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Insuffisance mitrale aiguë

L’insuffisance mitrale aiguë est un syndrome hémodynamique dépendant du temps et non une simple forme chronique soudainement reconnue. En quelques heures ou quelques jours apparaît un orifice régurgitant significatif qui déverse du sang dans une oreillette gauche n’ayant pas eu le temps de se dilater ; les pressions atriale et capillaire pulmonaires augmentent brutalement tandis que le débit aortique diminue. C’est pourquoi un œdème pulmonaire et un choc peuvent coexister même avec un ventricule non dilaté et une fraction d’éjection apparemment normale.

Les causes comprennent la rupture papillaire après infarctus, la rupture cordale dégénérative, la perforation ou la destruction liée à une endocardite, les traumatismes et les lésions iatrogènes. Une régurgitation aiguë peut toutefois aussi être fonctionnelle, sans rupture structurelle, lorsque l’ischémie ou un remodelage brutal déplace les muscles papillaires et empêche la coaptation. Distinguer une lésion mécanique primaire d’un tethering ischémique est donc essentiel, car l’urgence, la probabilité de récupération et la procédure diffèrent.

La situation exige l’activation immédiate des soins intensifs cardiologiques, de l’imagerie et de la chirurgie cardiaque. Les médicaments et les dispositifs de support peuvent faire gagner du temps, mais une lésion structurelle sévère n’est pas guérie par la stabilisation. Les recommandations ESC/EACTS 2025 indiquent un traitement chirurgical ou transcathéter urgent dans la forme primaire aiguë sévère mal tolérée ; l’option transcathéter reste réservée à des patients sélectionnés chez lesquels la chirurgie est prohibitive ou utilisée comme pont.

Causes et mécanismes anatomiques

La rupture papillaire est une complication mécanique rare mais catastrophique de l’infarctus du myocarde, généralement au cours des premiers jours. Le muscle postéromédial reçoit plus souvent une vascularisation unique par l’artère descendante postérieure et est donc plus vulnérable que l’antérolatéral, vascularisé par l’interventriculaire antérieure et la circonflexe. Des infarctus inférieurs ou postérolatéraux même peu étendus peuvent provoquer une rupture papillaire et une régurgitation disproportionnée par rapport à la dysfonction globale.

La rupture peut intéresser une tête ou l’ensemble du muscle. La rupture d’une tête libère les cordages d’un ou plusieurs segments et génère un feuillet flail ; une rupture complète laisse une large partie de la valve sans contrôle et conduit fréquemment au choc. L’échocardiographie peut montrer une masse mobile, mais le muscle n’est pas toujours facilement visible ; un jet excentré et un feuillet hypermobile après infarctus doivent maintenir un haut niveau de suspicion.

L’ischémie sans rupture entraîne une dysfonction et un déplacement papillaires, réduit les forces de fermeture et augmente le tethering. Dans ce cas, la régurgitation est secondaire et peut s’atténuer après revascularisation, réduction de la postcharge et récupération myocardique ; si elle reste sévère, elle peut néanmoins continuer à entretenir l’œdème ou le choc et nécessiter une correction. Le terme « ischémique » doit donc être complété par la description du mécanisme.

Dans la dégénérescence myxomateuse ou la déficience fibroélastique, un cordage allongé peut se rompre spontanément et transformer un prolapsus compensé en feuillet flail. L’étendue de la rupture, le segment atteint et la compliance atriale déterminent la présentation : d’une dyspnée subaiguë à un œdème fulminant. Une oreillette déjà dilatée par une régurgitation préexistante peut amortir l’augmentation de pression sans rendre la lésion bénigne.

Dans l’endocardite, la régurgitation aiguë peut résulter d’une perforation d’un feuillet, d’une rupture cordale, d’un abcès annulaire ou de la déhiscence d’une prothèse, dans un tableau associant bactériémie, risque embolique et destruction progressive. Des végétations très mobiles peuvent gêner la coaptation avant même qu’une perforation ne survienne. L’absence de fièvre, surtout chez le sujet âgé ou après antibiothérapie, ne suffit pas à exclure l’infection.

