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Syndrome de basse T3
(syndrome de maladie non thyroïdienne, « syndrome de l’euthyroïdien malade »)

Le syndrome de basse T3, souvent désigné par le terme syndrome de maladie non thyroïdienne (non-thyroidal illness syndrome, NTIS) ou « syndrome de l’euthyroïdien malade », correspond à un ensemble d’anomalies des tests de la fonction thyroïdienne observées au cours de maladies aiguës ou chroniques ne touchant pas primitivement la thyroïde, notamment dans les situations critiques et les états inflammatoires systémiques. Le profil biochimique le plus caractéristique associe une diminution de la T3, totale et souvent libre, à une TSH non élevée, normale ou basse, ainsi qu’à une T4 normale ou diminuée selon la gravité et la durée de la maladie. Une augmentation de la T3 inverse (rT3) est fréquemment observée en raison d’une reprogrammation de la désiodation périphérique. Contrairement à l’hypothyroïdie primaire, dans laquelle la thyroïde est malade et la TSH tend à augmenter, la thyroïde peut être structurellement intacte dans le syndrome de basse T3, tandis que la régulation dynamique de l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien et surtout le métabolisme tissulaire des hormones thyroïdiennes sont altérés.

Le point le plus important sur le plan clinique est que le syndrome de basse T3 ne constitue pas automatiquement une « maladie thyroïdienne à corriger », mais un phénotype endocrino-métabolique de l’organisme malade intégrant des signaux liés à l’inflammation, au stress, au jeûne relatif, aux médicaments et au remodelage de l’utilisation tissulaire des hormones thyroïdiennes. L’importance des anomalies est souvent corrélée à la gravité de la pathologie sous-jacente et au pronostic, mais cette association n’implique pas nécessairement qu’un traitement substitutif thyroïdien soit bénéfique dans la majorité des situations.

Épidémiologie et facteurs de risque

Le syndrome de basse T3 est extrêmement fréquent en milieu hospitalier et représente l’une des principales causes d’« anomalies des tests thyroïdiens » dans les services de médecine et, en particulier, dans les unités de soins intensifs. Sa fréquence augmente avec la gravité de la maladie systémique. Les formes légères peuvent se manifester par une diminution isolée de la T3, tandis que les formes plus sévères et prolongées peuvent également s’accompagner d’une diminution de la T4 et d’une TSH plus fréquemment basse ou inappropriément normale. Dans de nombreuses études menées chez des patients critiques, une proportion importante présente un profil compatible avec un NTIS, et l’intensité de la diminution de la T3, notamment lorsqu’elle persiste, tend à être associée à des issues défavorables, à une durée d’hospitalisation prolongée et à une mortalité accrue, reflétant la profondeur de la dysfonction systémique.

Les principaux facteurs de risque correspondent aux situations qui déclenchent une réponse neuroendocrinienne et inflammatoire intense. En soins intensifs, le sepsis, le choc, l’insuffisance respiratoire aiguë, les traumatismes majeurs, les brûlures, la chirurgie majeure et les syndromes de défaillance multiviscérale constituent des contextes typiques. En médecine interne, le syndrome est également observé dans l’insuffisance cardiaque avancée, l’insuffisance rénale chronique et la dialyse, les hépatopathies chroniques, les maladies inflammatoires systémiques, les cancers avancés ainsi que dans les situations de dénutrition ou de cachexie. Un élément central est la présence d’un déficit énergétique ou d’une disponibilité réduite des substrats, qui peut être explicite, comme lors d’un jeûne ou d’une dénutrition, ou fonctionnelle, comme en cas de réduction des apports associée à une augmentation des besoins au cours d’un stress.

