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Endocardite et infections des dispositifs cardiaques

Les infections des dispositifs électroniques cardiaques implantables comprennent différents tableaux : infection limitée à la loge du générateur, infection des sondes, endocardite valvulaire associée et infection systémique sans végétations démontrables. Les stimulateurs cardiaques, défibrillateurs et systèmes de resynchronisation ont en commun la présence de matériel susceptible d’entretenir un biofilm, mais diffèrent par le nombre et le trajet des sondes ainsi que par les conséquences de leur retrait. Distinguer les compartiments atteints permet de définir les examens, la durée du traitement et la stratégie de réimplantation ; cela ne signifie pas qu’une infection apparemment isolée de la loge puisse être traitée en laissant en place le reste d’un système infecté.

L’infection superficielle de la plaie est au contraire limitée à la peau et au tissu sous-cutané, sans communication avec la loge. Cette distinction peut éviter une extraction inutile, mais exige un examen attentif et une réévaluation rapprochée : une déhiscence profonde, une fistule, une adhérence cutanée progressive ou l’exposition du matériel indiquent un problème différent. Un générateur ou une sonde exposés doivent être considérés comme infectés même sans pus ni cultures positives. Le diagnostic ne peut dépendre uniquement de l’intensité de la rougeur, car des infections indolentes peuvent se manifester par une érosion tardive presque dépourvue de symptômes systémiques.

Étiologie, pathogenèse et physiopathologie

L’inoculation peut survenir lors de l’implantation ou d’une révision, à travers une solution de continuité secondaire ou au cours d’une bactériémie provenant d’un autre foyer. La contamination périopératoire peut rester cliniquement silencieuse et se manifester à distance, tandis que la voie hématogène peut d’abord atteindre la composante endovasculaire. La loge, les connecteurs et les sondes forment une continuité le long de laquelle l’infection peut se propager. Par conséquent, une manifestation locale ne définit pas avec certitude la limite biologique du foyer, et le remplacement du seul générateur peut laisser des surfaces colonisées capables d’entretenir une récidive.

Les staphylocoques à coagulase négative et Staphylococcus aureus sont les principaux agents responsables. Les premiers exploitent efficacement l’adhésion aux biomatériaux et peuvent provoquer des infections lentes ; le second est plus souvent associé à la bactériémie, à l’invasion et à la dissémination. Cutibacterium, les entérocoques, les bacilles à Gram négatif et les champignons constituent d’autres possibilités, dont le poids dépend des expositions et de la population. Un seul flacon positif à une flore cutanée nécessite vérification, tandis que des isolements répétés et concordants chez un porteur de matériel intracardiaque ne doivent pas être négligés. Le risque d’atteinte du système au cours d’une bactériémie varie selon l’espèce : il n’est pas identique pour tous les bacilles à Gram négatif.

Dans le biofilm, les micro-organismes adhèrent au matériel et s’organisent au sein d’une matrice qui modifie leur métabolisme et leur vulnérabilité aux antimicrobiens. La diminution de l’activité métabolique et la présence de sous-populations persistantes rendent possible une repousse après l’arrêt du traitement, même sans résistance mise en évidence in vitro. Le traitement peut éliminer la composante circulante et atténuer les signes de la loge sans stériliser l’ensemble du système. Ce mécanisme explique le rôle central de l’ablation complète en cas d’infection avérée et pourquoi lavage local, drainage ou cures répétées d’antibiotiques ne sont pas équivalents au contrôle du foyer.

L’hématome de la loge augmente le risque infectieux par tension tissulaire, altération de la cicatrisation et probabilité accrue de réintervention. Une insuffisance rénale avancée, le diabète, l’immunodépression, des infections antérieures, la complexité de l’implantation et les procédures répétées y contribuent également. Le risque ne dépend pas uniquement du nombre de facteurs : certains sont modifiables, notamment la gestion de l’anticoagulation, l’hémostase et la nécessité d’une révision précoce. L’étude BRUISE CONTROL INFECTION a associé l’hématome cliniquement significatif à des infections ultérieures, soulignant l’importance de la prévention procédurale plutôt que l’ajout indiscriminé d’antibiotiques.