Un traumatisme thoracique fermé, une biopsie endomyocardique, des procédures transcathéter, une chirurgie aortique, un remplacement valvulaire et des dispositifs peuvent léser les feuillets, les cordages ou les muscles papillaires. Après réparation mitrale, une rupture cordale, une déhiscence de l’anneau ou un détachement partiel d’un dispositif edge-to-edge constituent des mécanismes spécifiques. La chronologie par rapport à la procédure oriente l’imagerie.

Les causes plus rares comprennent la rupture spontanée d’un muscle papillaire dans des maladies infiltratives ou inflammatoires, le lupus, des anomalies congénitales et des tumeurs. Dans tous les cas, la classification doit décrire le niveau de la lésion - anneau, feuillet, cordage, muscle papillaire ou ventricule - et ne pas se limiter à la sévérité du jet.

Une distinction supplémentaire concerne l’aggravation aiguë d’une régurgitation chronique. Un patient présentant un prolapsus connu peut rompre un nouveau cordage : l’oreillette déjà compliante limite l’œdème initial, mais l’augmentation du volume peut précipiter l’insuffisance cardiaque et réduire rapidement la réserve. La constatation d’une oreillette dilatée ne permet donc pas de classer l’épisode comme exclusivement chronique ; l’anamnèse et la comparaison avec les examens antérieurs reconstruisent la composante nouvelle.

La rupture du muscle papillaire doit être distinguée de la rupture d’un cordage relié à un muscle papillaire ischémique. Dans le premier cas, une portion musculaire se déplace avec le feuillet et le tissu nécrotique rend la réparation difficile ; dans le second, le muscle papillaire reste continu et peut offrir un point d’ancrage. Cette différence anatomique modifie la probabilité de conserver la valve et la sécurité d’une TEER.

Physiopathologie, présentation et diagnostic différentiel

Au cours de la systole, une fraction soudainement importante du volume d’éjection pénètre dans l’oreillette non compliante. Une onde v marquée se développe et se transmet aux veines et aux capillaires pulmonaires. Le liquide traverse l’interstitium et les alvéoles, provoquant une hypoxémie, une diminution de la compliance pulmonaire et une fatigue respiratoire. La distribution peut être asymétrique si le jet est dirigé sélectivement vers une veine pulmonaire, simulant parfois une pneumonie unilatérale.

Le ventricule éjecte vers deux voies : l’aorte et l’oreillette. La fraction d’éjection totale peut être normale ou hyperdynamique parce que l’oreillette offre une faible impédance, tandis que le volume d’éjection antérograde est insuffisant. La pression artérielle, la perfusion rénale et coronaire chutent ; l’acidose et la vasoconstriction augmentent la postcharge et la régurgitation. Le choc est donc à la fois mécanique et métabolique.

La présentation typique comprend dyspnée brutale, orthopnée, sueurs, hypoxie et hypotension, mais le tableau varie selon la cause. Après infarctus, la douleur thoracique, les anomalies électrocardiographiques ou l’arrêt cardiaque peuvent prédominer, tandis que l’endocardite s’accompagne plus volontiers de fièvre, d’un nouveau souffle, d’embolies et de signes septiques. Une rupture cordale partielle peut au contraire provoquer des symptômes croissants sur plusieurs jours avant une aggravation brutale.

Le souffle apical est souvent holosystolique et irradié vers l’aisselle ou la base, mais peut être bref, décroissant ou peu intense lorsque les pressions ventriculaire et atriale s’équilibrent précocement. En cas de choc, le bas débit l’atténue encore davantage. L’absence de souffle évident ne doit pas retarder l’échocardiographie chez un patient présentant un œdème après infarctus.

