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Valve mitrale

La valve mitrale est un complexe anatomique situé entre l’oreillette gauche et le ventricule gauche qui permet le remplissage diastolique et empêche le reflux pendant la systole. La considérer comme une simple valve est réducteur, car sa compétence naît de l’interaction instantanée entre l’anneau, les feuillets, les commissures, les cordages tendineux, les muscles papillaires et le myocarde ventriculaire. Une petite lésion d’un composant peut être compensée par les autres, tandis qu’une altération de la géométrie ventriculaire peut provoquer une insuffisance même avec des feuillets structurellement intacts.

La mitrale sépare deux cavités dont la différence de pression est faible en diastole, mais elle doit résister en systole à la pression générée par le ventricule gauche. Sa grande surface d’ouverture rend le remplissage normalement efficace ; la surface importante des feuillets et leur zone de chevauchement assurent une réserve de coaptation. Cette architecture explique pourquoi le tableau clinique ne peut être déduit du seul aspect d’un feuillet : les dimensions des cavités, le rythme, la pression artérielle, la contractilité et les conditions de charge modifient le comportement de la valve.

Les deux altérations hémodynamiques fondamentales sont la sténose mitrale, dans laquelle le passage diastolique est entravé, et l’insuffisance mitrale, dans laquelle une partie du volume d’éjection systolique reflue dans l’oreillette. Les deux lésions peuvent coexister, surtout dans la cardiopathie rhumatismale ou après une réparation, et leur poids relatif dépend du débit, de la fréquence cardiaque et de la compliance des cavités.

La mitrale est également un capteur particulièrement sensible de la géométrie cardiaque. Infarctus, cardiomyopathie dilatée, fibrillation atriale et dilatation de l’oreillette peuvent rendre incompétente une valve histologiquement normale ; inversement, une maladie primaire des feuillets peut, avec le temps, remodeler l’oreillette, le ventricule, la circulation pulmonaire et le cœur droit. Son étude doit donc intégrer l’anatomie, l’hémodynamique et la signification pronostique.

Anatomie de l’appareil mitral

L’anneau mitral n’est pas un cercle fibreux rigide. Il présente une configuration tridimensionnelle en selle, avec des points plus élevés en avant et en arrière et des points plus bas au niveau des commissures. La partie antérieure est en continuité fibreuse avec la valve aortique et les trigones ; la partie postérieure est plus musculaire et déformable. Pendant la systole, l’anneau normal réduit sa surface et accentue sa forme en selle, diminuant ainsi le stress exercé sur les feuillets.

L’anneau mitral est également en rapport avec des structures vulnérables sur le plan chirurgical. En arrière chemine le sinus coronaire ; au niveau du trigone fibreux droit, près de la commissure postéromédiale, passe le système de conduction atrioventriculaire, tandis que l’artère circonflexe peut se situer à faible distance de l’anneau postérolatéral. En avant, la continuité mitro-aortique forme le toit de la voie d’éjection. Ces rapports expliquent pourquoi l’annuloplastie, le remplacement et les procédures transcathéter nécessitent une planification attentive du risque de lésion des structures adjacentes et d’obstruction de la voie d’éjection.

Le feuillet antérieur occupe environ un tiers de la circonférence annulaire, mais possède une grande surface et une forme semi-circulaire. Le feuillet postérieur s’insère sur les deux tiers restants et est subdivisé par des incisures en scallops. La nomenclature chirurgicale décrit A1, A2 et A3 pour le feuillet antérieur et P1, P2 et P3 pour le feuillet postérieur, de la commissure antérolatérale à la commissure postéromédiale. La localisation segmentaire constitue le langage commun de l’échocardiographiste, du chirurgien et de l’interventionnel.

Les deux feuillets comportent une zone translucide et une zone rugueuse distale où s’insèrent les cordages et où se produit la coaptation ; une zone basale est décrite sur le feuillet postérieur. Le tissu est organisé en couches riches en collagène, en élastine et en protéoglycanes, recouvertes d’endothélium. Cette composition n’est pas passive : les cellules interstitielles, la matrice et les forces mécaniques participent au remodelage physiologique et pathologique.