Les médicaments et les traitements de soutien jouent un rôle clinique important, car ils peuvent contribuer à la fois à l’apparition du syndrome et aux difficultés de son interprétation. Les glucocorticoïdes systémiques, la dopamine et les catécholamines, certains sédatifs et antalgiques, l’amiodarone, l’héparine en raison d’interférences analytiques, les produits de contraste iodés et, plus généralement, les médicaments modifiant la liaison aux protéines ou la conversion périphérique peuvent altérer la TSH, la T3 et la T4, en mimant ou en amplifiant le tableau. La grossesse et la période du post-partum, les variations des protéines de liaison ainsi que les modifications des fonctions hépatique et rénale influencent également l’interprétation des dosages hormonaux.

En pratique, le syndrome de basse T3 doit être considéré comme particulièrement probable lorsque les anomalies des tests thyroïdiens apparaissent en même temps qu’une maladie systémique importante, sans antécédents compatibles avec une dysfonction thyroïdienne préexistante et avec une TSH qui ne présente pas l’augmentation attendue en présence d’une T4 basse. Dans ces situations, la probabilité prétest d’une hypothyroïdie primaire est souvent inférieure à celle d’un NTIS, ce qui impose un raisonnement diagnostique centré sur le patient et non uniquement sur les résultats biologiques.

Étiologie, pathogenèse et physiopathologie

Le syndrome de basse T3 ne possède pas une étiologie unique au sens strict, car il représente l’expression finale de plusieurs mécanismes activés au cours d’une maladie systémique. Le noyau pathogénique réside dans le remodelage de l’homéostasie des hormones thyroïdiennes aux niveaux central et périphérique. Dans des conditions physiologiques, la thyroïde produit principalement de la T4, qui est convertie en T3 dans les tissus par les désiodases, tandis que l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien maintient un point d’équilibre dynamique intégrant la disponibilité énergétique, la température, le stress et l’inflammation. Dans le NTIS, cet équilibre est « reprogrammé » par l’organisme malade, avec des conséquences sur la sécrétion centrale, le transport, la conversion et la disponibilité tissulaire des hormones.

Au cours de la phase aiguë de la maladie critique, une composante importante est la diminution de la conversion périphérique de la T4 en T3 et l’augmentation de la production de rT3. Ce phénomène résulte de modifications de l’expression et de l’activité des désiodases. La diminution de l’activité de la désiodase de type 1, associée à une augmentation de l’activité de la désiodase de type 3 dans différents tissus, favorise une « réorientation » du métabolisme vers la rT3 et vers l’inactivation des hormones. Ce remodelage est influencé par les cytokines pro-inflammatoires, le stress oxydatif, l’hypoxie tissulaire, les altérations de la perfusion et les modifications du milieu intracellulaire. Il en résulte une diminution de la T3 circulante, mais le point déterminant est que la relation entre les concentrations sériques et la disponibilité intracellulaire n’est pas linéaire. Certains organes peuvent maintenir des concentrations tissulaires relativement stables grâce à des mécanismes compensatoires locaux, tandis que d’autres peuvent réduire la signalisation thyroïdienne dans le cadre d’un programme métabolique d’économie d’énergie.

Au niveau central, en particulier dans les formes prolongées de maladie critique, un profil différent apparaît, avec une suppression de l’axe aux niveaux hypothalamique et hypophysaire. La diminution de l’expression hypothalamique de la TRH, associée à une TSH insuffisamment élevée, contribue à la réduction de la sécrétion thyroïdienne et à la baisse de la T4. Ce phénotype peut paraître plus proche d’une hypothyroïdie centrale fonctionnelle, mais il demeure intégré à une physiologie du stress dans laquelle l’organisme ne « perd » pas simplement sa fonction thyroïdienne, mais la réaffecte en fonction de la disponibilité des nutriments, de l’inflammation et des besoins liés à la survie. En pratique clinique, cette distinction entre phase aiguë et phase prolongée permet de comprendre pourquoi une substitution par T4 ou T3 peut être biologiquement peu efficace ou potentiellement risquée, et pourquoi certaines approches expérimentales ont étudié la stimulation par des facteurs de libération hypothalamiques plutôt que la simple administration périphérique d’hormones.

