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Prédiabète et dépistage

Le prédiabète désigne une situation d’altération de l’homéostasie glucidique dans laquelle les valeurs de glycémie ou d’hémoglobine glyquée sont supérieures à la normale sans être encore suffisantes pour poser le diagnostic de diabète sucré. Il ne s’agit ni d’une zone grise dépourvue de signification clinique ni d’une simple anomalie biologique occasionnelle, mais d’un état biologique dans lequel commencent à apparaître une diminution de la réserve des cellules bêta, une augmentation de la production hépatique de glucose, une insulinorésistance périphérique et une désorganisation plus large du profil cardiométabolique. Sur le plan clinique, sa reconnaissance est essentielle, car cette phase précède souvent un diabète sucré de type 2, mais peut également accompagner d’autres trajectoires pathologiques, notamment certaines formes débutantes de diabète auto-immun ou des formes secondaires dans des contextes prédisposants.

Le dépistage vise à identifier les personnes asymptomatiques présentant une dysglycémie non encore diagnostiquée, afin d’éviter que la maladie ne soit reconnue qu’au moment de l’apparition d’une hyperglycémie franche, de complications microvasculaires ou d’une atteinte cardiovasculaire déjà constituée. Ce principe est particulièrement important dans le diabète sucré de type 2, qui peut rester silencieux pendant des années tandis que progressent la stéatose hépatique, l’hypertension artérielle, la dyslipidémie athérogène, l’albuminurie, une neuropathie débutante et le remodelage vasculaire. Dans cette page, le prédiabète est traité comme une entité clinique autonome sur les plans diagnostique et pronostique, tandis que le dépistage est analysé comme un processus rationnel d’identification du risque, de sélection des personnes à tester, de choix du test le plus approprié et de définition du suivi chez les patients dont les résultats sont normaux, intermédiaires ou diagnostiques d’un diabète.

Signification clinique du prédiabète

Le prédiabète occupe une position intermédiaire entre normoglycémie et diabète avéré, mais cette définition simplifiée n’en épuise pas la signification biologique. Il correspond en réalité à un état d’instabilité métabolique dans lequel les mécanismes compensateurs ayant maintenu pendant des années la glycémie dans des limites apparemment normales commencent à perdre leur efficacité. La cellule bêta pancréatique continue souvent à produire des quantités absolues non négligeables d’insuline, parfois même élevées, mais cette sécrétion devient inadéquate au regard du degré d’insulinorésistance, de la perte de la première phase sécrétoire, de la persistance de la néoglucogenèse hépatique et de l’altération de la régulation incrétinique. Il en résulte une situation dans laquelle la personne n’est pas encore diabétique selon les critères officiels, mais présente déjà une régulation glucidique pathologiquement vulnérable.

Cette transition a une forte valeur clinique, car le risque associé au prédiabète ne se limite pas à la future apparition d’un diabète sucré de type 2. Dès cette phase, de nombreux patients présentent déjà un regroupement marqué de facteurs de risque cardiométabolique, avec obésité viscérale, hypertriglycéridémie, diminution du cholestérol des lipoprotéines de haute densité, élévation de la pression artérielle, stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique, état pro-inflammatoire chronique de bas grade et parfois signes précoces d’atteinte d’organe. Le prédiabète ne doit donc pas être interprété comme une simple antichambre chronologique du diabète, mais comme un stade pathologique au cours duquel le risque global est déjà accru et nécessite une prise en charge active.

Sur le plan nosologique, le terme prédiabète est largement utilisé en pratique clinique et dans les recommandations, mais il recouvre des phénotypes différents. Certaines personnes présentent principalement une anomalie de la glycémie à jeun, d’autres une intolérance au glucose, et d’autres encore une élévation isolée de l’hémoglobine glyquée. Ces configurations ne sont pas équivalentes. L’anomalie de la glycémie à jeun reflète plus étroitement le dysfonctionnement du contrôle hépatique et de la sécrétion basale d’insuline, tandis que l’intolérance au glucose révèle plus clairement l’échec de la gestion de la charge glucidique postprandiale. Enfin, l’HbA1c dans la plage intermédiaire intègre au fil du temps la charge glycémique moyenne, mais peut être influencée par des situations hématologiques et biologiques qui en limitent la fiabilité. Le prédiabète doit donc toujours être décrit précisément, en indiquant quel paramètre est anormal, à quel degré et dans quel contexte clinique.