Les commissures ne sont pas de simples points de jonction, mais des régions dans lesquelles les deux feuillets convergent et reçoivent des cordages en éventail. Une fusion commissurale est le signe morphologique caractéristique de la sténose rhumatismale ; une lésion commissurale peut générer un jet excentré difficile à quantifier. La vue tridimensionnelle « chirurgicale » permet d’orienter les segments comme l’opérateur les observe depuis l’oreillette gauche.

Les cordages tendineux relient les feuillets aux muscles papillaires et répartissent la charge. Les cordages marginaux empêchent l’éversion du bord libre ; les cordages basaux et intermédiaires soutiennent le corps du feuillet. Les cordages structuraux du feuillet antérieur sont particulièrement robustes. Allongement, rupture, rétraction, fusion ou calcification modifient le mouvement et la coaptation par des mécanismes différents.

Les muscles papillaires antérolatéral et postéromédial ne correspondent pas toujours à deux corps uniques : ils peuvent être constitués de plusieurs têtes. L’antérolatéral reçoit généralement une vascularisation plus redondante provenant des territoires de l’interventriculaire antérieure et de la circonflexe ; le postéromédial dépend plus souvent d’un seul territoire, fréquemment celui de la coronaire droite dominante. Cette différence contribue à la vulnérabilité du muscle postéromédial à la rupture ischémique.

Les cordages provenant des deux muscles se distribuent sur les deux feuillets. La contraction papillaire ne ferme pas la valve comme un muscle sphinctérien : elle maintient la relation entre les feuillets et le ventricule tandis que l’anneau se déplace vers l’apex et que la pression systolique tend à pousser les feuillets dans l’oreillette. Une ischémie ou un déplacement papillaire peuvent donc provoquer un tethering sans rupture.

Les parois inférolatérale et antéroseptale du ventricule, la distance interpapillaire et la forme de l’apex font partie de l’unité ventriculo-mitrale. Lors d’un remodelage ischémique ou dilatatif, les muscles papillaires sont déplacés latéralement et vers l’apex, les cordages tractent les feuillets et la coaptation se produit sous le plan annulaire. La lésion est fonctionnelle, mais l’appareil sous-valvulaire est directement impliqué.

L’oreillette gauche et l’anneau postérieur constituent une autre unité. La dilatation atriale chronique, surtout en présence de fibrillation atriale, peut élargir l’anneau au-delà de la capacité d’adaptation des feuillets. Si le ventricule reste relativement préservé, il en résulte une insuffisance mitrale fonctionnelle atriale, distincte de la forme ventriculaire par sa géométrie et sa stratégie thérapeutique.

Physiologie, dynamique et mécanique

Au début de la diastole, la pression ventriculaire devient inférieure à la pression atriale et la mitrale s’ouvre. La relaxation ventriculaire et le rappel élastique contribuent au remplissage précoce et à l’onde E, tandis que la contraction atriale génère l’onde A ; à fréquence normale, la majeure partie du remplissage est passive. Lorsque la fréquence augmente, la diastole se raccourcit et, à surface valvulaire égale, le gradient augmente : c’est l’une des raisons pour lesquelles la tachycardie devient particulièrement importante dans la sténose mitrale.

La surface anatomique normale est généralement d’environ 4 à 6 cm², suffisamment large pour que le gradient moyen soit minime. Une réduction modérée peut rester compensée au repos mais devenir hémodynamiquement significative pendant l’effort, la grossesse, la fièvre ou l’anémie, lorsque le débit et la fréquence augmentent. Le gradient n’est donc pas une propriété fixe de la valve, mais le résultat de l’orifice et des conditions de débit.

La fermeture commence lorsque la pression ventriculaire dépasse la pression atriale. Le tourbillon de remplissage, le ralentissement du flux et la contraction ventriculaire rapprochent les feuillets ; l’augmentation de la pression complète la coaptation. Les portions antérieure et postérieure se chevauchent sur une surface et non le long d’une ligne. La réserve de coaptation permet à la valve de tolérer les variations physiologiques de volume et de forme.

Les forces systoliques tendent à pousser les feuillets vers l’oreillette, tandis que les cordages et les muscles papillaires exercent une force d’ancrage vers le ventricule. Une compétence stable nécessite un équilibre entre les forces de fermeture, produites par le gradient de pression, et les forces de tethering, déterminées par la géométrie ventriculaire. Une contractilité très réduite diminue les premières ; la dilatation et le déplacement papillaire augmentent les secondes.