Un autre niveau physiopathologique concerne les transporteurs des hormones thyroïdiennes et les récepteurs nucléaires. L’entrée de la T3 dans les cellules dépend de transporteurs spécifiques et, au cours de la maladie critique, leur expression peut varier de manière spécifique selon les organes, modifiant ainsi l’exposition intracellulaire effective aux hormones. En aval, la signalisation du récepteur thyroïdien peut être remodelée par l’inflammation et le stress cellulaire, avec des modifications de l’affinité du récepteur, de la disponibilité des cofacteurs transcriptionnels et de la réponse génique. Cela explique pourquoi une simple augmentation des concentrations sériques obtenue par un traitement peut ne pas se traduire par une récupération homogène de la fonction tissulaire et pourquoi le NTIS ne doit pas être interprété uniquement comme un « déficit quantitatif » en hormones circulantes.

Enfin, l’équilibre entre une réponse adaptative et une réponse inadaptée dépend du contexte. Au cours de la phase initiale, la réduction de la signalisation thyroïdienne peut diminuer la dépense énergétique et la protéolyse, en s’intégrant au programme de « stress et de jeûne » de l’organisme. Dans les phases prolongées, notamment lors d’hospitalisations longues et de catabolisme persistant, une suppression centrale de l’axe pourrait contribuer à la sarcopénie, à la diminution de la réparation tissulaire et à la fragilité. Toutefois, démontrer que la correction pharmacologique de cette situation améliore les résultats cliniques nécessite des données robustes et ne peut être déduit du seul rationnel biologique.

Manifestations cliniques

Le syndrome de basse T3 ne possède pas, en lui-même, de tableau clinique spécifique, car il se manifeste dans le contexte d’une maladie systémique qui domine les symptômes et les signes. La présentation clinique n’est donc pas celle d’une « hypothyroïdie classique », mais celle de la pathologie sous-jacente, avec une contribution potentielle du remodelage thyroïdien au métabolisme, à la thermorégulation et à la fonction cardiovasculaire, souvent difficile à isoler. Dans de nombreuses situations, le patient paraît cliniquement euthyroïdien au sens traditionnel, malgré des résultats biologiques compatibles avec une disponibilité réduite de la T3.

À l’interrogatoire, les symptômes rapportés sont généralement ceux de l’événement aigu ou de l’exacerbation de la maladie chronique : fièvre ou hypothermie, dyspnée, douleur, asthénie marquée, diminution des apports alimentaires, nausées et troubles gastro-intestinaux, confusion ou somnolence, jusqu’aux signes de choc dans les cas les plus graves. Certains éléments évoquant l’hypothyroïdie, tels qu’une bradycardie relative, une diminution de la motilité intestinale ou une intolérance au froid, peuvent être présents, mais ils sont non spécifiques et souvent explicables par les médicaments, la sédation, la défaillance multiviscérale et l’immobilité.

À l’examen clinique, le tableau est dominé par les paramètres vitaux et les manifestations de la maladie critique. Dans le sepsis et le choc, l’instabilité hémodynamique et les anomalies de la perfusion prédominent, tandis que dans l’insuffisance cardiaque avancée ou les syndromes respiratoires sévères, les signes de congestion et d’hypoxie sont au premier plan. La présence d’une augmentation du volume thyroïdien, d’une ophtalmopathie ou de signes cutanés caractéristiques d’une dysfonction thyroïdienne chronique oriente vers une maladie thyroïdienne primaire concomitante, mais ces signes sont absents chez la majorité des patients atteints de NTIS.

Sur le plan biologique, une diminution de la FT3 et de la T3 totale peut être observée, avec une TSH non élevée. Dans les formes plus sévères ou prolongées, la FT4 peut également diminuer. L’augmentation de la rT3, lorsqu’elle est mesurée, soutient le diagnostic de NTIS, mais ce dosage n’est pas toujours disponible en pratique et n’est pas nécessaire dans la majorité des démarches diagnostiques. L’interprétation des tests doit également tenir compte des variations des protéines de liaison, de l’albumine, des fonctions hépatique et rénale ainsi que des interférences médicamenteuses, car la « biochimie thyroïdienne » au cours d’une maladie critique constitue un système profondément perturbé.