La réponse tissulaire à la sonde crée avec le temps des adhérences et des gaines fibreuses, en particulier aux points de contact avec la paroi veineuse, les structures valvulaires et l’endocarde. Ces adhérences ne constituent pas en elles-mêmes une infection, mais expliquent pourquoi le retrait et le contrôle du foyer deviennent plus complexes avec l’ancienneté de l’implantation. Dans les systèmes comportant plusieurs sondes, les surfaces peuvent adhérer entre elles et gêner leur mobilisation indépendante. La colonisation peut concerner des segments invisibles à l’échographie : la signification clinique du biofilm ne se limite pas à la végétation intracardiaque. Les sondes abandonnées doivent également être intégrées à l’inventaire anatomique et au plan d’extraction.

Les végétations peuvent adhérer aux sondes dans la veine cave, l’oreillette ou le ventricule droits et atteindre la tricuspide. Leur fragmentation provoque des emboles pulmonaires septiques ; la bactériémie peut aussi disséminer vers le rachis, les articulations et les valves gauches. Les sondes peuvent altérer mécaniquement la coaptation tricuspide même sans infection ; une régurgitation ne suffit donc pas à identifier une endocardite. L’évaluation doit distinguer une lésion préexistante, une destruction infectieuse et une éventuelle lésion liée à l’extraction, car le pronostic et la nécessité d’une réparation dépendent du mécanisme réel.

Manifestations cliniques

L’infection de la loge peut se manifester par douleur, chaleur, érythème, tuméfaction, écoulement, fluctuation ou fistule. Dans les formes indolentes prédominent l’adhérence de la peau, la déformation du relief ou la menace d’érosion. L’exposition du matériel est un signe décisif même chez un patient afébrile. Une dermatite due aux adhésifs ou aux antiseptiques, une réaction aux sutures et un hématome peuvent simuler certains signes, mais le diagnostic alternatif doit expliquer la profondeur et l’évolution de la lésion. Une loge ne doit pas être ponctionnée à travers la peau pour tenter de démontrer sa stérilité, car le geste peut inoculer des micro-organismes et n’exclut pas le biofilm.

La forme endovasculaire peut se présenter par une fièvre persistante ou intermittente, des frissons, une asthénie et une bactériémie, alors que la loge paraît normale. Toux, douleur pleurétique, hémoptysie et infiltrats pulmonaires récidivants suggèrent une embolisation droite ; une spondylodiscite ou une arthrite peuvent attirer l’attention avant le dispositif. Chez les patients fragiles, confusion, aggravation rénale ou perte fonctionnelle peuvent remplacer la fièvre. La présence d’une source extracardiaque plausible n’exclut pas une colonisation secondaire du système : la durée de la bactériémie, le micro-organisme et la réponse après assainissement du foyer déterminent jusqu’où approfondir le diagnostic.

Un sepsis avec instabilité nécessite une prise en charge immédiate, mais la planification de l’extraction ne doit pas attendre l’échec de plusieurs schémas antimicrobiens. Des signes d’insuffisance cardiaque, une nouvelle régurgitation ou des troubles de conduction imposent de rechercher une atteinte valvulaire et une invasion périvalvulaire. Une aggravation après une stérilisation initiale peut indiquer un foyer non retiré, une complication extracardiaque ou un nouveau problème lié à l’abord. La lecture temporelle du tableau est donc essentielle : loge, cultures, imagerie et état hémodynamique doivent être interprétés comme les composantes d’un même processus.

Examens et diagnostic

On prélève au moins trois séries d’hémocultures avant les antibiotiques lorsque l’état clinique le permet, sans retarder le traitement du sepsis. Des positivités persistantes ou récidivantes à S. aureus et à d’autres agents compatibles renforcent le soupçon même si l’échographie initiale est négative. Le nombre d’échantillons positifs et la concordance des isolats aident à interpréter les staphylocoques à coagulase négative ; il n’est correct ni de tous les ignorer ni de considérer chaque contamination comme la preuve d’une infection du système. L’avis microbiologique oriente d’éventuelles incubations ou méthodes supplémentaires pour les agents à croissance lente.