La forme en selle de l’anneau contribue à réduire le pic de stress exercé sur les feuillets. Lorsque l’anneau s’aplatit, comme cela se produit dans différentes formes dégénératives et fonctionnelles, la tension sur les feuillets et les cordages augmente ; l’annuloplastie vise donc non seulement à en réduire le diamètre, mais aussi à rétablir une plateforme de coaptation stable. La dimension et la forme de l’anneau prothétique doivent toutefois être choisies en évitant une sténose iatrogène et un mouvement systolique antérieur.

La continuité entre le feuillet antérieur et la racine aortique coordonne l’admission et l’éjection. En diastole, le feuillet antérieur s’éloigne du septum et ouvre l’orifice d’admission ; en systole, il participe à la paroi postérieure de la voie d’éjection. Après réparation, un feuillet postérieur haut, un anneau petit ou un ventricule hyperdynamique peuvent déplacer le point de coaptation vers l’avant et provoquer un SAM, ou mouvement systolique antérieur, avec régurgitation et obstruction dynamique.

L’appareil sous-valvulaire préserve la forme du ventricule. L’ancienne conception du remplacement avec résection complète des feuillets et des cordages a été abandonnée après la reconnaissance du rôle de la continuité annulo-papillaire dans le maintien de la fonction et de la géométrie. Lors d’un remplacement valvulaire, la conservation des cordages est généralement recherchée lorsqu’elle est techniquement sûre.

La valve répond à la respiration, à la posture, à la pression artérielle et au volume circulant. La régurgitation secondaire peut diminuer après diurèse et vasodilatation ou augmenter pendant l’effort ; la régurgitation primaire peut paraître moins importante en cas d’hypotension ou de sédation. L’évaluation doit documenter les conditions hémodynamiques et ne pas transformer une image unique en caractéristique immuable.

Le vieillissement modifie le complexe par fibrose, diminution de l’élasticité et dépôt de calcium. La calcification annulaire mitrale peut s’étendre à la base des feuillets, provoquer une régurgitation, une sténose ou les deux et compliquer la réparation, le remplacement et l’ancrage transcathéter. Elle constitue également un marqueur de charge athéroscléreuse et métabolique, sans être nécessairement la cause de tous les symptômes.

Principales maladies de la valve mitrale

La classification clinique commence par distinguer obstruction et régurgitation, évolution aiguë ou chronique et lésion primaire ou secondaire. Un même patient peut passer d’une catégorie à l’autre : une dégénérescence cordale chronique peut aboutir à une rupture aiguë ; une cardiomyopathie peut provoquer une régurgitation secondaire, puis induire des altérations structurelles des feuillets. Le mécanisme et le stade doivent être redéfinis au fil du temps.

La sténose rhumatismale résulte d’une fusion commissurale, d’un épaississement des feuillets et d’une rétraction de l’appareil sous-valvulaire. L’orifice prend l’aspect typique en dôme et se rétrécit progressivement. L’augmentation de la pression atriale entraîne dyspnée, fibrillation atriale, thrombose et hypertension pulmonaire. Dans les pays à revenu élevé, elle est moins fréquente, mais les migrations et les inégalités en maintiennent la pertinence.

La sténose dégénérative due à la calcification annulaire est une maladie différente : les commissures ne sont pas fusionnées et une masse calcifiée réduit l’orifice à partir de la base des feuillets. Elle touche souvent des personnes âgées atteintes d’insuffisance rénale, de maladie aortique et de nombreuses comorbidités. La planimétrie, le gradient et les options thérapeutiques nécessitent des critères différents de ceux de la forme rhumatismale.

Dans l’insuffisance mitrale primaire, la cause siège dans le tissu valvulaire ou sous-valvulaire. Dégénérescence myxomateuse, maladie de Barlow, déficience fibroélastique, endocardite, rhumatisme, médicaments et maladies inflammatoires produisent des anatomies différentes. La possibilité de réparation dépend de la lésion, de son étendue et de l’expérience du centre.