Il est important de souligner que le tableau clinique d’une hypothyroïdie sévère avec atteinte multiviscérale, comme dans le coma myxœdémateux, constitue une entité distincte. Dans cette situation, les antécédents, l’hypoventilation, l’hypothermie marquée, la bradycardie, l’hyponatrémie et les signes compatibles avec une hypothyroïdie primaire avancée sont généralement associés à une TSH très élevée, ce qui ne correspond pas au syndrome de basse T3 typique d’une maladie critique non thyroïdienne.

Quand suspecter la maladie

Le syndrome de basse T3 doit être suspecté lorsqu’un patient atteint d’une maladie systémique importante présente des anomalies des tests thyroïdiens qui ne suivent pas les profils attendus des maladies thyroïdiennes primitives. En pratique, la suspicion est forte lorsqu’une T3 basse associée à une TSH normale ou basse est observée au cours d’un sepsis, d’un choc, d’un traumatisme, d’une intervention chirurgicale majeure, d’une insuffisance cardiaque avancée ou d’une autre situation critique, surtout en l’absence d’antécédents connus de dysfonction thyroïdienne et lorsque l’examen clinique n’évoque pas une maladie thyroïdienne primaire.

La suspicion doit être particulièrement élevée chez les patients hospitalisés en secteur de soins critiques ou dans des unités prenant en charge des situations cliniques complexes, car la probabilité que l’anomalie corresponde à un NTIS est élevée et son interprétation automatique comme une hypothyroïdie peut conduire à des traitements inutiles. La présence d’une dénutrition, d’un déficit énergétique, d’une réponse inflammatoire importante et l’utilisation de médicaments modulant l’axe thyroïdien renforcent encore cette hypothèse.

La réflexion diagnostique doit également inclure la possibilité d’une hypothyroïdie préexistante non diagnostiquée ou d’une maladie thyroïdienne concomitante. Les éléments utiles sont les antécédents de maladie thyroïdienne, un traitement substitutif déjà en cours, la présence d’un goitre, une positivité connue des anticorps thyroïdiens, une chirurgie thyroïdienne, une radiothérapie cervicale ou des antécédents familiaux. Dans ces situations, l’événement critique peut « masquer » ou modifier la présentation biochimique, et l’évaluation doit intégrer l’histoire clinique à une interprétation prudente des tests.

Enfin, le syndrome doit également être envisagé lorsqu’un bilan thyroïdien anormal a été réalisé à titre de « dépistage » chez des patients hospitalisés pour des raisons non endocriniennes. En l’absence de signes spécifiques de dysfonction thyroïdienne et en présence d’une maladie intercurrente, la probabilité d’un NTIS est souvent supérieure à celle d’une nouvelle maladie thyroïdienne. Dans la majorité des cas, la stratégie la plus sûre consiste à se concentrer sur la maladie sous-jacente et à programmer une réévaluation après la phase aiguë.

Examens et diagnostic

Le diagnostic du syndrome de basse T3 est essentiellement clinico-biologique et nécessite d’interpréter les tests thyroïdiens dans le contexte de la maladie systémique. La première étape consiste à reconnaître le profil typique : diminution de la T3 avec une TSH non élevée, souvent associée à une FT4 normale dans les formes les plus légères et à une FT4 diminuée dans les formes plus sévères ou prolongées. Ce tableau, notamment chez un patient présentant une maladie aiguë ou critique, est plus compatible avec un NTIS qu’avec une hypothyroïdie primaire, dans laquelle la TSH tend à augmenter proportionnellement à la diminution de la FT4.