Lors de l’extraction, le tissu de la loge et les composants retirés sont adressés aux examens microbiologiques appropriés, en évitant de s’appuyer uniquement sur des écouvillonnages superficiels d’une fistule colonisée. La sonication, si elle est disponible dans un circuit validé, peut augmenter la récupération des micro-organismes adhérents, mais sa positivité doit être interprétée en tenant compte du risque de contamination au cours du retrait. Une sonde tirée à travers une loge infectée peut être positive sans démontrer à elle seule une endocardite valvulaire. Une antibiothérapie préalable peut réduire la sensibilité ; un résultat négatif n’annule pas des constatations cliniques sans équivoque telles qu’une exposition ou un écoulement profond.

L’échocardiographie transthoracique évalue la fonction cardiaque et les valvulopathies, tandis que l’échocardiographie transœsophagienne explore mieux les sondes, l’oreillette droite, la tricuspide et les valves gauches. On recherche des végétations, une destruction valvulaire et des complications susceptibles de modifier la durée du traitement ou la voie d’extraction. Une masse sur une sonde n’est pas automatiquement infectée : gaines fibrineuses, thrombus et autres adhérences sont fréquents et peuvent être impossibles à distinguer sur la seule morphologie. Un examen négatif n’exclut pas l’infection, car une partie du dispositif est extracardiaque ou mal visualisable ; la répétition de l’examen et son association à d’autres techniques dépendent de la probabilité clinique.

La TEP/TDM au 18F-FDG peut mettre en évidence une activité le long de la loge et du trajet, clarifier les cas équivoques et identifier des foyers métastatiques. La sensibilité n’est pas uniforme pour tous les compartiments : de petites végétations sur les sondes peuvent échapper à la détection, surtout après traitement. L’inflammation postopératoire et une préparation métabolique insuffisante limitent la spécificité ; une fixation doit être interprétée selon sa localisation, sa distribution et le délai depuis l’implantation. La scintigraphie aux leucocytes marqués peut apporter un complément dans les centres expérimentés. Aucun de ces deux examens ne doit servir à nier une infection cliniquement évidente au seul motif que le signal métabolique est absent.

Si la suspicion d’infection endovasculaire reste élevée malgré une première ETO négative, il est raisonnable de répéter l’examen dans les jours suivants, généralement sous cinq à sept jours, plus tôt si le tableau évolue. La petite taille initiale et la localisation de la lésion peuvent en limiter la détection. Dans certains cas sélectionnés, l’échocardiographie intracardiaque apporte des informations supplémentaires sur les sondes et peut accompagner la procédure, mais elle nécessite un abord invasif et ne résout pas toutes les incertitudes étiologiques. Un résultat positif doit toujours être corrélé aux cultures et au tableau local : augmenter la sensibilité des images peut aussi faire apparaître davantage de masses stériles, avec un risque de surdiagnostic en l’absence de cette intégration.

La TDM contribue à identifier les emboles et collections pulmonaires, les complications périvalvulaires et les rapports anatomiques utiles à l’extraction. L’ancienneté, le nombre et le type des sondes, les calcifications, les occlusions veineuses et les interventions antérieures influencent la complexité de la procédure. L’interrogation du dispositif précise la dépendance à la stimulation, les arythmies traitées et la nécessité toujours présente d’une défibrillation ou d’une resynchronisation. Ces informations ne sont pas de simples détails techniques : elles déterminent la protection temporaire nécessaire lors du retrait du système et le dispositif qui devra éventuellement être réimplanté.

Les critères consacrés aux infections de dispositifs et les critères Duke-ISCVID de l’endocardite répondent à des questions partiellement différentes. Une loge certainement infectée peut nécessiter une extraction sans atteindre pour autant la définition clinique d’une endocardite ; inversement, une endocardite valvulaire chez un porteur de dispositif impose d’évaluer également le risque de colonisation de celui-ci. Le diagnostic doit préciser la loge, la bactériémie, les sondes et les valves, en indiquant les sites documentés et ceux qui restent suspects. Cela évite que l’expression générique « infection du pacemaker » masque des différences déterminantes pour le traitement et le suivi.