Le prolapsus de la valve mitrale désigne le déplacement systolique d’un ou des deux feuillets au-delà du plan annulaire. Il n’équivaut pas automatiquement à une régurgitation sévère ni à une maladie de Barlow. Un feuillet flail, en revanche, présente un bord libre éversé dans l’oreillette en raison d’une rupture ou d’un allongement cordal et génère souvent un jet important.

La maladie myxomateuse couvre un spectre d’expansion de la matrice et de redondance tissulaire. La maladie de Barlow tend à toucher plusieurs segments, avec des feuillets volumineux, un anneau dilaté et des cordages altérés ; la déficience fibroélastique se caractérise par un tissu mince et une lésion focale, souvent cordale. Distinguer ces phénotypes évite les descriptions génériques et permet d’anticiper la complexité de la réparation.

Dans l’insuffisance mitrale secondaire ventriculaire, l’infarctus ou la cardiomyopathie dilatent le ventricule et le rendent sphérique. Les muscles papillaires sont déplacés, les feuillets restent tractés et l’anneau se dilate. La régurgitation est à la fois conséquence et amplificateur de l’insuffisance cardiaque ; c’est pourquoi le traitement de la maladie ventriculaire précède ou accompagne toute procédure valvulaire.

La forme atriale résulte surtout de l’agrandissement de l’oreillette et de l’anneau en présence de fibrillation atriale ou d’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée. Le ventricule ne présente pas le remodelage dilatatif typique de la forme ventriculaire. Un feuillet postérieur apparemment restreint et une croissance insuffisante des feuillets par rapport à l’anneau peuvent contribuer à la perte de coaptation.

L’insuffisance mitrale aiguë survient après rupture papillaire ischémique, rupture cordale, endocardite ou traumatisme. Une oreillette non dilatée et peu compliante n’accueille pas le volume régurgitant : la pression pulmonaire augmente brutalement, avec œdème et choc, tandis que le souffle peut être bref ou peu intense. Il s’agit d’une urgence différente de la forme chronique compensée.

Les différentes étiologies organiques laissent des signatures anatomiques distinctes. L’endocardite peut perforer un feuillet, détruire une commissure, créer des végétations ou des abcès et rompre des cordages ; la cardiopathie rhumatismale associe souvent rétraction et fusion, produisant une lésion mixte ; la radiothérapie et certaines expositions médicamenteuses induisent épaississement et rétraction, tandis que les maladies du tissu conjonctif peuvent favoriser le prolapsus. Identifier la cause est essentiel, car elle modifie à la fois le risque systémique et la stratégie thérapeutique.

La disjonction annulaire mitrale décrit une séparation systolique entre la jonction atrio-valvulaire et le myocarde ventriculaire postérolatéral. Elle est fréquente dans certains phénotypes myxomateux et peut être associée à un mouvement annulaire accentué, à une fibrose et à des arythmies, mais elle n’identifie pas à elle seule un syndrome malin. Le risque rythmique, la régurgitation et l’indication valvulaire doivent être évalués séparément.

Évaluation clinique et imagerie

L’anamnèse recherche dyspnée, diminution de la capacité d’effort, palpitations, œdèmes, douleur thoracique, syncope, embolie et antécédents de rhumatisme articulaire aigu ou d’endocardite. Il est essentiel de préciser l’évolution : l’adaptation progressive conduit de nombreux patients à réduire leur activité sans se percevoir comme symptomatiques. Projet de grossesse, chirurgie majeure, fibrillation atriale et comorbidités influencent le calendrier et les modalités de la décision.

L’auscultation complète l’imagerie sans la remplacer. La sténose produit un claquement d’ouverture et un roulement diastolique apical, plus net en décubitus latéral ; la régurgitation chronique entraîne typiquement un souffle holosystolique apical irradiant vers l’aisselle. Calcification, bas débit, pression atriale élevée ou jet aigu peuvent atténuer les signes classiques.

L’échocardiographie transthoracique définit la morphologie et le mouvement, la direction du jet, la surface ou l’orifice régurgitant, les gradients, les volumes, la fraction d’éjection, l’oreillette, la pression pulmonaire et le cœur droit. La qualité technique et les conditions hémodynamiques doivent être explicitées. Une conclusion fiable repose sur la convergence de plusieurs paramètres, et non sur une mesure unique.