En pratique, les examens les plus fréquemment disponibles sont le dosage de la TSH et de la FT4, parfois complété par celui de la FT3. Le dosage de la FT3 est particulièrement utile lorsque la question clinique porte sur la présence d’un NTIS chez un patient atteint d’une maladie systémique sévère, car sa diminution peut rendre le profil plus évident. Le dosage de la rT3 peut apporter un argument supplémentaire en faveur du NTIS, mais il n’est pas nécessaire dans la majorité des cas et n’est pas disponible partout. Son interprétation requiert en outre une expertise et une connaissance des variables analytiques.

Un point essentiel est d’éviter la surinterprétation de résultats obtenus dans des situations qui modifient la liaison protéique et la précision analytique. L’hypoprotidémie, la dysfonction hépatique, l’insuffisance rénale, l’utilisation d’héparine, les variations de l’albumine et des lipides ainsi que les différences entre les méthodes immunométriques peuvent influencer les concentrations de FT4 et de FT3. Dans certaines situations sélectionnées, lorsque le résultat est déterminant sur le plan clinique, une confirmation par des méthodes plus robustes de dosage des hormones libres ou par une répétition des examens après stabilisation clinique peut être utile.

Les principaux diagnostics différentiels comprennent l’hypothyroïdie centrale et l’hypothyroïdie primaire. Dans l’hypothyroïdie centrale, la TSH est basse ou inappropriément normale avec une FT4 diminuée, un profil qui peut ressembler à celui du NTIS dans les formes sévères et prolongées. La distinction repose sur l’anamnèse, l’évaluation des autres axes hypophysaires, la recherche de signes de maladie hypothalamo-hypophysaire et, si nécessaire, l’imagerie de la région hypothalamo-hypophysaire. Dans l’hypothyroïdie primaire, en revanche, l’élément discriminant reste souvent une TSH nettement élevée, associée à une FT4 diminuée et à des antécédents compatibles.

Une approche pragmatique en milieu hospitalier consiste à considérer le syndrome de basse T3 comme le diagnostic le plus probable lorsque les anomalies thyroïdiennes apparaissent au cours d’une maladie aiguë importante, en l’absence d’antécédents thyroïdiens, avec une TSH non élevée et un tableau clinique dominé par la maladie systémique. Dans ces situations, l’examen le plus utile est souvent la réévaluation des tests thyroïdiens après résolution ou stabilisation de l’événement aigu, car de nombreuses anomalies s’atténuent spontanément, tandis que la persistance d’un profil pathologique à distance oriente davantage vers une maladie thyroïdienne sous-jacente.

Classification, formes cliniques et gravité

Une classification cliniquement utile distingue le syndrome de basse T3 en fonction de l’importance des anomalies et de la phase de la maladie. Dans les formes légères, une diminution isolée de la T3 avec une FT4 dans l’intervalle de référence et une TSH normale est caractéristique. Ce profil apparaît précocement et peut être interprété comme faisant partie d’une réponse métabolique au stress et au déficit énergétique. Dans de nombreuses situations, il est transitoire et se normalise avec la résolution de la maladie.

Dans les formes modérées, outre la diminution de la T3, une augmentation de la rT3 est observée plus fréquemment, ainsi qu’une tendance de la TSH à se situer dans la partie basse de l’intervalle de référence ou à diminuer, en fonction des médicaments administrés et de la gravité clinique. À ce stade, la composante périphérique liée à la conversion et à l’inactivation hormonales reste prédominante, mais des signaux centraux et des modifications de la sécrétion sont déjà présents.

Dans les formes sévères et surtout prolongées, la FT4 peut également diminuer, avec une TSH basse ou inappropriément normale. Ce profil est fréquent chez les patients hospitalisés pendant de longues périodes, présentant un catabolisme persistant et nécessitant un soutien intensif prolongé. Il reflète une suppression plus marquée de l’axe et une diminution de la production thyroïdienne, en plus du remodelage périphérique persistant. Dans ce contexte, certains auteurs ont évoqué une composante potentiellement inadaptée et ont étudié des stratégies expérimentales visant à réactiver l’axe, mais la traduction de ces concepts en indications thérapeutiques standard nécessite des preuves cliniques définitives.