Physiopathologie de la transition de la normoglycémie au diabète

La progression de la normoglycémie au prédiabète, puis du prédiabète au diabète, ne se produit pas comme une rupture brutale, mais comme une lente réorganisation pathologique de l’homéostasie énergétique. Aux premiers stades, l’organisme compense l’insulinorésistance en augmentant la sécrétion d’insuline. Cette réponse peut maintenir une glycémie apparemment normale pendant des années, mais le prix de cette compensation est une charge fonctionnelle croissante pour la cellule bêta. Lorsque la réserve sécrétoire commence à diminuer, les anomalies dynamiques apparaissent en premier, surtout dans le métabolisme postprandial, car la perte de la première phase de sécrétion insulinique rend moins efficace la limitation initiale du pic glycémique après une charge orale ou un repas mixte. Par la suite, l’augmentation de la glycémie à jeun et l’élévation progressive de l’hémoglobine glyquée deviennent elles aussi évidentes.

Dans ce processus, le foie joue un rôle déterminant. La diminution de la capacité de l’insuline à supprimer la production hépatique de glucose entraîne une libération excessive de glucose pendant le jeûne nocturne et le matin. Parallèlement, le muscle squelettique perd en efficacité dans l’utilisation du glucose postprandial, tandis que le tissu adipeux viscéral augmente la libération d’acides gras libres, d’adipokines pro-inflammatoires et de médiateurs qui aggravent l’insulinorésistance systémique. La dysfonction du compartiment incrétinique, la sécrétion inappropriée de glucagon et la diminution de la flexibilité métabolique amplifient encore le trouble de la régulation.

Sur les plans cellulaire et moléculaire, la phase de prédiabète s’accompagne souvent d’une glucotoxicité légère mais persistante, d’une lipotoxicité, d’un stress oxydatif, d’un stress du réticulum endoplasmique et d’anomalies mitochondriales dans la cellule bêta. Ces phénomènes accélèrent la perte de la fonction sécrétoire et transforment une compensation initialement efficace en une réponse progressivement insuffisante. Tous les patients ne suivent pas la même trajectoire : chez les personnes les plus obèses et insulinorésistantes, une longue phase d’hyperinsulinémie compensatrice prédomine souvent, tandis que chez d’autres, notamment en cas de prédisposition génétique ou de faible masse bêta-cellulaire initiale, le déclin sécrétoire peut être relativement précoce. Cette hétérogénéité explique précisément pourquoi le prédiabète constitue une catégorie clinique unitaire mais physiopathologiquement composite.

Épidémiologie, répartition du risque et importance en santé publique

Le prédiabète est extrêmement fréquent dans les populations adultes et constitue aujourd’hui l’un des principaux réservoirs de l’expansion future du diabète sucré de type 2. Sa prévalence augmente parallèlement au surpoids, à l’obésité viscérale, à la sédentarité, au manque de sommeil, au vieillissement démographique et aux inégalités sociales qui influencent l’alimentation, l’accès aux soins, l’activité physique et la qualité de l’environnement de vie. Du point de vue de la santé publique, le prédiabète est donc important non seulement en raison du nombre absolu de personnes concernées, mais aussi parce qu’il constitue le lien entre un risque métabolique latent et l’apparition d’une maladie avérée à grande échelle.

La répartition du risque n’est pas uniforme. L’âge avancé augmente la probabilité de dysglycémie, mais le problème touche aussi de plus en plus souvent de jeunes adultes présentant une adiposité abdominale, des antécédents familiaux, une histoire de diabète gestationnel, un syndrome des ovaires polykystiques, une inactivité physique ou une appartenance à des groupes ethniques plus vulnérables sur le plan métabolique. Les sociétés savantes soulignent également que, dans certaines populations asiatiques, le risque peut apparaître pour des indices de masse corporelle plus faibles que ceux traditionnellement utilisés pour définir le surpoids, en raison de différences de composition corporelle et de répartition des graisses ectopiques.