Les diagnostics différentiels comprennent la rupture du septum interventriculaire, la tamponnade par rupture de paroi libre, l’insuffisance cardiaque ischémique sans complication mécanique, l’embolie pulmonaire, la dissection aortique avec insuffisance, la pneumonie et le SDRA. La rupture septale produit un shunt gauche-droite et un souffle parasternal ; le cathéter pulmonaire peut montrer un saut oxymétrique. Plusieurs complications mécaniques peuvent coexister.

L’ECG et les troponines identifient l’ischémie, mais une élévation de la troponine survient également lors du choc. La radiographie et l’échographie pulmonaire documentent l’œdème sans en déterminer la cause. NFS, fonctions rénale et hépatique, lactate, coagulation et gaz du sang définissent l’atteinte d’organes et préparent l’intervention. En cas de suspicion d’endocardite, au moins trois séries d’hémocultures sont prélevées avant les antibiotiques, sauf instabilité imposant un traitement immédiat.

La courbe de pression capillaire pulmonaire peut présenter des ondes v géantes, mais elles ne sont pas spécifiques et peuvent être absentes. Le cathétérisme ne doit pas retarder l’imagerie ni le bloc opératoire ; il est utile lorsque l’hémodynamique et le diagnostic restent incertains ou pour guider des supports complexes. En cas de rupture papillaire post-infarctus, la coronarographie urgente identifie l’artère responsable et planifie la revascularisation, dans des délais compatibles avec la correction valvulaire.

L’œdème pulmonaire unilatéral, plus souvent droit, mérite une attention particulière. Un jet excentré dirigé vers la veine pulmonaire supérieure droite crée une augmentation régionale de pression et un infiltrat focal ; une leucocytose de stress et une fébricule peuvent renforcer à tort le diagnostic de pneumonie. La modification radiologique rapide après réduction de la régurgitation et l’asymétrie du Doppler veineux clarifient le mécanisme.

En cas de choc, l’évaluation sériée doit rechercher des signes de perfusion cérébrale, la température périphérique, le temps de recoloration capillaire, la diurèse et l’évolution du lactate. Une pression restaurée par des vasopresseurs n’équivaut pas à un débit adéquat. De même, la disparition des râles après intubation ne démontre pas la normalisation de la pression atriale.

Échocardiographie urgente et quantification

L’échocardiographie transthoracique doit être réalisée au lit du patient sans attendre une stabilisation complète. Elle évalue les feuillets, les cordages, les muscles papillaires, la fonction et la cinétique pariétale, le ventricule droit, la pression pulmonaire, le péricarde et d’éventuels défauts septaux. Un examen ciblé peut reconnaître l’urgence, mais doit être suivi d’une acquisition complète dès que possible.

Les signes anatomiques directs comprennent un feuillet flail, une tête papillaire mobile, un cordage rompu, une perforation, une végétation ou une déhiscence ; dans la forme fonctionnelle prédominent la restriction systolique, le déplacement papillaire et les anomalies ischémiques pariétales. Le Doppler couleur montre souvent un jet excentré qui, par effet Coandă, adhère à la paroi et peut sembler moins étendu. Chez un patient en choc, un jet visuellement petit n’exclut donc absolument pas une régurgitation sévère.

La quantification utilisée dans les formes chroniques ne se transpose pas mécaniquement. L’oreillette et le ventricule peuvent être de taille normale faute de temps pour se remodeler. L’EROA peut être grande, mais le PISA est instable, non hémisphérique et variable pendant la systole. Vena contracta, densité et profil du Doppler continu, flux veineux pulmonaire et volume d’éjection doivent être intégrés à la tolérance hémodynamique.

Le flux veineux pulmonaire montre une inversion systolique dans la veine recevant le jet, mais une veine non concernée peut paraître normale. La pression pulmonaire estimée peut être élevée ; dans un choc avancé, elle peut sembler basse du fait de l’incapacité du ventricule droit. La fraction d’éjection surestime la fonction contractile et ne doit pas rassurer.