Traitement et pronostic

En cas d’infection avérée du système, le traitement de référence associe antibiotiques et retrait complet du générateur et des sondes, y compris des composants abandonnés infectés lorsque cela est techniquement réalisable. La seule révision de la loge laisse en place du matériel potentiellement colonisé ; des cures répétées peuvent supprimer les symptômes sans éradiquer la source. L’extraction doit être organisée rapidement dans un centre compétent, disposant des moyens chirurgicaux nécessaires à la prise en charge des complications. La nécessité d’une planification ne justifie pas des retards non motivés, en particulier en cas de sepsis ou de bactériémie persistante.

Après les prélèvements, le traitement empirique couvre généralement les staphylocoques résistants à la méticilline, par vancomycine ou par une alternative appropriée telle que la daptomycine ; la couverture des bacilles à Gram négatif dépend du tableau systémique et du contexte. Le traitement ciblé peut privilégier une bêta-lactamine pour les MSSA et nécessite des schémas spécifiques pour les entérocoques ou les champignons. La rifampicine n’est pas un ajout automatique lorsque tout le matériel est retiré ; la présence d’une autre prothèse infectée non extractible constitue en revanche un problème distinct. La posologie, le suivi de l’exposition et la fonction rénale doivent être réévalués au cours du traitement, sans utiliser la pharmacothérapie comme substitut à l’extraction.

Dans l’infection superficielle de l’incision, réellement limitée à la peau et au tissu sous-cutané, un traitement antistaphylococcique court et une surveillance rapprochée peuvent suffire sans retirer le système. Il faut documenter l’absence de communication avec la loge, de matériel exposé et de signes systémiques, puis réévaluer la réponse, car une lésion apparemment superficielle peut être le début d’une infection profonde. L’échec ou la récidive après traitement imposent de réexaminer la classification, et pas seulement de répéter la même prescription. Si le matériel est exposé, le raisonnement fondé sur la seule incision n’est plus applicable, même si le patient reste afébrile.

La durée de l’antibiothérapie est définie par le site le plus profond atteint et par la microbiologie. Après ablation complète, une infection bactérienne limitée à la loge avec hémocultures négatives est généralement traitée pendant dix à quatorze jours ; bactériémie, végétations sur les sondes, endocardite valvulaire ou foyers métastatiques nécessitent des traitements plus longs, souvent de l’ordre de quatre à six semaines. Il existe des situations sélectionnées avec végétation isolée sur une sonde, clairance rapide et absence de S. aureus dans lesquelles des durées post-extraction plus courtes peuvent être discutées, tout en maintenant une durée totale adéquate. Il n’est pas correct d’appliquer le schéma d’une infection de la loge à une bactériémie au seul motif que l’échographie ne montre pas de masse.

L’extraction transveineuse est la voie habituelle lorsqu’elle est réalisable, mais elle exige de l’expérience et un plan de prise en charge d’une hémorragie, d’une lésion cardiaque ou vasculaire ou d’une tamponnade. Le risque augmente avec l’ancienneté des sondes, les adhérences, les calcifications et la complexité anatomique ; la probabilité de lésion ne se déduit pas du seul âge du patient. Le registre ELECTRa a documenté les résultats et les complications dans des centres européens et souligne l’importance de l’organisation. La nécessité d’une chirurgie valvulaire, certaines localisations épicardiques et des rapports anatomiques particuliers peuvent orienter vers une ablation chirurgicale ou des stratégies combinées.

Le débridement de la loge accompagne le retrait des composants infectés et comprend le traitement des tissus compromis et du matériel de suture concerné. Le mode de fermeture et la prise en charge de la plaie dépendent de la contamination, de la vitalité des tissus et de l’étendue ; il ne suffit pas de déplacer le générateur vers un autre site sous-cutané en conservant des sondes colonisées. Dans la rare situation où une ablation complète ne peut être réalisée, un éventuel traitement de sauvetage doit être explicitement distingué d’une extraction à visée d’éradication. Le consensus de 2026 sur la gestion des sondes envisage des stratégies conservatrices sélectionnées lorsque le risque est prohibitif ou que le patient refuse le retrait, avec information sur leurs limites et surveillance.