L’échocardiographie transœsophagienne offre une meilleure résolution pour les segments, les commissures, les cordages, les végétations, les thrombi et la planification procédurale. La 3D montre la vue en face depuis l’oreillette et permet la planimétrie ainsi que des mesures géométriques. La sédation et la baisse de pression peuvent réduire la régurgitation : l’examen intraprocédural ne remplace donc pas automatiquement l’étude de référence en conditions physiologiques.

Dans la sténose, la planimétrie de l’orifice, le gradient moyen, la pression pulmonaire et la morphologie commissurale constituent le noyau de l’évaluation. Dans la régurgitation, on intègre la vena contracta, la convergence de flux, la surface effective de l’orifice, le volume régurgitant, le Doppler veineux pulmonaire, la densité du jet et le remodelage. Les jets excentrés, multiples ou télésystoliques nécessitent une prudence particulière.

La classification de Carpentier décrit le mouvement des feuillets : type I normal avec dilatation annulaire ou perforation ; type II excessif en cas de prolapsus ou de flail ; type IIIa restreint en systole et en diastole, typique de la rétraction rhumatismale ; type IIIb restreint en systole par tethering ventriculaire. Il s’agit d’une grammaire mécanique et non d’une classification étiologique complète.

L’échocardiographie d’effort est utile lorsque les symptômes et la sévérité au repos sont discordants. Elle peut documenter l’augmentation du gradient dans la sténose, l’aggravation de la régurgitation secondaire, la pression pulmonaire, la réserve contractile et la capacité fonctionnelle. Sa signification dépend de la question clinique et ne doit pas être réduite à un seuil isolé.

L’IRM cardiaque mesure avec une grande reproductibilité les volumes ventriculaires et quantifie la régurgitation par la différence entre le volume d’éjection ventriculaire et le flux aortique. Elle est précieuse lorsque l’échocardiographie est non concluante et caractérise la cicatrice ischémique ou la fibrose. Les arythmies, les dispositifs et une coopération insuffisante peuvent en limiter l’utilisation.

La TDM définit le calcium annulaire, les rapports avec la circonflexe et les coronaires, les dimensions de l’anneau, la néo-voie d’éjection prévue et les voies d’accès. Elle est centrale dans la planification transcathéter, mais implique un produit de contraste et une irradiation. Le cathétérisme est réservé à la coronaropathie et aux discordances hémodynamiques non résolues par l’imagerie.

L’électrocardiogramme et la surveillance du rythme complètent l’imagerie en documentant fibrillation atriale, troubles de conduction et arythmies ventriculaires. Le BNP et le NT-proBNP reflètent le stress pariétal mais doivent être interprétés en tenant compte de l’âge, du rythme et de la fonction rénale ; hémogramme, fonction rénale et hépatique, indices d’hémolyse et marqueurs infectieux répondent quant à eux à des questions cliniques spécifiques. Le diagnostic valvulaire ne prend son sens que lorsqu’il est replacé dans le profil global du patient.

La surveillance doit utiliser des mesures comparables et, si possible, le même laboratoire. De faibles variations peuvent refléter la technique ou les conditions de charge ; des changements concordants des symptômes, des volumes, de la fonction, de la pression pulmonaire et de la sévérité signalent une progression. Un compte rendu utile décrit le mécanisme, la gravité, les conséquences et la faisabilité anatomique, et pas seulement le grade.

Principes de traitement et suivi

Le traitement répond à quatre questions : la lésion est-elle réellement sévère, provoque-t-elle des symptômes ou des lésions, peut-elle être corrigée avec un bénéfice durable, et quel est le risque de l’attente par rapport à l’intervention ? La décision ne se confond pas avec la disponibilité d’une technique. Âge biologique, fragilité, espérance de vie, préférences, maladies concomitantes et objectifs fonctionnels appartiennent à la même évaluation.

Le traitement médical contrôle les conséquences et les affections associées, mais corrige rarement une lésion structurelle sévère. Les diurétiques réduisent la congestion, le contrôle de la fréquence prolonge le remplissage dans la sténose et le traitement de l’insuffisance cardiaque peut réduire la régurgitation secondaire. Une amélioration symptomatique ne démontre pas que la valvulopathie a cessé d’être sévère.