L’importance épidémiologique du prédiabète tient aussi au fait qu’une proportion importante des personnes concernées n’est pas identifiée à temps. Cela s’explique par le caractère souvent asymptomatique ou paucisymptomatique de la situation et par le fait que beaucoup de personnes ne réalisent aucun contrôle avant l’apparition d’une hyperglycémie franche ou de complications associées. C’est pourquoi un dépistage organisé ou opportuniste est déterminant : il déplace le diagnostic d’une phase tardive vers une phase où la modification du mode de vie, la réduction pondérale et, dans certains cas, un traitement pharmacologique préventif peuvent encore modifier substantiellement l’histoire naturelle de la maladie.

Facteurs de risque

Le dépistage du prédiabète n’est pas une procédure indiscriminée à appliquer aveuglément, mais une stratégie qui commence par l’identification du risque. Le noyau central est constitué par le surpoids ou l’obésité, surtout lorsqu’ils s’accompagnent d’une répartition abdominale des graisses, car l’adiposité viscérale est le moteur le plus puissant de l’insulinorésistance dans le diabète sucré de type 2. Le risque ne se résume toutefois pas au poids corporel. La présence d’un apparenté au premier degré atteint de diabète, l’avancée en âge, l’hypertension artérielle, la dyslipidémie athérogène, l’inactivité physique, la stéatose hépatique associée à un dysfonctionnement métabolique, des antécédents d’hyperglycémie gravidique et certains syndromes endocriniens ou gynécologiques augmentent considérablement la probabilité de dysglycémie.

Un élément important de l’évaluation est le contexte clinique intégré. Le patient présentant un acanthosis nigricans, une augmentation du tour de taille, une hypertriglycéridémie, une hyperuricémie, un syndrome des ovaires polykystiques ou des antécédents de maladie cardiovasculaire précoce ne doit pas être considéré uniquement comme une personne susceptible de présenter une anomalie glycémique, mais comme porteur d’un syndrome métabolique évolutif dans lequel la dysglycémie constitue l’un des signaux centraux. Dans ces circonstances, le dépistage prend une portée pronostique plus large que le seul diagnostic de prédiabète.

L’absence d’obésité n’exclut pas non plus le risque. Certaines personnes apparemment de poids normal présentent une adiposité viscérale disproportionnée, une sarcopénie, une capacité oxydative musculaire réduite ou une forte susceptibilité génétique au déclin des cellules bêta. Dans ces situations, le clinicien doit éviter une vision simpliste du risque fondée uniquement sur l’indice de masse corporelle. Un dépistage efficace repose précisément sur la capacité à reconnaître le profil métabolique global, et non sur l’application mécanique d’un chiffre isolé.

Dépistage chez les adultes asymptomatiques

Selon les recommandations les plus reconnues, le dépistage du prédiabète et du diabète sucré de type 2 chez les adultes asymptomatiques doit être fondé sur le risque. En pratique clinique, cela signifie que la recherche active d’une dysglycémie doit être réalisée chez les adultes présentant un surpoids ou une obésité associés à d’autres facteurs prédisposants et, dans de nombreuses recommandations contemporaines, chez tous les adultes à partir d’un certain âge, même en l’absence d’autres éléments particulièrement évidents. La U.S. Preventive Services Task Force recommande un dépistage chez les personnes de 35 à 70 ans en surpoids ou obèses, tandis que les standards diabétologiques les plus récents soutiennent une stratégie de dépistage large et précoce chez les adultes à risque afin d’identifier la maladie à un stade préclinique.

En consultation, le moment le plus utile pour débuter le dépistage coïncide souvent avec la découverte d’un profil métabolique anormal, d’une prise de poids progressive, d’antécédents de diabète gestationnel, d’un syndrome des ovaires polykystiques, d’une maladie cardiovasculaire athéroscléreuse ou d’une stéatose hépatique. Dans ces situations, le clinicien ne devrait pas attendre l’apparition des symptômes cardinaux de l’hyperglycémie, car ceux-ci surviennent souvent lorsque la maladie est déjà avancée. L’objectif du dépistage est précisément inverse : reconnaître la dysglycémie lorsqu’elle est encore silencieuse.