Les végétations volumineuses imposent de mettre en balance le risque embolique d’une extraction transveineuse, l’état respiratoire, la possibilité d’une chirurgie et la présence de shunts. La mesure échographique ne détermine pas à elle seule un seuil universel entre les techniques. Dans certains cas sélectionnés, une aspiration percutanée avant ou pendant l’extraction peut être envisagée afin de réduire la masse ; les données restent limitées et il existe des risques procéduraux. Une ablation incomplète doit être explicitement reconnue, en identifiant le matériel résiduel et la possibilité de le récupérer : un fragment infecté laissé en place ne doit pas être décrit comme un contrôle complet du foyer.

Une bactériémie sans signe d’infection de la loge et sans végétation impose une décision fondée sur l’espèce, la persistance, la récidive et les autres sources possibles. Le risque de colonisation est particulièrement important avec S. aureus, les staphylocoques à coagulase négative et Candida ; pour d’autres agents, l’appréciation peut être différente. La disparition de la bactériémie après assainissement d’une source extracardiaque est un élément favorable, mais ne constitue pas une garantie absolue. Une endocardite valvulaire, même sans végétation sur la sonde, impose de discuter l’extraction, car le maintien d’un matériel intracardiaque peut compromettre l’éradication. Les décisions conservatrices doivent être motivées et accompagnées d’un plan de surveillance documenté.

Après le retrait, on réévalue d’abord l’indication de réimplantation : certains patients n’ont plus besoin du même dispositif ou peuvent bénéficier d’une configuration différente. Si une réimplantation est nécessaire, le nouveau système est placé sur un autre site après disparition des signes locaux et systémiques et obtention d’une documentation microbiologique favorable. La déclaration de l’AHA retient au moins soixante-douze heures d’hémocultures négatives comme repère général et un délai plus long, d’environ quatorze jours après extraction, en présence d’une endocardite valvulaire. Ces conditions doivent être intégrées aux foyers, à l’agent et à l’évolution ; elles ne constituent pas une date automatique rendant l’implantation sûre malgré une infection encore active.

La dépendance à la stimulation nécessite une protection temporaire planifiée, par exemple une sonde à fixation active reliée à un générateur externe lorsque cela est approprié. Un patient à risque rythmique peut nécessiter une surveillance ou un défibrillateur portable selon l’indication. Les stimulateurs sans sonde et les défibrillateurs sous-cutanés réduisent certaines composantes exposées à l’infection, mais ne sont pas interchangeables : ils n’offrent pas nécessairement toutes les fonctions requises de stimulation, de resynchronisation ou de traitement antitachycardique. Le dispositif doit être choisi en fonction du besoin électrique résiduel, et pas seulement du risque infectieux.

Lorsque le risque d’extraction est jugé disproportionné ou que les objectifs de soins ne la rendent pas appropriée, un traitement antimicrobien suppressif peut être envisagé après un traitement initial adéquat. Il s’agit d’une stratégie individuelle exposant à la récidive et à la toxicité, étayée par des données limitées ; elle ne doit pas être présentée comme équivalente au retrait. La discussion prend en compte l’espérance et la qualité de vie, la faisabilité technique dans un centre expert et les préférences éclairées. La fragilité ne doit pas être confondue avec une impossibilité procédurale avant d’avoir évalué les alternatives concrètes.

La prévention commence avant l’implantation : indication correcte, report des procédures électives en présence d’une infection active, antibioprophylaxie pré-incisionnelle, asepsie et hémostase rigoureuses. La gestion des anticoagulants doit éviter les stratégies augmentant inutilement les hématomes ; chez les patients appropriés, BRUISE CONTROL a montré un avantage à poursuivre la warfarine plutôt qu’à utiliser un relais héparinique, sans pour autant autoriser une conduite unique pour tout anticoagulant ou tout profil hémorragique. Un hématome stable ne doit pas être ponctionné systématiquement. Réduire les révisions précoces et les manipulations inutiles protège la barrière cutanée.

L’enveloppe antibactérienne a réduit les infections majeures dans l’essai WRAP-IT chez une population sélectionnée soumise à des procédures sur les dispositifs ; ce résultat soutient un emploi fondé sur le risque, et non une utilisation indiscriminée ni un remplacement de l’asepsie. L’essai PADIT n’a pas démontré de bénéfice statistiquement significatif du protocole antibiotique renforcé étudié par rapport à la prophylaxie conventionnelle. Prolonger les antibiotiques après chaque implantation n’est donc pas une solution universelle. Prophylaxie procédurale, prévention de l’hématome et qualité de l’implantation agissent à des étapes différentes et doivent être planifiées ensemble.