L’échocardiographie transœsophagienne est indiquée en urgence lorsque l’examen transthoracique ne définit pas la lésion, en cas de ventilation mécanique, de suspicion d’endocardite, de prothèse ou pour planifier une chirurgie ou une TEER. Les reconstructions tridimensionnelles localisent le segment, l’étendue du flail, la perforation et la quantité de tissu disponible. La sédation peut réduire la pression et la régurgitation : la morphologie reste déterminante.

Dans l’endocardite, l’examen transœsophagien recherche abcès, fistules et atteinte d’autres valves. Un premier examen négatif n’exclut pas l’infection si la probabilité est élevée et doit être répété selon les recommandations. La TDM cardiaque peut compléter l’évaluation des complications périvalvulaires ; la TEP/TDM est surtout utile pour les prothèses, mais aucun examen avancé ne doit retarder une chirurgie salvatrice.

Pendant la stabilisation, l’échocardiographie est répétée après des modifications importantes du support. Les vasodilatateurs et la ventilation réduisent la postcharge et peuvent diminuer le jet, tandis que les vasoconstricteurs l’augmentent. La description doit relier chaque image à la pression, aux médicaments et au support mécanique, faute de quoi une réduction transitoire pourrait être prise pour une résolution.

L’échocardiographiste doit communiquer immédiatement, et non se limiter à produire un compte rendu. La localisation et l’étendue de la lésion, la probabilité de rupture papillaire, la fonction biventriculaire, les anomalies associées et la possibilité de réparation sont des informations opérationnelles. Chez un patient instable, une conclusion vague telle que « régurgitation modérée à sévère » sans mécanisme peut retarder le traitement définitif.

La quantification doit tenir compte de la durée systolique. Un orifice très large mais télésystolique peut générer un volume inférieur à celui d’un orifice plus petit mais holosystolique ; inversement, lors d’une rupture papillaire, la régurgitation occupe souvent toute la systole. EROA et volume doivent donc être interprétés avec leur profil temporel et non comme des nombres interchangeables.

Stabilisation intensive et traitement causal

Le traitement débute simultanément au diagnostic. Oxygène, ventilation non invasive ou intubation corrigent l’hypoxémie et réduisent le travail respiratoire ; la pression positive diminue la précharge et la postcharge, mais l’induction et la ventilation peuvent précipiter l’hypotension. L’intubation doit donc être préparée par une équipe expérimentée avec un support hémodynamique disponible.

Les diurétiques intraveineux réduisent la congestion si la perfusion et la volémie le permettent. Chez les patients normotendus ou hypertendus, le nitroprussiate diminue l’impédance aortique, favorise le débit antérograde et réduit le volume régurgitant. Il s’agit d’un pont titré sous monitorage invasif, non d’un traitement définitif, et il est contre-indiqué en cas d’hypotension non corrigée.

En cas de choc, la noradrénaline peut soutenir la pression, tandis que la dobutamine ou d’autres inotropes augmentent le débit lorsque cela est nécessaire, au prix toutefois d’un risque de tachycardie et d’une consommation myocardique accrue. Une vasoconstriction excessive augmente la régurgitation et un remplissage liquidien indiscriminé peut aggraver l’œdème, sauf hypovolémie réelle. Le traitement doit donc être guidé par l’échographie, les signes de perfusion, le lactate, la diurèse et, dans certains cas, un monitorage hémodynamique invasif.

Le ballon de contre-pulsion intra-aortique réduit la postcharge et augmente la perfusion coronaire, mais n’a pas de bénéfice de routine dans le choc post-infarctus et constitue aujourd’hui un support exceptionnel ou de pont dans certaines complications mécaniques. Impella peut décharger le ventricule mais traverse la valve aortique et ne corrige pas l’orifice ; l’ECMO veino-artérielle augmente la postcharge si elle n’est pas associée à une décharge. Le choix du support mécanique dépend de l’anatomie, de l’insuffisance ventriculaire, du centre et de la stratégie définitive.