Lorsque le résultat du dépistage est normal, la réévaluation ne doit pas être laissée indéfinie, mais programmée. Les principales recommandations suggèrent une répétition périodique, souvent tous les 3 ans chez les personnes dont le résultat est normal, et plus tôt si le risque augmente, si une prise de poids apparaît, si de nouvelles comorbidités surviennent ou si les valeurs se situent à la limite supérieure de la normale. Lorsqu’un prédiabète est documenté, le suivi doit en revanche devenir plus rapproché et être orienté non seulement vers la surveillance glycémique, mais aussi vers une prévention structurée de la progression.

Dépistage chez l’enfant et l’adolescent

Le dépistage du prédiabète et du diabète sucré de type 2 pendant la croissance nécessite une approche différente de celle de l’adulte, car le risque dépend non seulement du poids corporel, mais aussi de la puberté, de la vitesse de croissance, de la répartition des graisses, des antécédents familiaux et du contexte ethnique et socio-environnemental. Dans les tranches d’âge pédiatriques, le problème a pris de l’importance avec l’augmentation de l’obésité infantile et l’apparition de formes de diabète de type 2 de plus en plus précoces, souvent caractérisées par une perte rapide de la fonction des cellules bêta.

Les recommandations pédiatriques internationales proposent un dépistage ciblé, et non universel, chez les enfants et adolescents en surpoids ou obèses présentant d’autres facteurs de risque. En général, le dépistage est envisagé après le début de la puberté ou après l’âge de 10 ans, car la puberté est en elle-même une phase physiologique de diminution de la sensibilité à l’insuline et peut révéler une vulnérabilité métabolique préexistante. L’identification des jeunes à risque est particulièrement importante, car l’évolution du diabète de type 2 du sujet jeune tend à être plus agressive que celle observée chez l’adulte.

En pédiatrie, il est également essentiel d’éviter les erreurs de classification. Un adolescent obèse présentant une hyperglycémie ne doit pas être automatiquement considéré comme atteint d’un diabète de type 2, car le diagnostic différentiel peut inclure un diabète auto-immun, un diabète monogénique et d’autres formes spécifiques. Le dépistage chez le jeune doit donc s’inscrire dans un raisonnement clinique plus large, prenant en compte le profil familial, la présence d’une auto-immunité, les antécédents de cétose, le phénotype métabolique et les caractéristiques du début.

Tests utilisables pour le dépistage et l’identification du prédiabète

Les principaux tests permettant d’identifier le prédiabète et le diabète sont les mêmes que ceux utilisés pour le diagnostic du diabète chez la personne non enceinte : glycémie plasmatique à jeun, hémoglobine glyquée et hyperglycémie provoquée par voie orale avec 75 grammes de glucose. Ces outils ne sont toutefois équivalents ni sur le plan physiopathologique ni sur le plan pratique. La glycémie à jeun est simple, peu coûteuse et largement disponible, mais peut manquer de sensibilité aux premiers stades d’une dysglycémie postprandiale. L’hémoglobine glyquée est pratique, car elle ne nécessite pas de jeûne et reflète l’exposition glycémique moyenne des semaines précédentes, mais peut être peu fiable en présence d’hémoglobinopathies, d’anémie, d’insuffisance rénale avancée, de grossesse, d’hémolyse, de transfusions ou d’anomalies du renouvellement érythrocytaire. L’hyperglycémie provoquée par voie orale est plus sensible pour détecter les anomalies dynamiques, en particulier l’intolérance au glucose, mais elle est moins pratique et plus contraignante.

Dans le prédiabète, la superposition imparfaite entre les tests est un point crucial. Une personne peut présenter une glycémie à jeun dans la plage intermédiaire avec une charge orale normale, ou au contraire une glycémie à jeun encore normale avec une réponse à 2 heures déjà pathologique. De même, une HbA1c comprise entre 5,7 % et 6,4 % peut identifier des personnes qui ne remplissent pas encore les critères glycémiques d’anomalie de la glycémie à jeun ou d’intolérance au glucose, et inversement. Cela ne signifie pas qu’un test est « juste » et qu’un autre est « faux », mais que chacun donne une image différente du trouble métabolique.