L’antibioprophylaxie de l’implantation vise principalement la flore cutanée et doit garantir une exposition adéquate au moment de l’incision. Une céphalosporine active sur les staphylocoques est couramment utilisée lorsqu’elle est appropriée ; une allergie réelle, la colonisation et le risque de MRSA peuvent modifier le choix et le moment de la perfusion. Il ne suffit pas d’administrer n’importe quel antibiotique après la procédure. Une infection provenant d’un foyer distant, y compris une bactériémie en cours, doit être prise en charge avant une implantation élective. La seule présence d’un dispositif électronique ne constitue en revanche pas une indication habituelle à la prophylaxie de l’endocardite lors des procédures dentaires : cette indication dépend d’éventuelles autres affections cardiaques à haut risque.

La resynchronisation peut être essentielle à la stabilité de certains patients insuffisants cardiaques, alors que d’autres ne dépendent de la stimulation que pour un bloc devenu non persistant. Avant et après l’extraction, il faut donc distinguer le besoin d’une fréquence minimale, le bénéfice hémodynamique de la stimulation biventriculaire et la protection contre la mort rythmique. Un système temporaire maintenant la fréquence ne reproduit pas nécessairement tous ces effets. L’évaluation sériée permet de choisir le moment et l’architecture du nouvel implant et d’identifier une insuffisance cardiaque due à la perte de la thérapie électrique, en évitant de l’attribuer uniquement au sepsis ou au bilan hydrique.

Le pronostic dépend de la présence d’une endocardite, d’un sepsis, d’une insuffisance rénale, de foyers secondaires et de la possibilité d’une ablation rapide. L’amélioration après extraction doit être confirmée sur les plans microbiologique et clinique, avec contrôle de la plaie et de la fonction valvulaire. Une image résiduelle le long du trajet de l’ancienne sonde peut correspondre à une gaine fibreuse, mais doit être interprétée à la lumière des cultures et de l’évolution ; elle n’est ni automatiquement infectée ni toujours dépourvue de pertinence. Le suivi doit également vérifier l’adéquation du dispositif réimplanté et la récupération fonctionnelle après la phase septique.

Complications

La dissémination septique peut atteindre les poumons, les valves, le rachis et les articulations et entretenir l’infection après le retrait du système. Le contrôle du foyer principal n’élimine pas la nécessité de drainer un empyème ou de traiter une spondylodiscite. La persistance de la fièvre impose de distinguer des collections résiduelles, l’infection d’un nouvel abord, une toxicité médicamenteuse et une progression valvulaire. Une succession d’hémocultures négatives est nécessaire dans de nombreux parcours, mais ne décrit pas à elle seule le contrôle de tous les compartiments infectés.

Les complications de l’extraction comprennent des lésions de la veine cave ou des structures cardiaques, un hémopéricarde, un hémothorax, une embolisation et une lésion tricuspide. Leur possibilité rend l’organisation du centre essentielle, mais ne justifie pas de laisser systématiquement en place un dispositif infecté. Le risque de l’intervention doit être comparé au risque de sepsis et de récidive si le matériel demeure. Après la procédure, une hypotension, une dyspnée ou une nouvelle anémie nécessitent une évaluation immédiate à la recherche d’un saignement ; un nouveau souffle ou une congestion peuvent en revanche indiquer une lésion de l’appareil valvulaire.

La réinfection peut être due à du matériel résiduel, à une réimplantation trop précoce, à une nouvelle bactériémie ou à la persistance de facteurs de risque. La comparaison avec le premier isolat et la reconstitution des procédures aident à distinguer une rechute d’un nouvel épisode. La perte de la stimulation ou de la protection antitachycardique pendant la période sans dispositif constitue un risque parallèle qui doit être anticipé, tandis qu’une antibiothérapie prolongée peut provoquer une atteinte rénale, des cytopénies ou des infections liées aux abords. La continuité entre infectiologie et électrophysiologie est donc nécessaire jusqu’à l’achèvement du parcours, et pas seulement le jour de l’extraction.

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