La fibrillation atriale nécessite un contrôle de la fréquence ou du rythme, une évaluation thromboembolique et une anticoagulation selon le contexte. Dans la sténose rhumatismale cliniquement significative, les antagonistes de la vitamine K restent le standard et les AOD ne sont pas équivalents. Dans l’insuffisance non rhumatismale, le choix suit les indications spécifiques, la fonction rénale, le risque hémorragique et le type de prothèse.

Dans la sténose rhumatismale avec anatomie favorable, la commissurotomie mitrale percutanée sépare les commissures fusionnées sans implanter de prothèse. Une calcification commissurale importante, un thrombus atrial, une régurgitation supérieure à légère ou l’absence de fusion en réduisent l’efficacité ou la sécurité. La sténose dégénérative calcifiée ne relève pas du même principe thérapeutique.

Pour l’insuffisance primaire dégénérative, une réparation chirurgicale durable est préférée au remplacement lorsqu’elle est réalisée dans un centre ayant une forte probabilité de succès et une faible mortalité. Résections sélectives, néocordages, réparation commissurale et annuloplastie sont combinés selon la lésion. La conservation du tissu et de l’appareil sous-valvulaire doit aboutir à une valve compétente sans sténose ni SAM.

Le remplacement est nécessaire lorsque la réparation ne devrait pas être durable, comme dans certaines atteintes rhumatismales, calcifiées, infectieuses ou multisegmentaires complexes. Les prothèses mécaniques et biologiques impliquent des profils différents de durabilité, d’anticoagulation et de réintervention. Le choix est partagé et doit anticiper d’éventuelles procédures futures.

La réparation transcathéter edge-to-edge rapproche les bords des feuillets et crée un double orifice. Elle est établie chez des patients sélectionnés présentant une régurgitation secondaire persistante malgré un traitement optimisé et peut être envisagée dans les formes primaires sévères à haut risque avec une anatomie adaptée. Le bénéfice dépend de la sélection, d’une réduction efficace de la régurgitation et d’un gradient résiduel acceptable.

D’autres technologies comprennent l’annuloplastie, le remplacement transcathéter et l’implantation valve-in-valve ou valve-in-ring. En cas de calcification annulaire, l’implantation valve-in-MAC reste à haut risque de fuite, d’embolisation et d’obstruction de la voie d’éjection. Ces procédures nécessitent TDM, simulation et centres experts ; elles ne sont pas équivalentes à une TAVI aortique de routine.

La Heart Team réunit cardiologie clinique, imagerie, cardiologie interventionnelle, chirurgie cardiaque, anesthésie et, lorsque nécessaire, insuffisance cardiaque, électrophysiologie, gériatrie et infectiologie. Sa valeur ne réside pas dans une réunion formelle, mais dans la vérification partagée du mécanisme, du risque, de la réparabilité, des alternatives et du plan de secours.

Le suivi après réparation ou remplacement établit une référence échocardiographique et contrôle la régurgitation ou la sténose résiduelle, le gradient, la fonction ventriculaire, la pression pulmonaire et la prothèse. Fièvre, nouveau souffle, embolie, hémolyse ou insuffisance cardiaque imposent une évaluation anticipée. La prophylaxie de l’endocardite, l’hygiène bucco-dentaire et le traitement antithrombotique dépendent de la procédure et des recommandations.

Le pronostic est excellent lorsqu’une lésion corrigeable est traitée avant qu’un dommage irréversible ne survienne et sans complication procédurale. Le pronostic est moins favorable en présence de dysfonction ventriculaire, dilatation atriale importante, hypertension pulmonaire, fibrillation atriale, insuffisance tricuspide, dysfonction droite, atteinte rénale, fragilité ou réparation non durable. La disparition du souffle ne coïncide pas nécessairement avec une récupération biologique complète.

Le principe le plus important est temporel : attendre des symptômes avancés peut transformer une maladie valvulaire en maladie cardiaque multicompartimentale. Intervenir trop tôt expose au contraire à un risque immédiat, à une prothèse ou à des réinterventions sans bénéfice démontré. Une surveillance compétente et une décision individualisée servent à identifier la fenêtre dans laquelle le bénéfice net est maximal.

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