En cas d’infarctus, une revascularisation urgente est réalisée, mais une rupture complète n’est pas réparée par la seule PCI. Dans la forme fonctionnelle ischémique sans rupture, la revascularisation peut permettre une récupération et une réduction de la régurgitation ; si l’instabilité et la sévérité persistent, il ne faut pas attendre passivement. La Heart Team d’urgence doit décider en quelques heures.

Dans l’endocardite, des antibiotiques bactéricides sont instaurés après les hémocultures, puis adaptés au micro-organisme et à sa sensibilité. Un œdème réfractaire, un choc, une infection non contrôlée ou un risque embolique élevé peuvent imposer une chirurgie urgente. Le contrôle de l’infection ne remplace pas l’exérèse du tissu détruit lorsque la mécanique est compromise.

La forme primaire aiguë sévère nécessite généralement une chirurgie urgente. La réparation est privilégiée lorsqu’elle offre un résultat rapide et durable, comme dans certaines ruptures cordales dégénératives localisées. En cas de rupture papillaire complète, de tissu ischémique friable ou d’endocardite destructrice, le remplacement avec conservation de l’appareil restant est souvent plus sûr. La revascularisation concomitante et le contrôle du foyer font partie de l’intervention.

La TEER est devenue une option de sauvetage chez des patients jugés inopérables ou à risque extrême et présentant une anatomie permettant la préhension. Elle peut réduire rapidement les ondes v et la congestion, permettre le sevrage du support ou servir de pont. Les registres post-infarctus montrent des succès également dans des formes secondaires et lors de rupture papillaire partielle, mais la mortalité et le recours secondaire à la chirurgie restent particulièrement élevés en cas de rupture papillaire.

Ces données sont observationnelles et soumises à une sélection des survivants et des cas techniquement traitables. La TEER n’enlève pas le tissu infecté, ne reconstruit pas un muscle papillaire nécrotique et peut compliquer une chirurgie ultérieure. Elle doit être réalisée avec une imagerie experte, une chirurgie cardiaque disponible et une stratégie de sortie définie avant la ponction transseptale.

Le moment de l’intervention équilibre réanimation et progression. Corriger l’acidose, l’hypoxie et la coagulopathie réduit le risque, mais il est impossible d’attendre une normalisation complète lorsqu’une lésion entretient le choc. La décision est dynamique : si les doses de vasopresseurs, le lactate ou le support respiratoire augmentent, la fenêtre d’une correction efficace se referme.

Le choix entre réparation et remplacement doit être pragmatique. La réparation préserve la géométrie et évite une prothèse, mais dans un contexte aigu elle doit pouvoir être réalisée rapidement et avec une grande fiabilité ; une reconstruction complexe sur tissu nécrotique peut au contraire échouer. Lorsque cela est nécessaire, le remplacement avec conservation de l’appareil cordal fournit une compétence immédiate et peut constituer la stratégie la plus sûre en cas de choc, le type de prothèse étant ensuite choisi selon l’âge, le risque hémorragique, l’infection et la nécessité d’une anticoagulation.

Lors d’une rupture papillaire post-infarctus, la pièce et l’aspect opératoire peuvent montrer une nécrose plus étendue que ne le suggérait l’échocardiographie. Les sutures doivent prendre appui sur du tissu viable et la revascularisation est intégrée lorsqu’elle est appropriée. Si la rupture est partielle et localisée, la réparation peut être réalisable entre des mains expertes, mais elle ne doit pas prolonger une circulation extracorporelle déjà critique sans perspective solide.

