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Tachycardie ventriculaire : généralités

Les tachycardies ventriculaires (TV) constituent un groupe d’arythmies caractérisées par une activation anormale des ventricules, avec une fréquence cardiaque supérieure à 100 bpm, d’origine distale au nœud auriculo-ventriculaire. Ces arythmies peuvent se manifester chez des sujets avec ou sans cardiopathie structurelle et varient largement en termes de stabilité hémodynamique, pronostic et risque de dégénérescence en fibrillation ventriculaire.


Les tachycardies ventriculaires se distinguent des tachycardies supraventriculaires par la morphologie du QRS à l’ECG, typiquement large (>120 ms), liée à une activation ventriculaire anormale ne suivant pas les voies de conduction His-Purkinje habituelles. Leur prise en charge dépend de la cause sous-jacente, de la durée de l’épisode et du degré de compromis hémodynamique associé.


La TV peut se présenter de manière aiguë et potentiellement fatale, comme dans les arythmies d’ischémie myocardique, ou être soutenue et bien tolérée chez certains patients avec cardiopathie chronique. Identifier correctement le type de tachycardie ventriculaire est fondamental pour choisir une stratégie thérapeutique adaptée et prévenir les complications arythmiques majeures.

Classification des tachycardies ventriculaires

Les tachycardies ventriculaires peuvent être classées selon divers critères, dont la durée, la morphologie, le mécanisme électrophysiologique et la présence d’une cardiopathie structurelle.

1. Classification selon la durée

Un premier critère distingue les TV selon leur durée :

2. Classification selon la morphologie

L’aspect électrocardiographique de la TV dépend du point d’origine ventriculaire et du mode de propagation de l’activation :

3. Classification selon le mécanisme électrophysiologique

Les TV peuvent avoir différents mécanismes de déclenchement et de maintien :

4. Classification selon la présence d’une cardiopathie structurelle

Un autre critère central concerne l’association à une cardiopathie structurelle :

Physiopathologie des tachycardies ventriculaires

Les tachycardies ventriculaires (TV) dérivent d’une activation électrique anormale des ventricules, générant des impulsions indépendantes du nœud auriculo-ventriculaire. Les principaux mécanismes physiopathologiques sont :

1. Réentrée

Le mécanisme le plus fréquent est la réentrée, qui se produit lorsqu’une onde de dépolarisation reste piégée dans un circuit électrique anormal du myocarde ventriculaire. Cette situation survient généralement en présence de tissu cicatriciel après un infarctus du myocarde ou une cardiomyopathie. Le circuit de réentrée comporte :

Ce mécanisme est responsable de la TV monomorphe soutenue chez les patients avec cicatrices post-infarctus ou fibrose myocardique.

2. Automatisme accru

Dans certaines conditions, les cellules ventriculaires développent une activité électrique spontanée anormale, générant des impulsions en dehors du contrôle du nœud sinusal. On l’observe surtout lors de :

Les TV par automatisme accru sont généralement non soutenues et surviennent plus souvent sans cardiopathie structurelle.

3. Activité déclenchée

Les TV peuvent aussi résulter de post-dépolarisations tardives survenant après une précédente dépolarisation ventriculaire. Ce phénomène est typique des situations induisant une augmentation du calcium intracellulaire, telles que :

Causes des tachycardies ventriculaires

Les TV peuvent être secondaires à de nombreuses pathologies affectant le myocarde ventriculaire et sa stabilité électrique. Les principales causes se répartissent en deux grands groupes : TV avec ou sans cardiopathie structurelle.

1. TV avec cardiopathie structurelle

Les tachycardies ventriculaires les plus dangereuses surviennent chez les patients atteints de cardiopathie structurelle, où le remodelage myocardique favorise la réentrée électrique. Principales situations :

2. TV sans cardiopathie structurelle

Chez certains patients, les TV surviennent sans anomalie structurelle cardiaque. Ces formes sont généralement bénignes et répondent à des traitements moins agressifs. Principales causes :

3. Causes iatrogènes et métaboliques

Outre les causes structurelles et génétiques, des facteurs métaboliques et iatrogènes peuvent déclencher une TV :

Importance clinique des tachycardies ventriculaires

Les tachycardies ventriculaires (TV) figurent parmi les arythmies les plus significatives cliniquement, avec un impact variable selon leur durée, morphologie et la présence d’une cardiopathie structurelle. Elles peuvent être bénignes (TV idiopathiques) ou potentiellement mortelles lorsqu’associées à une cardiopathie ischémique ou structurelle.

Le principal risque clinique est la compromission hémodynamique et la dégénérescence en fibrillation ventriculaire pouvant entraîner un arrêt cardiaque. Chez les patients ayant une cardiopathie sous-jacente, la TV soutenue peut provoquer une instabilité hémodynamique, avec hypotension, ischémie myocardique et diminution de la perfusion cérébrale.

Chez les patients avec dysfonction ventriculaire préexistante, les épisodes prolongés de TV peuvent induire une tachycardiomyopathie, une dysfonction myocardique réversible si la tachycardie est contrôlée précocement.

Diagnostic des tachycardies ventriculaires

Le diagnostic de TV repose sur l’identification clinique et la confirmation par électrocardiogramme (ECG). Le diagnostic est suspecté devant des palpitations rapides et régulières, avec ou sans symptômes d’hypoperfusion tels que lipothymie, syncope, dyspnée ou douleur thoracique. Parfois, la TV est découverte fortuitement chez des patients asymptomatiques, notamment en cas de cardiopathie ischémique ou d’arythmie infraclinique.

ECG : critères diagnostiques

L’électrocardiogramme est l’outil principal de confirmation. Signes clés :

Surveillance prolongée en cas de TV intermittente

En cas d’épisodes sporadiques, la surveillance prolongée est utile pour documenter la tachycardie. Les outils principaux :

Étude électrophysiologique pour les cas complexes

L’étude électrophysiologique (EEP) est indiquée en cas de TV d’origine indéterminée ou pour évaluer l’indication d’une ablation par cathéter. L’EEP permet :

Principes de traitement

Le traitement de la TV varie selon la présentation clinique et la présence de cardiopathie sous-jacente. Les principales stratégies incluent la gestion de l’épisode aigu, la prévention des récidives et, chez les patients à haut risque, la protection contre les arythmies létales.

1. Prise en charge de l’épisode aigu

Chez les patients avec TV soutenue, la gestion dépend de la stabilité hémodynamique :

2. Prévention des récidives

Chez les patients avec épisodes récurrents de TV, un traitement antiarythmique est souvent nécessaire. Options principales :

3. Protection contre les arythmies ventriculaires létales

Chez les patients à risque élevé de mort subite, l’implantation d’un défibrillateur automatique implantable (DAI) est recommandée. Indications principales :

Conclusions

Les tachycardies ventriculaires constituent un groupe hétérogène d’arythmies à impact clinique variable. Leur prise en charge exige une identification précise et une approche thérapeutique individualisée, fondée sur la présence d’une cardiopathie structurelle, la stabilité hémodynamique et le risque d’événements arythmiques majeurs. Le traitement peut inclure cardioversion, antiarythmiques, ablation par cathéter et DAI chez les patients à haut risque.


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