Une distinction supplémentaire concerne la présence ou l’absence d’une maladie thyroïdienne concomitante. Chez les patients présentant une hypothyroïdie connue et recevant un traitement substitutif, la maladie critique peut altérer l’absorption, la conversion et la disponibilité tissulaire, rendant les tests plus difficiles à interpréter. À l’inverse, chez les patients présentant une hyperthyroïdie ou une thyrotoxicose, le NTIS peut atténuer transitoirement certaines anomalies et produire des profils « hybrides ». Dans ces situations, la classification et la prise en charge doivent être guidées davantage par les antécédents et l’évolution clinique que par un seul bilan biologique.

Traitement

Le traitement du syndrome de basse T3 repose sur la prise en charge de la maladie sous-jacente et sur l’optimisation des conditions responsables du remodelage thyroïdien, plutôt que sur la correction pharmacologique des concentrations hormonales. Dans la majorité des situations cliniques, les données disponibles ne soutiennent pas l’utilisation systématique de lévothyroxine (T4) ou de liothyronine (T3) pour améliorer des critères cliniques majeurs tels que la mortalité ou la récupération fonctionnelle. De nombreuses revues soulignent que les essais randomisés ont été de petite taille, hétérogènes et souvent non concluants. Par conséquent, l’approche standard consiste à éviter la substitution thyroïdienne dans le NTIS en l’absence d’une maladie thyroïdienne documentée nécessitant un traitement spécifique.

La priorité pratique est d’identifier et de traiter rapidement les infections, le choc, l’insuffisance respiratoire, l’insuffisance cardiaque, l’insuffisance rénale et hépatique, ainsi que de corriger les déséquilibres métaboliques et nutritionnels. La gestion de la nutrition en soins intensifs, la stratégie de soutien et la réduction des interférences médicamenteuses inutiles peuvent également influencer l’évolution des anomalies thyroïdiennes. Chez de nombreux patients, les tests thyroïdiens se normalisent parallèlement à l’amélioration clinique, sans intervention endocrinienne directe.

Il existe toutefois des situations dans lesquelles une évaluation endocrinologique est indispensable. En cas de suspicion clinique d’une hypothyroïdie primaire ou centrale concomitante, un traitement substitutif peut être indiqué, mais il doit être instauré avec une extrême prudence chez le patient critique, en tenant compte de l’instabilité hémodynamique, du risque rythmique et des interactions médicamenteuses. Chez les patients atteints de cardiopathie, en particulier, l’administration de T3 peut exercer des effets chronotropes et inotropes et ne constitue pas une intervention neutre. De plus, avant d’instaurer une substitution thyroïdienne chez un patient gravement malade, une éventuelle insuffisance surrénalienne doit être exclue ou traitée, car l’augmentation du métabolisme hormonal et des besoins énergétiques peut aggraver l’instabilité clinique.

Dans le domaine de la recherche, des approches visant à réactiver l’axe hypothalamo-hypophyso-thyroïdien dans les formes prolongées ont été étudiées, notamment la stimulation par des facteurs de libération hypothalamiques en association avec d’autres stratégies anaboliques. Ces interventions restent expérimentales et ne font pas partie de la pratique standard. Dans la prise en charge quotidienne, l’objectif reste d’éviter les traitements inutiles, de protéger le patient contre les effets iatrogènes et de garantir une réévaluation endocrinologique après stabilisation clinique.

Suivi et surveillance

Le suivi du syndrome de basse T3 est avant tout celui de la maladie sous-jacente, associé à une stratégie raisonnée de contrôle des tests thyroïdiens. Chez les patients hospitalisés pour une maladie aiguë, il est souvent approprié d’éviter de répéter fréquemment les dosages thyroïdiens pendant la phase instable, sauf en présence d’une suspicion concrète de maladie thyroïdienne primaire ou centrale ou d’une nécessité clinique spécifique. La répétition « sériée » des tests, lorsqu’elle n’est pas guidée par une question clinique, risque d’entraîner des interventions inutiles.