Le choix du test doit donc intégrer l’objectif du dépistage, la disponibilité du laboratoire, les caractéristiques du patient et la probabilité prétest. Pour des programmes de dépistage ambulatoire à grande échelle, l’association de la glycémie à jeun et/ou de l’hémoglobine glyquée est souvent la solution la plus pratique. Lorsque la suspicion clinique reste élevée malgré des valeurs non concluantes, ou lorsqu’il est nécessaire de mieux définir la capacité de gestion d’une charge glucidique, l’hyperglycémie provoquée par voie orale conserve une valeur diagnostique supérieure. Dans des contextes particuliers comme la mucoviscidose ou la période post-transplantation, son importance augmente encore.

    Seuils définissant le prédiabète

  • Glycémie plasmatique à jeun comprise entre 100 et 125 mg/dL
  • Glycémie plasmatique à 2 heures après hyperglycémie provoquée par voie orale comprise entre 140 et 199 mg/dL
  • Hémoglobine glyquée comprise entre 5,7 % et 6,4 %

Ces seuils identifient un risque accru, mais ne correspondent pas tous au même profil physiopathologique. Lorsque cela est possible, la description du patient devrait donc toujours préciser si le prédiabète est défini par une anomalie de la glycémie à jeun, une intolérance au glucose, une élévation de l’hémoglobine glyquée ou une association de plusieurs paramètres.

Comment réaliser le dépistage en pratique clinique

En pratique clinique, un dépistage efficace commence par l’anamnèse et l’évaluation du risque, et non par le prélèvement lui-même. Le médecin doit prendre en compte l’âge, le poids, l’évolution pondérale, les antécédents familiaux, les antécédents obstétricaux, l’activité physique, la pression artérielle, le profil lipidique, la stéatose hépatique, les médicaments pris et la présence de situations associées telles qu’un syndrome des ovaires polykystiques ou une maladie cardiovasculaire. Ce n’est qu’après cette évaluation que le test est choisi de manière rationnelle. Chez les personnes asymptomatiques suivies en ambulatoire, le premier niveau repose souvent sur la glycémie à jeun et l’hémoglobine glyquée ; si les deux sont normales et que le risque n’est pas élevé, un contrôle ultérieur est programmé ; si elles se situent dans la plage intermédiaire, le suivi et la prévention sont mis en place ; si elles sont diagnostiques d’un diabète, on passe à la confirmation et à la classification étiologique.

L’hyperglycémie provoquée par voie orale intervient généralement comme examen de deuxième intention lorsque les données initiales sont discordantes, lorsque la suspicion clinique est élevée malgré une glycémie à jeun et une HbA1c non diagnostiques, ou lorsque le contexte clinique suggère que la dysglycémie postprandiale peut précéder l’anomalie basale. Le dépistage n’est donc pas un bloc rigide, mais une séquence raisonnée d’examens dont la complexité augmente uniquement lorsque cela est nécessaire.

La communication du résultat est un aspect souvent négligé. Dire au patient qu’il « a seulement un peu trop de sucre » banalise une situation qui exige une intervention. À l’inverse, présenter le prédiabète comme une maladie inévitablement destinée à évoluer vers un diabète avéré est tout aussi incorrect. Le message approprié est que le prédiabète représente un risque concret mais potentiellement modifiable, à condition qu’il soit reconnu et pris en charge de manière continue.

Limites du dépistage

Le dépistage ne supprime pas toute l’incertitude clinique. Chez certains patients, les tests sont discordants ; chez d’autres, des valeurs proches du seuil oscillent entre normalité et plage intermédiaire ; chez d’autres encore, un test paraît faussement rassurant pour des raisons biologiques ou analytiques. La situation classique est celle d’une personne dont l’hémoglobine glyquée semble normale malgré une forte suspicion clinique, une obésité viscérale marquée et des pics postprandiaux élevés. Dans ce cas, se limiter à l’HbA1c peut laisser échapper une proportion importante des anomalies métaboliques.

Une attention particulière est également nécessaire lorsque le contexte évoque des formes atypiques de diabète. Chez un patient jeune et mince présentant une transmission familiale autosomique dominante, le problème peut ne pas être un prédiabète annonçant un diabète de type 2, mais une forme monogénique. Chez une personne présentant une perte de poids, une auto-immunité ou une progression rapide, une dysglycémie apparemment légère peut correspondre à la phase initiale d’un diabète auto-immun. Chez le patient ayant une pancréatite chronique, une mucoviscidose, une corticothérapie ou une immunothérapie oncologique, le dépistage doit être adapté au risque spécifique et peut nécessiter des parcours dédiés.