Dans la régurgitation fonctionnelle aiguë, l’absence de tissu flail permet parfois une stratégie de récupération associant revascularisation, unloading et réévaluation. Le seuil d’intervention dépend de la persistance de la défaillance hémodynamique, et non d’un délai d’attente prédéfini. Une amélioration sous support maximal doit être confirmée lors d’une réduction contrôlée des médicaments avant de considérer la lésion comme résolue.

Pronostic, complications et prise en charge après la phase aiguë

Le pronostic dépend de la cause, de l’importance des lésions déjà constituées et de la rapidité avec laquelle une compétence valvulaire efficace est restaurée. La rupture papillaire complète est associée à une mortalité très élevée car elle combine infarctus, œdème, choc et fragilité tissulaire ; une rupture cordale dégénérative sans choc permet plus souvent une réparation, tandis que l’endocardite ajoute sepsis, embolies et risque de récidive. L’âge, la fonction rénale, le lactate et la durée du support reflètent la gravité systémique et contribuent à l’estimation pronostique.

Les complications précoces sont l’insuffisance respiratoire, les arythmies, l’ischémie rénale et hépatique, la coagulopathie, l’AVC, les infections et l’insuffisance droite. Après chirurgie peuvent survenir un bas débit, un saignement, des troubles de conduction, une régurgitation résiduelle ou une dysfonction prothétique. Après TEER, on surveille le détachement d’un feuillet, la sténose, le défaut interatrial, l’hémolyse et la persistance du jet.

Une fois l’urgence surmontée, l’échocardiographie avant la sortie définit la fonction ventriculaire réelle après suppression de la voie à faible impédance. La fraction peut diminuer, phénomène d’afterload mismatch qui n’indique pas nécessairement un nouvel infarctus. Le traitement de l’insuffisance cardiaque, la revascularisation, la prévention secondaire et la réadaptation sont optimisés.

Chez les patients opérés pour endocardite, l’antibiothérapie est menée à terme et l’on recherche la source, les complications et la nécessité d’une prophylaxie. Chez les patients post-infarctus, la stratification du risque arythmique est réalisée après le délai approprié et la récupération. L’anticoagulation dépend de la prothèse, de la fibrillation et des autres indications, et non du seul épisode d’insuffisance aiguë.

Le suivi précoce vérifie les symptômes, la congestion, la plaie ou les voies d’abord, la NFS, la fonction rénale et l’imagerie. Ensuite, la fréquence dépend de la prothèse ou de la réparation, de la fonction et de la régurgitation résiduelle. Un patient sauvé grâce à une TEER utilisée comme pont doit être rediscuté pour une chirurgie définitive lorsque la fonction des organes et le risque s’améliorent ; le « succès procédural » ne clôt pas automatiquement le parcours.

Le compte rendu de sortie doit indiquer clairement le mécanisme, l’artère responsable ou le micro-organisme, le type de réparation, le matériel prothétique, la régurgitation et le gradient résiduels ainsi que le plan antithrombotique. Ces données sont indispensables si le patient se représente avec une dyspnée, de la fièvre ou une hémolyse et permettent de distinguer une récidive d’une dysfonction ventriculaire post-infarctus.

La principale possibilité d’améliorer le pronostic consiste à réduire le retard diagnostique. Une nouvelle dyspnée, une hypotension ou un œdème dans les jours suivant un infarctus doivent être considérés comme une complication mécanique jusqu’à preuve du contraire. De même, un patient ayant un prolapsus connu qui développe brutalement une dyspnée ou un patient fébrile présentant une nouvelle insuffisance cardiaque nécessite une échocardiographie urgente, et non une prise en charge ambulatoire différée.

L’insuffisance mitrale aiguë illustre les limites d’une médecine fondée sur un seul chiffre. Des dimensions normales, une fraction préservée et un souffle faible peuvent accompagner la gravité maximale. Le diagnostic correct intègre le temps, l’anatomie et l’hémodynamique ; le traitement efficace utilise la stabilisation pour parvenir à une correction, et non pour la différer.

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