurité immédiate et collecte de données utiles à la stratégie définitive.

L’ablation est indiquée ou envisagée en cas de tachycardies récidivantes malgré les médicaments, d’orage rythmique ou de chocs répétés du DAI. Dans l’ARVC, le substrat est souvent plus étendu à l’épicarde, ce qui rend une approche uniquement endocardique insuffisante ; l’accès péricardique comporte toutefois ses propres risques. La stratégie endo-épicardique est planifiée dans des centres expérimentés dans la maladie et ses complications.

La cartographie en rythme sinusal identifie les faibles voltages, les potentiels tardifs et les canaux, tandis que la cartographie de la tachycardie est possible si le rythme est toléré. L’ablation du substrat peut réduire considérablement la charge, mais de nouvelles zones pathologiques apparaissent avec la progression. Le succès procédural signifie un contrôle clinique prolongé, et non l’élimination de la cardiomyopathie ou la suppression de l’indication du DAI.

L’orage rythmique nécessite une sédation, la correction des facteurs déclenchants, un bêtablocage, des antiarythmiques et une évaluation urgente en vue d’une ablation ; une assistance mécanique peut être nécessaire si l’arythmie et les chocs compromettent la perfusion. Des chocs répétés ne doivent pas être acceptés comme un fonctionnement inévitable du dispositif. Un réseau électrophysiologique d’urgence réduit le traumatisme et les conséquences hémodynamiques lorsque le traitement est coordonné rapidement.

Insuffisance cardiaque, situations particulières et suivi

Le traitement de l’insuffisance cardiaque gauche suit les recommandations pour la fraction d’éjection réduite, incluant l’inhibition du système rénine-angiotensine ou un ARNI, un bêtabloquant, un antagoniste des minéralocorticoïdes et un inhibiteur de SGLT2 lorsqu’ils sont appropriés et tolérés. Les diurétiques contrôlent la congestion sans modifier directement le substrat. Le traitement pronostique est instauré précocement dès l’apparition d’une dysfonction, sans attendre une dilatation terminale.

Dans l’insuffisance cardiaque à prédominance droite, une diurèse excessive peut réduire le remplissage gauche et le débit, tandis qu’une congestion persistante altère le rein et le foie. La pression veineuse, la perfusion, le poids et la fonction rénale sont réévalués conjointement. L’équilibre de la précharge exige des ajustements modestes et fréquents plutôt qu’une dose fixe déduite des protocoles du seul ventricule gauche.

Une régurgitation tricuspide peut résulter de la dilatation et des sondes, aggravant la congestion ; toute intervention valvulaire doit tenir compte de la fonction droite et de la progression myocardique. La resynchronisation a une place lorsque les critères standards de dyssynchronie et de dysfonction gauche sont présents, et non pour le seul diagnostic d’ACM. Le traitement structurel corrige des conséquences sélectionnées sans réparer le défaut cellulaire initial.

Le traitement anticoagulant n’est pas systématique dans toutes les ACM. Il est indiqué selon la présence d’une fibrillation atriale, d’un thrombus documenté, d’un antécédent embolique ou de situations de risque analogues, en tenant compte du fait que les anévrismes et une dysfonction sévère peuvent favoriser la stase. La prévention thromboembolique suit le risque réel et non une crainte générique associée à une cavité dilatée.

La transplantation est envisagée en cas d’insuffisance biventriculaire réfractaire ou d’arythmies incontrôlables, avant l’installation de lésions irréversibles. Une assistance ventriculaire gauche isolée peut être inadaptée lorsque le ventricule droit est gravement atteint, et des accès épicardiques antérieurs compliquent la chirurgie. La sélection avancée intègre l’hémodynamique, les arythmies, les organes et l’histoire procédurale.

La grossesse est souvent bien tolérée chez les femmes stables, mais l’augmentation du volume, de la fréquence et de la charge adrénergique peut favoriser des arythmies ou une insuffisance cardiaque. Le conseil préconceptionnel évalue la fonction, les événements, les médicaments, le DAI et le risque génétique ; certains traitements de l’insuffisance cardiaque sont contre-indiqués et doivent être remplacés à l’avance. La prise en charge cardio-obstétricale se poursuit dans le postpartum, lorsque les variations hémodynamiques et la diminution du sommeil peuvent déstabiliser le rythme.

Chez l’enfant, l’expression clinique avant la puberté est inhabituelle mais possible dans les formes récessives ou sévères. Les critères dérivés de l’adulte présentent des limites liées aux ondes T juvéniles et aux dimensions corporelles, ce qui rend indispensable une expertise pédiatrique. La transition vers l’âge adulte assure la continuité précisément pendant la période où l’activité sportive et la pénétrance augmentent.

Les règles de conduite automobile dépendent du pays, des syncopes, des arythmies, du DAI et des interventions récentes. Les professions comportant un risque pour des tiers, le travail en hauteur ou l’isolement exigent une évaluation professionnelle distincte. La sécurité au travail est discutée selon des critères transparents, en évitant des restrictions indéfinies qui ne seraient pas réévaluées après stabilisation.

L’anxiété liée aux chocs, l’hypervigilance, la peur de l’exercice et les implications pour les enfants font partie de la maladie. Le soutien psychologique et une réadaptation adaptée améliorent la qualité de vie et l’adhésion, surtout après un arrêt cardiaque ou un orage rythmique. La santé psychologique n’est pas un résultat accessoire, car elle influence le comportement, les symptômes perçus et la capacité à vivre avec l’incertitude.

Le suivi comprend la consultation, l’ECG, l’interrogation du DAI, le monitorage, l’échocardiographie et l’IRM lorsque celle-ci peut modifier la prise en charge. La fréquence et la combinaison des examens varient selon la stabilité, le gène et le risque antérieur ; un contrôle annuel standard n’est pas suffisant pour tous et n’est pas nécessaire de la même manière pour chacun. La surveillance proportionnée est intensifiée après de nouveaux symptômes, des arythmies ou des changements d’activité.

Chaque consultation actualise une chronologie de la charge rythmique, de la fonction, de la cicatrice, de l’exercice, des médicaments et des interventions du dispositif. De petites variations isolées peuvent dépendre de la méthode, tandis que des tendances concordantes indiquent une progression réelle. La lecture longitudinale évite de réagir excessivement au bruit et de négliger une détérioration lente répartie sur plusieurs années.

Le pronostic s’est amélioré grâce au diagnostic précoce, à la réduction de l’exercice nocif, à l’utilisation sélective du DAI et à l’ablation, mais la morbidité liée aux récidives et aux dispositifs reste importante. L’insuffisance cardiaque et la transplantation sont moins fréquentes que les arythmies dans les cohortes ARVC, tandis que certains génotypes gauches suivent une trajectoire différente. Le profil pronostique doit être spécifique au phénotype et au gène, et non dérivé de la moyenne de l’ensemble du spectre.

La prise en charge optimale nécessite un centre capable d’intégrer l’imagerie biventriculaire, l’électrophysiologie, la génétique, l’insuffisance cardiaque et le conseil sur l’exercice. Le patient et sa famille doivent comprendre quels éléments sont certains, lesquels sont probables et lesquels sont encore en évolution. Cette médecine de précision ne consiste pas en un test sophistiqué isolé, mais à relier la cause, la cicatrice, le rythme et la trajectoire à des décisions vérifiables dans le temps.

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