Après résolution de la phase aiguë ou obtention d’une stabilité clinique, il est utile de programmer une réévaluation de la TSH et de la FT4, éventuellement complétée par la FT3 selon le contexte. Le moment optimal dépend de la gravité et de la durée de la maladie, mais le principe clinique consiste à attendre suffisamment longtemps pour permettre à l’axe et au métabolisme tissulaire de se réaligner. La normalisation des tests soutient le caractère fonctionnel et réversible du tableau. La persistance d’une TSH élevée avec une FT4 diminuée oriente vers une hypothyroïdie primaire, tandis que la persistance d’une FT4 basse avec une TSH basse ou inappropriément normale impose une évaluation à la recherche d’une hypothyroïdie centrale.

Chez les patients atteints d’une maladie chronique avancée, comme une insuffisance cardiaque ou rénale terminale, une hépatopathie sévère ou un cancer avancé, le syndrome peut être persistant ou fluctuant. Dans ces situations, la surveillance doit viser à distinguer un profil stable de NTIS d’une nouvelle maladie thyroïdienne, en évitant les interprétations automatiques. L’anamnèse, l’examen clinique et l’évolution du patient restent essentiels, car une anomalie biologique isolée peut être trompeuse.

Si le patient recevait déjà un traitement substitutif thyroïdien avant l’événement aigu, le suivi doit inclure l’évaluation de l’observance, de l’absorption et des interactions médicamenteuses, avec des ajustements progressifs fondés sur les paramètres cliniques et sur des tests réalisés dans des conditions de stabilité relative. En soins intensifs ou lors d’une nutrition entérale continue, par exemple, l’absorption de la lévothyroxine peut être réduite et nécessiter des adaptations temporaires qui devront ensuite être réévaluées après le retour à des conditions habituelles.

Pronostic et complications

Le pronostic du syndrome de basse T3 est étroitement lié à celui de la maladie sous-jacente. Dans de nombreuses cohortes cliniques, des concentrations plus faibles de T3 et la présence d’une diminution concomitante de la T4 sont associées à des maladies plus sévères et à des résultats moins favorables. En ce sens, le NTIS peut être considéré comme un marqueur intégré de la gravité de la maladie et du stress systémique. Toutefois, cette association ne démontre pas une relation causale et n’implique pas automatiquement que la correction pharmacologique des concentrations sériques améliore le pronostic.

La principale « complication » sur le plan de la prise en charge est l’erreur diagnostique et thérapeutique. Interpréter un NTIS comme une hypothyroïdie primaire et instaurer un traitement inutile peut exposer le patient à une iatrogénie, notamment dans les situations d’instabilité cardiovasculaire, de risque rythmique et de défaillance multiviscérale. De même, qualifier un patient d’« hypothyroïdien » au cours d’une phase critique peut entraîner un suivi inapproprié et des interventions ultérieures fondées sur une anomalie transitoire.

Un autre point critique est l’absence d’identification d’une véritable maladie thyroïdienne ou d’une hypothyroïdie centrale masquée par la maladie critique. Dans ce cas, la « complication » est inverse : attribuer toutes les anomalies au NTIS et ne pas reconnaître une maladie endocrinienne nécessitant un traitement. Pour limiter ce risque, l’approche la plus sûre consiste à rester attentif aux éléments cliniques fortement évocateurs, aux antécédents du patient et à la persistance des anomalies après la phase aiguë.

Dans l’ensemble, le syndrome de basse T3 est une situation ayant un impact majeur sur l’interprétation des tests, plutôt qu’une maladie endocrinienne autonome. La prise en charge optimale, y compris sur le plan pronostique, consiste à traiter la cause, à éviter les interventions thyroïdiennes non étayées par les données disponibles et à programmer une réévaluation endocrinologique ciblée lorsque le patient a dépassé la phase d’instabilité maximale.

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