Enfin, aucun programme de dépistage n’est utile s’il n’est pas suivi d’une intervention. Identifier un prédiabète sans mettre en œuvre une réduction pondérale, une augmentation de l’activité physique, une surveillance clinique et un traitement des facteurs de risque associés revient à réduire le dépistage à une simple étiquette. Sa valeur réside au contraire dans sa capacité à modifier la trajectoire clinique du patient.

Suivi du prédiabète

Une fois le prédiabète identifié, le patient entre dans une phase de surveillance active. L’objectif n’est pas seulement de documenter si et quand un diabète apparaît, mais de suivre l’évolution de l’ensemble du profil cardiométabolique. La progression peut être lente, rapide ou non linéaire. Certaines personnes reviennent à une normoglycémie après une perte de poids et une augmentation de l’activité physique, d’autres restent stables pendant des années, tandis que d’autres progressent rapidement en raison de l’accumulation d’une obésité viscérale, d’une prédisposition génétique, d’une faible réserve des cellules bêta ou de nouvelles expositions diabétogènes.

Le suivi doit donc comprendre une réévaluation périodique de la glycémie et/ou de l’hémoglobine glyquée, ainsi qu’un contrôle du poids, du tour de taille, de la pression artérielle, du profil lipidique, de la fonction hépatique et des comorbidités. Chez les personnes présentant un prédiabète documenté, une réévaluation annuelle constitue souvent un choix cliniquement pertinent, surtout lorsque le risque est élevé, que les valeurs sont proches du seuil diabétique ou qu’il existe une stéatose hépatique, un syndrome des ovaires polykystiques, une maladie cardiovasculaire ou une obésité sévère. Les standards les plus récents soulignent également la nécessité de surveiller la progression du prédiabète vers toutes les formes de diabète, et non uniquement vers le type 2, lorsque le contexte clinique le rend plausible.

La véritable qualité du suivi ne se mesure toutefois pas à la fréquence des prélèvements, mais à la capacité d’utiliser chaque contrôle pour vérifier si le risque diminue ou se consolide. Un patient qui perd du poids, augmente son activité physique, réduit sa stéatose et améliore sa pression artérielle peut également voir diminuer son risque de progression glycémique. À l’inverse, un patient dont les valeurs restent stables mais dont l’adiposité viscérale et le profil lipidique se détériorent progressivement n’est pas réellement stable, même si la glycémie n’a pas encore franchi le seuil diabétique.

Portée thérapeutique d’un dépistage positif

Le dépistage a un sens parce que le prédiabète est une situation traitable. Les données les plus solides montrent que les interventions intensives sur le mode de vie, en particulier la réduction du poids corporel, l’activité physique régulière et l’amélioration de la qualité de l’alimentation, diminuent significativement le risque de progression vers le diabète. Le bénéfice ne résulte pas d’un mécanisme unique, mais de l’amélioration coordonnée de la sensibilité à l’insuline, de la fonction relative des cellules bêta, de la lipotoxicité, de l’inflammation du tissu adipeux et de la stéatose hépatique. Les standards ADA 2026 continuent de placer la perte et le maintien du poids parmi les objectifs centraux de la prévention du diabète chez les adultes à haut risque présentant un surpoids ou une obésité.

Chez certains patients, surtout à haut risque et fortement susceptibles de progresser, des stratégies pharmacologiques préventives peuvent également être envisagées, selon une logique adaptée au profil clinique. Le fondement reste toutefois une intervention structurée sur les comportements et le poids corporel. Ce point est essentiel, car le prédiabète est souvent pris en charge de manière trop peu intensive, par des conseils généraux et des contrôles sporadiques, alors que les données montrent que les effets réels sont obtenus lorsque l’intervention est organisée, mesurable et continue.

Un dépistage positif ne clôt donc pas le processus diagnostique, mais ouvre une fenêtre thérapeutique. C’est précisément cette fenêtre qui justifie l’effort de recherche active : identifier précocement le patient à un moment où sa trajectoire métabolique peut encore être substantiellement modifiée.

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